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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 00:09

Je maraude souvent dans les bosquets de livres tel un chercheur de champignons. Je me penche sur les jaquettes, les caresse, les soulève, les soupèse, m’imprègne. Quand je dépose un livre dans mon panier  je le fais avec soin, avec amour, comme si j’accueillais un nouveau-né. Parfois j’hésite, je me dis t’as déjà une famille nombreuse à la maison où vas-tu bien le loger ? Pourtant je repars toujours avec une moisson ; il m’est impossible de sortir d’une librairie les mains vides. « aux innocents les mains pleines » disait mémé Marie.


Découvrir physiquement est une forme de jouissance intense et trop souvent les esprits chagrins, les bouffeurs de télé ou autres constipés s’en privent pour le plus grand malheur de nos sociétés connectées. Bouger, aller vers, sentir, ressentir, toucher c’est le premier contact avec la réalité. Les images, le virtuel, nous mènent à la désincarnation des sentiments. En Amour, celui que l’on affuble d’un grand A c’est le choc de la rencontre qui déclenche tout : coup de foudre, tomber amoureux le vocabulaire est physique.


Ces dernières années les librairies, pour faire face à l’hydre du Net, ont accueillis de nouveaux enfants dans leurs rayonnages et sur leurs tables présentoir. « MOOK, REVUE, MAGAZINE, BONI (Bel Ouvrage non Identifié), bookazine, magalivre, ovni, cookzine (si, si on nous l’a vraiment fait)… Pas facile pour certains de mettre une étiquette sur 180°C à la sortie de notre premier numéro » écrit Sébastien Cauchon rédacteur en chef de ce nouvelle parution de bouche.


Les Français adorent coller des étiquettes, en boire aussi, classifier, noter, mettre tout dans des petits casiers en fonction de leurs goûts et affinités. Découvrir c’est aller vers l’inconnu et non mettre ses pas dans les pas de ceux qui pensent à votre place.


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Ceci écrit, en revenant à mon approche physique des livres ou assimilés tels, lorsque j’ai découvert 180°C sur son présentoir je dois avouer que sa jaquette, belle en soi, ornée d’un chou rouge coupé en deux, ne me parlait guère. L’esthétisme d’une jaquette fait souvent plaisir à ceux qui la conçoivent mais ce bon goût n’interpelle pas forcément au premier coup d’œil le chaland. En plus 180°C ne flèche pas naturellement vers un magazine du bien mangé. J’avoue humblement qu’au premier abord que le 180° m’a fait croire qu’il s’agissait d’un magazine pour grands voyageurs. Sans ma curiosité je serais passé outre.


J’ai acheté 19,90€ (prix de marchand de chaussures)


Vous allez me dire que je suis fort critique, regretterais-je mon achat ?


La réponse est absolument NON pour 2 raisons :


-          La première c’est que le contenu est de qualité tant de par l’écriture, le ton, le choix des sujets, la mise en page et l’iconographie… c’est de haute qualité et c’est une rareté qu’il faut savoir saluer ;


-          La seconde c’est que ce N°2 (je n’ai pas vu  donc pas acheté le N°1) accueille sur ses lignes notre vieux compagnon de route du vin Michel Smith.


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Découverte et qualité


Pour illustrer ce constat j’ai choisi « Tarbouriech La vie en rose » page 90


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« Pour apprécier l’immensité de l’étang de Thau, il faut gravir le Mont Saint-Clair à Sète. De là, vue imprenable sur le plus grand étang du Languedoc où s’alignent des centaines de tables sous lesquelles les huîtres de Bouzigues grossissent sans jamais connaître les marées. Sauf qu’un homme, Florent Tarbouriech, en a décidé autrement. »


« La Rolls de l’huître


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Vendue plus chère qu’une Gillardeau, la Spéciale Tarbouriech® a aujourd’hui conquis les plus belles maisons et séduit les plus grands chefs comme Eric Coisel chez Prunier, Guy Savoy, Pierre Gagnaire, Michel Rostang ou encore Eric Briffard au George V »


« Côté dégustation, c’est incomparable. Finement iodée, incroyablement charnue, la Spéciale Tarbouriech® occupe tout l’espace de la coquille, plus de chair, plus de densité, plus de croquant, plus de fondant et des arômes de noisette et de champignon particulièrement délicats. »


Lire le tout dans 180°C.www.180c.fr


Merci pour la découverte mais un petit reproche vous auriez pu dans un petit encadré demander au régional vineux de l’étape, le dénommé Michel Smith, de nous prodiguer ses bons conseils pour choisir un Picpoul de Pinet qui va avec la Spéciale Tarbouriech®


Sans transition comme disait les speakers à la télé revenons à Michel Smith qui nous pond tout au cul de 180°C une chronique « Raisin et sentiments » consacrée à Peter Fisher du château Revelette en Provence www.revelette.fr sur lequel votre humble Taulier électronique avait chroniqué en novembre 2012 link en faisant la preuve de son ignorance crasse.


