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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 00:09

Sur la Toile rien ne vaut, pour faire de l’audience, d’aborder des sujets sur lesquels s’affrontent deux camps irréductibles, titrer par exemple « Non aux vins nature qui puent le lisier ! » ou « les chinois ne connaissent rien au vin ! » Sitôt ça chauffe, ça brûle, ça castagne, pas grand monde ne prend le temps de lire ou de comprendre les arguments du camp d’en face. L’important c’est d’affirmer, sans beaucoup de nuances, d’envoyer des scuds, d’ironiser, de se conforter dans ses opinions. Ça vole bas. Pur feu de paille, très vite les protagonistes regagnent leur casemate en attendant le prochain épisode du conflit.

 

Le manger local est un sujet plus consensuel même s'il possède lui aussi ses irréductibles : les locavores et les éternels railleurs d'en face qui disent que tout ça ce sont des conneries de bobos. Alors se poser la question de savoir si une alimentation de proximité peut couper l'herbe sous le pied aux crises alimentaires ne relève pas de l'enculage de mouches mais participe à une réelle réflexion sur un infléchissement de nos habitudes alimentaires et des modes d'achat qui vont avec. Invectiver la GD ça fait plaisir mais ça ne fait guère avancer le bouchon.


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« Une alimentation de proximité pour couper court aux crises ? »


Voilà un sujet qui sent la marotte de « bobo écolo », qui prêtait surtout à sourire dans les cercles économiques dit sérieux, ceux qui nous ont vanté le cheval dans les lasagnes et le poulet export breton gavé de restitutions qui sont un nom pour les subventions à l'exporation. Le mode d'élevage du poulet dit export à la sauce DOUX est une véritable merveille de transformation à la vitesse du TGV de protéines végétales importées en protéines animales exportées. Mais qui le sait ? Tout le monde ou presque s'en fout. Chacun pour sa peau, et le modèle productiviste vilipendé est défendu par ceux qui se retrouvent sur le carreau par l'impéritie de leurs dirigeants.  


Et pourtant il ne faut pas baisser les bras, se contenter de contester, d'être aquoibonniste, les circuits-courts et de proximité font désormais figure d’alternative possible et sérieuse, à l’heure où le modèle agro-industriel est en proie à de vives et justes critiques.


Mais tout n'est pas rose pour autant, alors qu’aujourd’hui un producteur sur cinq affirme vendre en circuits courts, ces derniers, malgré leurs nombreux atouts, ne sont pas sans paradoxe ni sans limite. Ils nécessitent aussi que quelques défis soient relevés par les décideurs publics et quelques enjeux éclaircis par la recherche. Autant de points à instruire, pour que ce beau projet d’une alimentation durable ne se transforme pas en un simple fantasme d’autosubsistance attisant les replis identitaires.


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Mais que sait-on réellement aujourd’hui sur l’importance de ces modes de commercialisation ?


Sont-ils plus respectueux de l’environnement comme on l’entend souvent ?


Qui en sont les principaux adeptes ?


Et comment tendre vers une démocratisation alimentaire de ces produits ?


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Il y a fort longtemps, en mai 2008 soit une éternité dans le calendrier j’avais chroniqué en ironisant sur une forme de localisme alimentaire assez étroit Les « locavores » : une espèce en voie d’apparition…link On relocalise donc tout achat de nourriture sur la base des fameux miles always : 1 mile = 1,6 km. En revanche j’écrivais :


« Que nous nous interrogions sur l’utilité de faire voyager en cargo la crevette pêchée et congelée par les bateaux écossais de Young’s Seafood dans la mer du Nord pour qu’elle aille se faire décortiquer à moindre frais en Thaïlande puis revenir en Écosse pour se faire conditionner en barquettes me semble relever du bon sens. 27000 km parcourus soit 900 tonnes de CO2 pour 600 tonnes de crevettes trimballées, c’est aberrant. Comme par ailleurs, ces braves crevettes décortiquées vont, dans de gros camions isothermes, gagner les plates-formes de distribution de Carrefour, Leclerc&Cie, pour être rééclatées vers les hypers où pleins de petits urbains ou de petits ruraux avec leurs petites autos iront les acheter pour les entasser dans leurs congélos, la plaisanterie coûte encore plus cher. Pour autant je ne demande pas de ressusciter les chasse-marées et leurs boulonnais (les boulonnais flatulent, donc CO2) pour ramener sur nos étals de poissonniers des belles crevettes bien fraîches, sitôt pêchées, sitôt achetées, sitôt consommées, mais convenez-en, tout ce gâchis, pour « économiser » le geste épuisant de décortiquer ces foutues crevettes à deux balles et pour pouvoir en bouffer en toute saison, confine à l’absurde. Le voyage des tomates produites à Almeria et errant dans la vaste Europe participent elles aussi, comme bien d’autres produits frais, à l’absurdité des modes de distribution, dits modernes. 

 

Tout aussi absurde est l’isolationnisme alimentaire des locavores car il ne peut constituer une alternative crédible aux dérives actuelles liées à des modes de distribution qui déconnectent la majorité des consommateurs du rythme des saisons et les amènent à acheter des produits de plus en plus préparés : par exemple des pommes pelées, prédécoupées en barquettes operculées. Ce type de comportement extrémiste de repus décrédibilise des actions de relocalisations des productions, de circuits courts, de réintroduction de gestes simples dans les cuisines, qui responsabilisent les consommateurs. De plus, il faudra m'expliquer comment le modèle est applicable aux habitants des mégapoles urbaines et comment cet "égoïsme" alimentaire prend en compte les produits solidaires et les producteurs de vanille, de bananes, ou autres denrées exotiques ? Exit ? Le simplisme des locavores fait dire à un journaliste « qu’il est plus écologique pour un New-Yorkais de boire du vin français qui arrive par bateau que du vin californien qui a traversé le pays en camion. »

 

Je vous propose donc de visionner sur Agrobiosciences TV une table ronde propose un véritable état de l’art de la question. Avec : Yuna Chiffoleau, sociologue Inra, Florence Scarsi, chargée de mission « Politiques d’une alimentation durable » au Ministère de l’Environnement et Pierre Moureu, agriculteur, fondateur de Ferm’envie.


1 - Une alimentation de proximité pour couper court aux crises ? (1ère séquence) from AGROBIOSCIENCES TV on Vimeo.

2 - Une alimentation de proximité pour couper court aux crises ? (2ème séquence) from AGROBIOSCIENCES TV on Vimeo.

3 - Une alimentation de proximité pour couper court aux crises ? (3ème séquence) from AGROBIOSCIENCES TV on Vimeo.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Reggio 15/11/2013 09:34


J'ai été beaucoup attaqué dans le cenacle "bio" parce que j'exporte mes vins dans l'europe du Nord. Comment faire autrement pour valoriser mon produit ? Moi aussi j'ai besoin de gagner ma vie,
non ? Bien sûr mes palettes font des milliers de km en camion...Et alors ?

clavel 14/11/2013 11:12


Question? Je ne comprends rien à l'écotaxe à la Française. Voisin de l'A9 sur laquelle circullent des files ininterrompues de camions , plusieurs dizaines de milliers certains jours de trafic
international, pas d'écotaxe , pourquoi? on me dit qu'ils payent la taxe autoroute, mais ils usent et polluent beaucoup, est ce que la société gestionnaire de l'autoroute, paye à l'Etat Français
l'écotaxe pour ces camions ?

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