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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 00:09

C’est le Salon des Vins de Loire où je ne suis pas, faute de temps et aussi un peu d’envie, mais en bon travailleur du dimanche je vous livre ma copie sur Henry Marionnet vigneron emblématique de ces vignobles du Val de Loire.

 

J’ai découvert le Gamay de Touraine d’Henry Marionnet en 1976 au « Pied de Fouet » chronique du 20 mars 2006 link et je puis me targuer d’en être un vrai amateur car je n’eus nul besoin de me référer aux gazettes spécialisées ni pour le découvrir, ni pour l’apprécier. Pour autant, dans la mesure où HM arpentait les rangs de ses vignes plutôt que les couloirs du Ministère de l’Agriculture je n’ai fait sa connaissance personnelle il y a très peu de temps au cours d’une belle soirée amicale organisée par le guide du Pous en sa maison familiale. D’une certaine manière avec les vins d’Henry Marionnet, comme je le fais avec les livres que j’aime, la connaissance intime de leur auteur n’a guère d’importance car ce qui compte pour moi c’est l’approche intime, personnelle, du contenu, du style, de la manière. Pour autant aller à la rencontre de celui qui fait, et en l’occurrence HM est vraiment un homme qui sait ce que fait la main, un vrai artisan toujours en recherche, un vigneron animé d’une réelle curiosité, permet de vérifier les intuitions nées de la découverte de son vin. Sans vouloir me placer en deçà, au-dessus, en retrait de tous ceux qui, dans le livre de Barthélémy « Henri Marionnet charmeur de cépages » chez Féret, sont sous le charme, je suis assez heureux, moi le petit chose ignorant des cépages, d’avoir en mon inculture du vin fait le même chemin qu’eux sans pour autant le parsemer de leurs considérations de grands connaisseurs.

photo-HM.jpg 

« C’est avec le Gamay que le vigneron de la Charmoise va se faire connaître à Paris, à travers les bistrots d’abord puis les grandes brasseries comme les groupes Flo, Joulie ou celui des frères Blanc, et qu’il va devenir, ce qui est pour une fois un compliment, le « vin des Parisiens ». La plus belle illustration du phénomène étant sans aucun doute le dessin de Claire Bretécher, où l’on voit l’une de ses héroïnes se préparer une bonne soirée étendue sur un canapé, en train de lire un magazine, un verre de Gamay dans la main droite et le téléphone dans la main gauche, dire à une de ses copines : « ah ! tu dînes avec le roi d’Espagne ? Super, moi je passe juste une divine soirée avec Henry » Mais c’est avec M qu’Henry Marionnet va connaître la notoriété lorsqu’il sera sacré « Meilleur Sauvignon du Monde » aux Olympiades organisées par Jacques Dupont et Pierre Crisole du magasine Gault&Millau. Henry Marionnet pense que sa première cuvée de M en 89 il ne la « connaîtra jamais plus, mon fils peut-être, une année pareille, aussi grandiose, c’est la cuvée qui m’a donné la plus grande émotion de ma vie ! »

