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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 00:09

Hubert de Boüard de Laforest s’identifie au château l’Angélus « La propriété fait 34 hectares mais seuls 25,5 ha sont classés en Premier Cru. Les autres surfaces nous servent à faire le Carillon d’Angélus ou le Numéro Trois d’Angélus. » précise-t-il. Son patronyme est aussi associé, dans l’appellation Lalande de Pomerol, au château La Fleur de Boüard. De par ses responsabilités nationales : membre du Comité National de l’INAO, et locales, c’est un homme qui compte dans le paysage de la place de Bordeaux.

 

L’occasion d’aborder la face, au sens montagnard, la moins connue d’Hubert de Boüard, celle de consultant international m’a été donnée par la réception du communiqué ci-dessous et d’un déjeuner, où se pressait le gratin de la presse, où j’ai pu converser avec Patrick Foureau propriétaire de Haut-Surget et de  Grand Cardinal. Le taulier, qui irrite tant ceux qui le régalent, va vous rendre une copie propre, sans affect, dans l’esprit d’une approche informative. Je laisse à chacun le soin de se faire une opinion.

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Le communiqué

 

« Hubert de Boüard, copropriétaire du Château Angélus, Premier Grand Cru Classé de Saint-Emilion et Directeur d’Hubert de Boüard Consulting, devient consultant pour le Château Haut-Surget, Lalande de Pomerol et le Château du Grand Cardinal, Saint-Emilion Grand Cru.

 

Ainsi, dès les prochaines vendanges 2011, il conseillera la Famille Fourreau sur l’élaboration et la vinification de ces deux grands vins de Bordeaux, grâce à son savoir-faire unique. Nul doute que l’apport d’Hubert de Boüard Consulting va dynamiser la Maison Ollet-Fourreau. Les autres domaines quant à eux (Château Lafleur Vauzelle – Lalande de Pomerol, Château Grand Moulinet – Pomerol, Château Fleur Saint Esperit – Bordeaux) sont toujours suivis par Bordeaux Oenoconcept. »  _bibi_s.jpg

L’information n’est donc pas récente mais, comme je l’ai écrit, elle me permet ce matin d’aborder une fonction très en vogue mais aux contours parfois imprécis. Pour ce faire j’ai interrogé bien sûr Hubert de Boüard puis je me suis référé à ses déclarations sur le sujet à Gilles Berdin dans sa série « Autour d’un verre » chez Elytis 12€.

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Pour vous faciliter la lecture de cette chronique je vais faire dans le style très Sciences-Po un plan en 3 parties :

-         1 Les réflexions du taulier sur le métier de consultant

-         2 Pourquoi Hubert de Boüard a-t-il décidé de conseiller Patrick Fourreau

-         3 La conception du métier de consultant par Hubert de Boüard

Pour la conclusion elle sera comme me le conseillaient mes éminents professeurs : ouverte !

 

1 – Du consulting à la sauce du taulier

 

Quand j’étais petit le BCG c’était bien sûr le vaccin.

 

Quand je fus un peu plus grand, monté à Paris, dans les clubs de Réflexion – les ancêtres des Think Tank – je croisais des types sérieux du BCG costumes croisés, attaché-case incorporé, bien coiffés, Richelieu lustrées, anglais majeur, membres du

Boston Consulting Group. Des as de la prospective, les rois du Conseil, très prisés par les boss des multinationales.

 

Quand j’intégrai la SVF, alors filiale du groupe Pernod-Ricard, nous fûmes en permanence soumis au ballet de consultants divers et variés, le dernier, plus astucieux que ses confrères, Axel Rückert, après sa consultation déclara que lui seul était en capacité de remettre la boutique d’aplomb. Aucune surprise à cela puisque sa crémerie se dénommait Management Partners et, qu’avec des fortunes forts diverses il n’en était pas à son coup d’essai. Entre lui et moi il y eut des étincelles mais il n’eut pas le loisir de me faire la peau car passé dans un lieu de pouvoir il vint gaillardement me proposer ses services pour sauver la filiale de l’ULN, la GUF, propriétaire de la marque Mamie Nova. Les affaires sont les affaires.

 

Demander conseil est, en soi, sage, ça permet de solliciter un regard extérieur, de bénéficier d’une expérience autre, de se réassurer, et même de se rassurer sur le bien-fondé de ses choix. Les Princes, les Rois, les Présidents… sont entourés de Conseillers mais ce sont des subordonnés alors que dans le monde des entreprises le consultant est un prestataire de services autonome, il s’adresse à un client. Ce devrait lui laisser une plus grande liberté de jugement et de parole, l’éloigner d’une posture de courtisan.