Avec le vieux routier des vignes et des chais qu’est Michel Smith vous n’avez pas ce genre de risques.


Le décor magistralement planté


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« Silencieux, la chevelure toute ébouriffée par le vent d’hiver, Peter Fischer fixe sa terre rouge parsemée de petits éclats de calcaire blanc tout juste recouverts d’un léger duvet d’herbe tendre qui ferait le bonheur des agneaux de Sisteron. Par moments, les yeux du vigneron observent une petite troupe d’hommes recroquevillés sur des ceps rabougris par l’âge. Ils se déplacent à la vitesse d’une échappée de petits gris champions de cross-country dans la rangée que lui-même vient de quitter et dans laquelle il a passé un bon moment pour vérifier que la taille du grenache noir se faisait dans les règles de l’art, ses règles à lui, celles d’un vigneron rusé mais exigeant, un gars à qui on ne la fait pas, un type qui tient à sa future récolte comme à la prunelle de ses yeux, mais qui sait aussi imprimer à son vignoble le sens de la mesure. La terre s’amourache à chacun de ses pas tandis que Sissi, la cairn terrier aux poils grisonnants, inspecte le moindre bosquet de chênes verts un peu comme si elle voulait  au passage déterrer quelques truffes pour en faire cadeau à son maître. D’autres arbres impriment leurs taches de rousseurs dans un ciel sombre et nuageux qui voile la vue sur la face nord de la sainte Victoire que Cézanne ne peint plus depuis belle lurette mais qui réserve son versant ensoleillé aux touristes du monde entier, à quelques enjambées d’Aix, la capitale, et de son cours Mirabeau… »


Un Provençal d’Outre-Rhin


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« Tel serait Peter Fischer : tantôt Jeronimo, tantôt provençal, philosophe et poète. Un instant personnage paysan sur son tracteur sorti tout droit  d’un roman de Giono, on peut le retrouver le soir même avec ses amis arpentant le Vieux Port à la recherche d’une bonne adresse. Un jour routier cigarette au bec filant au volant de sa grosse bagnole tout terrain vers la Catalogne pour retrouver les vignes de son Trio Infernal qu’il partage dans le Priorat avec deux de ses potes de Rhône Vignoble, une association de vignerons avec laquelle il bourlingue dans le monde entier pour prêcher la bonne parole des vins, il est aussi capable de faire un brin de causette sur la qualité des rabasses (truffes) avec les chasseurs du pays… »


Mais Michel n’est pas qu’une belle plume c’est aussi un grand descendeur de quilles et il nous gratifie d’une dégustation des 3 styles de vins du château Revelette.


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Merci Michel, chauffe Michel tu peux dépasser sans problème les 180° avec un bon coup de carignan frisant les 15°

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

patrick axelroud 28/11/2013 13:28


Doucement les basses ! pour paraphraser quelqu'un qui semblait s'y connaître en vin ( cf de célèbres noces ) " L'homme ne vit pas que de vins " Et si le bien aimé Taulier ne nous parlait que de
cela, sans tout le plaisir de ce qui va autour, cela pourrait vite devenir lassant et justement réservé "ozapifiou". Vive l'éclectisme de bon aloi!

Luc Charlier 27/11/2013 17:07


Je vis des moments d’angoisse vague, comme beaucoup de contemporains qui accumulent les efforts et, en toute conscience, n’ont pas l’impression qu’ils déméritent, mais en sortent difficilement.
Avant, càd avant mon analyse, cette angoisse prenait le pas sur mon dynamisme et me paralysait, réellement. A présent, je sais que je ne dois pas me « battre » contre elle, ni la faire
endosser par d’autres, mais simplement chercher des dérivatifs, m’éclipser d’elle en quelque sorte. Au bout de quelque temps, surtout si la distraction comprend une part de travail physique ou
d’éloignement, ma sérénité revient.


Un de ces dérivatifs consiste à intervenir – petitement – dans des débats comme celui-ci. En outre, mettant en présence le Taulier himself, mon camarade Denis, et mon
« pays » le Ténébreux Forgeron, il prend encore plus de sel.


Je pense qu’il y a un peu maldonne.


(i) Jacques fait l’apologie d’une publication qui, si on l’en croit, possède de la qualité. Comme elle est récente, et fait travailler un de nos proches, il juge cette info digne de publication.
OK.


(ii) Sur ce Denis réagit, comme je le fais souvent, du style : c’est un truc pour les « happy few » (sans pluriel à « few » SVP) et d’un élitisme à la noix ...
et il y a un peu de cela.