 photoHM2.jpg

photo HM3

Je ne connais pas assez Henry Marionnet pour m’aventurer dans l’esquisse d’un portrait, Barthélémy dans son livre s’y risque avec un certain bonheur. « Henry Marionnet porte en lui la volonté de l’accomplissement et du bien faire. C’est la force qui l’anime et le motive, c’est aussi celle qu’il communique. » écrit-il en ajoutant plus loin que c’est un homo faber, un homme qui forge, qui transforme au besoin, qui métamorphose pour mieux obtenir ce qu’il appelle : le meilleur. » Jacques Dupont souligne lui que « c’est quelqu’un qui est toujours à la recherche de quelque chose de nouveau. Il est insatiable en termes de curiosité et, ce qui le rend sympathique, c’est aussi sa grande sensibilité humaine. Quand on parle avec lui, on s’en aperçoit tout de suite et il a transposé cette sensibilité sur le vin. » Philippe  Bourguignon du Laurent met en exergue avec justesse « qu’il ressent chez lui : une sensibilité  au passé, il s’attache à sauver ce qui en vaut la peine mais dans le travail, c’est un moderne, un homme qui regarde devant. » Pour ma part je relèverais deux formules d’Henry Marionnet qui font mouche, me plaisent « Il faudrait arriver à faire du vin sans y toucher ! » et « On ne fait pas faire ses enfants par le voisin ! » à propos de son allergie à l’intervention ou aux conseils d’un œnologue pour faire son vin. Barthélémy me pardonnera, du moins je l’espère, le non recours dans ce portrait à l’omniprésent Perico Légasse qui nous gratifie de formules d’une grande saveur et d’une grande pertinence « si l’INAO était intelligente, elle ne donnerait pas seulement des AOC à des terroirs mais aussi à des hommes... » ou « S’il y a une identité nationale, qui nous est propre, elle réside dans le bonheur et le plaisir de jouir. Or, dès la première gorgée de Marionnet, on est un petit peu plus français ! Ou, si l’on préfère : je suis français parce que j’aime boire du Marionnet ! »

 

Même si Barthélémy omet Le Pied de Fouet – où les Ministres étaient traités par Andrée la patronne comme le commun des mortels sous l’œil impassible de son Martial de mari au flegme belge très prononcé – dans son chapitre « à nous deux Paris » décrivant la résistible conquête de la capitale par Henry Marionnet je lui sais gré de bien mettre en lumière le travail de commerçant de celui-ci en un temps où les vignerons restaient dans leurs vignes « Henry s’est construit en allant à Paris et en n’hésitant pas à mettre le pied dans la porte des bistrots et en les forçant en quelque sorte, à prendre son vin ! » témoigne Jacques Dupont » De l’énergie il fallait en dépenser « Quand je livrais au début avec mon gros camion, j’arrivais à Paris le samedi, quand il y avait moins de circulation, vers six heures du matin. Je passais d’abord par les bistrots qui étaient déjà ouverts et quand j’arrivais avec mes paniers de bouteilles pleines, rarement on m’avait préparé les vides car à l’époque on faisait échange de bouteilles. Il fallait que j’aille les chercher à la cave, un vrai boulot de chien, et quand je remontais j’étais noir de saleté ! Mais faire les livraisons était un plus, très apprécié, et cela me permettait de rencontrer les patrons. Aujourd’hui, quand le restaurant est tenu par un groupe, à six heures du matin il n’y a personne, ou éventuellement un balayeur ! » Simple consommateur de son Gamay de Touraine je n’ai certes pas beaucoup contribué à la notoriété d’Henry Marionnet mais mon lien avec son vin relevait du pur amateurisme.Vous pouvez aussi lire dans mon autre crèmerie une chronique 

 

Si vous souhaitez mieux connaître Henry Marionnet, en savoir plus son beau parcours, faites l’acquisition du Barthélémy « Henri Marionnet charmeur de cépages » chez Féret qui, comme son auteur le précise dans son Avant-propos est « un ouvrage, comme on peut parler d’un tricot ou d’un travail d’aiguille, dont les fils s’entrecroisent en même temps qu’ils se démêlent pour en mieux renforcer le tissage. Un ouvrage à plusieurs mains... » Pour accéder au Domaine de la Charmoise link 

 

Vous pouvez aussi lire dans mon autre crèmerie ma chronique du lundi Le Provignage d’Henry Marionnet vous est offert par la coopé des 5 du Vin  link 

photo-HM1.jpg

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Luc Charlier 05/02/2011 10:04



Il me cherche, il me trouve, le Boireau. D’ailleurs, je pense bien lui rendre visite cet été !


Je ne suis pas un anti-OGM primaire (j’injecte moi-même tous les jours plusieurs fois du jus d’E.coli dans mes cuisses et mon
bide), je suis un anti-OGM-en-liberté ! Nuance.