 

Reste que la fonction de Conseil n’a pas toujours bonne presse car le vieux dicton français  qui affirme que « les « conseilleurs ne sont pas les payeurs… » reste encore très prégnant.

 

De plus, en français, consultant est un mot ambivalent.

 

Dans le langage courant, il peut parfois désigner celui qui se rend en consultation, auprès d’un médecin ou à l’hôpital. Il est synonyme de patient : il consulte parce qu’il a mal quelque part… Il peut être tentant d’en tirer un parallèle avec l’entreprise. Si une entreprise fait appel à un consultant c’est qu’elle a mal quelque part !

 

Dans le monde du vin, la fonction de conseil, a pris son envol grâce tout d’abord aux grands œnologues, tel Emile Peynaud, puis sous l’impulsion de Michel Rolland link . Dans une série de chroniques « les 3 mêmes questions à…. »  une grosse dizaine d’œnologues (Dubourdieu, Derenoncourt, Dubernet, Gasco, Léon…) dont certains exercent le métier de Conseil (si vous souhaitez lire leurs réponses vous allez tout en haut à gauche du blog et vous dactylographiez les 3 mêmes) je leur demandais dans la Question N°3 : « Moi qui ne suis qu’un pur amateur aussi bien pour le vin, que pour la musique ou la peinture je place ma confiance non dans les critiques mais plutôt dans ma perception au travers de l’œuvre du génie du compositeur ou du peintre. Pour le vin l’affaire est plus complexe entre l’origine, le terroir, le vigneron, le vinificateur, le concepteur du vin, l’exécution est à plusieurs mains. La mise en avant de l’œnologue, une certaine starification, correspondant par ailleurs avec l’esprit du temps, à une forme de marketing du vin, ne risque-t-elle pas de nous priver d’une forme de référence objective, celle de l’homme de l’art, nous aidant à mieux comprendre l’esprit d’un vin ? »

 

2 – De la décision d’Hubert de Boüard de conseiller Patrick Fourreau

 

La première motivation de ce choix c’est la proximité, le voisinage avec la Fleur de Boüard, et le voisinage dans notre France des terroirs ce n’est pas forcément simple comme le souligne Hubert de Boüard dans sa conversation précitée « J’ai un voisin, Gérard Bécot…. Alors vous savez, les voisins, quelquefois… mais avec lui aussi nous avons développé une amitié vraie et il fait désormais partie des personnes que l’on dénombre sur les doigts d’une main et qui comptent vraiment, avec lesquels on peut partager beaucoup. »

 

La seconde rejoint la première, lui donne du corps, c’est la proximité humaine avec Patrick Fourreau qui ambitionne de bien faire, de mieux faire, d’entrer dans une dynamique qui bouscule un peu les traditions familiales. Hubert de Boüard a beaucoup de sympathie pour ces jeunes vignerons qui, comme Patrick Fourreau, font tout, des vignerons dans leurs vignes, les accompagner, les conforter dans leur marche pour l’excellence et ce pour le plus grand bénéfice d’une belle appellation méconnue : Lalande de Pomerol.

 

La dernière enfin est liée à la qualité des terroirs des propriétés sur lesquelles Hubert de Boüard  va exercer ses activités de conseil. Il souligne qu’une partie peut rivaliser avec les plus grands, des graves magnifiques équivalents à ceux de Pomerol. Du potentiel donc, de la marge de progression, un beau challenge en compagnie d’un jeune homme plein d’ambition et de bonne volonté.

 

3 – De la conception d’Hubert de Boüard  du métier de consultant

 

À la question : pourquoi viennent-ils vous chercher ? HdeB répond : « Je pense qu’à un moment, ils sont à la fois en quête de réputation et d’expertise technique. Il ne faut pas se voiler la face, c’est ce genre de choses qu’ils désirent. »

 

Fait-il pour autant un type particulier de vin ?

« Je ne sais pas si on fait un type particulier de vin. L’Homme influence l’expression d’un vin, il le marque. Je crois beaucoup à cette part de l’humain.

 

« Ce que j’apporte dans mes conseils, c’est la rigueur scientifique d’un œnologue qui reste au service de la vigne et du vin. Mais,  c’est aussi travailler avec son cœur, ses sentiments, son vécu. Il est vrai que j’aime plutôt  les vins aux côtés arrondis à ceux anguleux ; ça c’est mon style. On peut alors penser, dans ce cas-là, qu’il existe un style Hubert de Boüard. Mais dire que tous les vins que je fais se ressemblent serait faux. »

 

« Être consultant c’est rentrer dans le secret, les gens vous confient des choses, vous devenez leur confident. S’ils ont des difficultés, vous essayer de les aider, vous les conseillez dans leurs investissements… Ils vous font confiance. Vous n’êtes pas simplement la personne à qui on vient porter une analyse dans un labo, vous n’êtes pas seulement là pour donner une ordonnance et vous en aller. Vous rentrez dans l’intimité. »