(iii) Mon modeste commentaire tente – sans y arriver – non pas de montrer de quelle manière j’aime les huîtres, car tout le monde s’en fout et chacun les bouffe comme il veut (ou pas d’ailleurs),
mais bien d’expliquer à Denis qu’une seule de ces « de luxe » procure un plaisir très intense et tout à fait accessible, mais différent de la bourriche populaire (si si) que lui et moi
avons plaisir à gober, fraîche, goûteuse, abondamment et .... avec son « petit » Muscadet (ou un autre).


(iv) Là-dessus, notre Michel se fend d’une justification alors qu’il n’est pas du tout mis en cause. Je lui accorde le droit (moral, au propre je n’en ai aucune légimité) d’écrire ce qu’il veut,
pour qui il veut et même où il veut. Il peut piger pour Audouze ou Groin-groin que je ne lui en voudrais même pas.


 


Une seule solution : Denis nous télétransporte sur une fibre optique au bord d’un banc d’huîtres, tous tant que nous sommes. J’accepte d’ouvrir tous les coquillages (gaffe si vous êtes
pressés). Vous trouvez du pain correct (ça, c’est le plus dur), les quilles et le beurre. Ensuite, on fait le point ! J’offre bien entendu du macabeu à foison (le 2013 est très vif, et sera
en bouteille fin janvier) pour ceux qui veulent autre chose que du jus de melon. 

Michel Smith 27/11/2013 16:04


Merci à toi, Taulier. Pour les huîtres, pour le vin, pour la vie... ;-) Et si l'on trouve ça trop cher, ben on n'achète pas et on se contente de ce qui existe sur le marché, des magazines bourrés
de pub. 180° est un ouvrage pour hédonistes, une revue qui pour le moment vit sans l'ombre d'une manne publicitaire. Merci d'encouraager les utopistes qui croient que le beaau est
possible. 

Denis Boireau 27/11/2013 15:47


Mon cher Luc, je ne critiquais que le prix de vos huitres de luxe. Pour le reste je ne me permettrais pas, n'en ayant jamais goute.


Sur les facons de manger les huitres, on peut longuement discuter, et comme je prefere le reel au virtuel on se fera un repas d'huitres a ton prochain passage. Le Taulier sera bien entendu convie
pour le remercier d'avoir une fois de plus lance un sujet qui agite les neurones de deux de ses fideles lecteurs.

Luc Charlier 27/11/2013 13:09


Spontanément, Denis, je réagis souvent comme toi. Ni toi ni moi n’appartenons à la cible de cette publication. Toutefois, s’il n’existe pas de lectorat, le titre disparaîtra vite (sauf s’il a des
raisons occultes d’exister, et un financement en rapport). Sinon, longue vie à lui, surtout s’il donne un petit viatique – laïque bien sûr - à notre Forgeron chéri.


Pour la Tabouriech, je ne partage qu’à moitié tes critiques. Beaucoup de très bons restaurateurs la travaillent par ici : on te sert UNE « spéciale », accommodée de mille façons.
De la sorte, j’en ai goûté plusieurs fois et, pourvu que l’on apprécie le côté charnu, l’absence de ce qu’il est convenu d’appeler « l’iode » mais qui est en fait un début de
putréfaction d’origine infectieuse, la faible salinité et qu’on recherche au contraire les saveurs de style « poisson » ou « coquillage », voire même « noisette »,
ce bivalve est exemplaire. Il est le résultat d’un vrai travail et d’un long élevage, avec des périodes d’exondation, risquée et dès lors très surveillée. Tout ceci a un prix et 2 € la pièce
(environ, ne me chicane pas s’il y a des fluctuations) me paraît tout à fait jouable : il n’en faut pas des douzaines.


Tu me diras, en bon Vendéen, que tu les pêches toi-même (mais pas à Epinay) ou que tu les achètes 4,50 € la douzaine, les huîtres, dans ta préfecture maritime. Oui, mais on ne parle pas de la
même chose. Des fines, moyennes, juste sorties des claires, j’adore cela aussi. Sacrilège, j’y dépose une goutte de citron très frais, pour qu’elle se crispe un peu, et un demi-tour de moulin de
poivre noir. Jamais de vinaigre, encore moins à la framboise, ne jamais boire « l’eau » (c’est salé et sans intérêt). Et du pain de mie, complet, beurré bien sûr.


Meilleur encore pour moi : des huîtres d’eaux très froides (Lochs écosssais p.e.), très charnues, très peu salées, au goût rappelant plus la coquille Saint Jacques ou l’anatife.


On peut aimer une caille, et préférer le chapon à certains moments, Denis.


 


 

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