 

Le consultant, coach, fusible…

 

« Il y a une forte exigence. Les gens sont très exigeants. Pourquoi ? Sûrement à cause de ce système incroyable de notation des vins. Des journalistes viennent goûter vos vins alors qu’ils sont des enfants et vous jugent aussitôt ! »

 

« Il n’y a pas de recettes parce que, d’abord, je ne suis pas cuisinier. Vinifier, ce n’est pas faire de la cuisine, ce qui fonctionne dans un endroit ne marche pas ailleurs. Certes il y a toujours des fondamentaux, mais je marche plus au feeling, tout en préservant une grande rigueur, une précision dans mon travail. J’écoute beaucoup les propriétaires car ce sont eux qui signent le vin. »

 

« Un style de vin doit correspondre à l’expression d’un terroir. Après, s’ils le souhaitent, nous pouvons tenter de faire un produit très américanisé ou essayer d’élaborer quelque chose d’aimable, rond et souple »

 

« Je m’interdis de faire un copier/coller de ce qui pourrait être la valeur uniformité d’un vin aimé par tout le monde. Je tente aussi de montrer aux propriétaires que s’ils font un vin qui ne leur plaît pas en pensant qu’il se vendra mieux , ils vont vite se lasser et le métier deviendra insupportable. »

 

« Je ne vais pas forcément dans les plus faciles. Je pourrais me contenter des plus prestigieuses mais ce n’est pas le cas, j’aime bien les challenges. Cependant, je vérifie toujours la qualité du terroir, je ne suis pas non plus un acrobate. »

 

« Je tente d’être un généraliste de la vigne capable de donner un avis général, après expertise éventuelle de spécialistes »

 

Le vœu le plus cher H de B :

 

« La Bourgogne ! Pas ailleurs, mais la bourgogne, oui. Si la Bourgogne me propose quelque chose, j’y vais tout de suite car c’est une région qui me passionne. J’aurais cependant l’honnêteté de demander un tour de piste d’une année avant de m’engager complètement afin de bien comprendre le terroir. »

 

Conclusion en forme de réflexions personnelles et d’interrogations

 

Je n’ai jamais exercé le métier de consultant sans doute parce que je n’ai pas grand-chose à transmettre à qui que ce soit. Je fus pendant 5 ans Conseiller Technique dans des cabinets Ministériels mais cet exercice n’a rien à voir avec du consulting car il faut se contenter de se mettre dans la peau de son Ministre pour lui permettre de comprendre des dossiers. C’est aussi faire le nègre. Le conseiller technique n’existe pas c’est une ombre sans responsabilités.

 

Lorsque je fus en responsabilité j’avoue qu’une fois avoir absorbé les notes sur un sujet, j’ai toujours décidé seul afin d’assumer seul mes erreurs et aussi, péché d’orgueil, mes succès : ainsi par exemple la reprise par le groupe Bongrain de l’Union Laitière Normande.

 

Enfin, lorsque j’ai écrit mon rapport, dans la plus parfaite solitude, après avoir beaucoup vu et écouté, je n’ai pas fait du Berthomeau contrairement à ce que certains ont insinué, je me suis de nouveau mis dans la peau de… pour tenter de répondre aux questions qui m’étaient posées et j’ai signé. La seule transmission qui me plaît est celle de l’enseignement : j’adore le contact avec les étudiants ( ne ricanez pas en féminisant) et j’ai exercé avec passion, à ma sortie de mes responsabilités, pendant 3 années ce métier de prof associé (en plus de mon travail) à l’Université de Nantes en 3e cycle : mon thème justement la prise de décision…

 

Reste que vous allez me dire que j’ai abondamment parlé d’Hubert de Boüard, et de moi, mais bien peu de Patrick Fourreau. C’est à dessein, non par désintérêt mais parce que je ne le connais pas bien. Ce qui m’intéresse dans cette histoire de collaboration entre lui et Hubert de Boüard c’est de suivre l’évolution des vins de ces deux propriétés Châteaux Haut-Surget et Grand Cardinal.

 

Bien évidemment, eu égard à mes capacités très limitées de dégustateur, je ne pourrai vous livrer ici mes appréciations sur cette évolution d’autant plus qu’il n’est pas certain que je fusse de la partie pour le prochain millésime… Ainsi va la vie d’un chroniqueur qui apprécie bien plus les idées que les invitations à des déjeuners de presse. Bon vent à Patrick Fourreau et plein de beaux et grands millésimes avec Hubert de Boüard !

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