En outre, une fois la BONNE modificaton trouvée et le pied planté, il ne se propagera pas « tout seul », que je sache. Même
le marcotage, il faut le vouloir !


Donc 99 % d’accord avec toi (le 1% qui reste est mon « principe de précaution »).



Denis Boireau 04/02/2011 10:20



Luc, pour ce qui est de juger de l'effet franc de pied par rapport a l'effet du vigneron, Marionnet est ideal: le meme vigneron au meme endroit fait de la meme facon du sauvignon, du
gamay, et du Cot dans les deux versions: vignes greffees et vignes franches.


La difference est a tomber par terre...


Et oui, tu as raison: c'est plus risque et plus cher. Si seulement on pouvait faire un peu de recherche genetique contre le phyloxera: il n'y a peut-etre qu'un ou deux genes a piquer sur
vitis lambrusca ou une autre pour les mettre dans vinifera? Mais ce serait de l'OGM: horreur!



Luc Charlier 03/02/2011 12:46



Denis, tu parles d’or. Partout où l’on goûte des pieds francs, ils épatent par l’éclat de leur fruit. Toutefois, ils ont souvent été
plantés par des viticulteurs et vignerons hors pair. Quelle est alors la part du savoir-faire de ces gens admirables et celle de la souche ?


En outre, sauf cas rares, la durée de vie de ces pieds semble plus limitée que celle des vignes greffées : on perd donc d’un côté
(la maturité de la vigne) ce que l’on gagne de l’autre (sa jeunesse fruitée) et, en outre, cela a un coût économique important (délai avant les premiers fruits exploitables, coûts de plantation,
rendement encore plus réduit ...).


Pour le vin « primeur », je te laisse ton appréciation, néanmoins.



Denis Boireau 03/02/2011 11:50



Merci Jacques pour cette belle chronique.


J'ai eu le plaisir de serrer la main d'Henry Marionnet lundi au salon des vins de Loire, ainsi que de madame et du fils Jean-Sebastien maintenant tres present dans les activites du domaine. Tout
a l'air d'aller pour le mieux chez eux.


Ce commentaire est en fait pour attirer l'attention sur deux ou trois vins de Marionnet qui meritent le detour. Si Henry est pratiquement l'inventeur du Gamay primeur en Touraine, il a
maintenant developpe un genre d'extreme du gamay dans le fruit avec sa cuvee Premiere Vendange: du vin naturel sans aucun intrant, mais qui ne pique pas! Et puis tous ses vins de cepages francs
de pied, serie Vinifera, donc non greffes sur des porteurs americains ou sur des hybrides. Il faut vraiment comparer avec les vins de vignes "normales" greffees pour decouvrir un resultat
extraordinaire de densite de matiere.


Denis Boireau


 



Anne-Marie P. 31/01/2011 23:38



"S’il y a une identité nationale, qui nous est propre, elle réside dans le bonheur et le plaisir de jouir. Or, dès la première gorgée de Marionnet, on est un petit
peu plus français ! Ou, si l’on préfère : je suis français parce que j’aime boire du Marionnet ! »


  Ah, décidément, que serait-on sans votre chronique (?), nous, les "Francais de l'étranger", comme ils nous appellent au Con-Sulat. 


Bref, cher Monsieur Berthomeau, si vous me permettez  cette familiarité, merci de m'avoir fait rêver aujourd'hui, en lisant votre texte. Je ne suis pas de la
"Fête" moi non plus, par la maligne obligation du casse-croute à gagner quotidiennement, mais en vous lisant, c'est "comme si j'y étais". Et sans avoir eu l'honneur de serrer "la main d'Henry",
le Roi des vins de Loire, j'ai quand même l'impression de le (re)connaître , et surtout, grâce à votre protigieuse verve, je me dis que tout compte fait, c'est quand même pas si mal  d'être
francais et d'appartenir, même de loin à ce pays qui mériterait mieux que ceux qui le gouvernent, enfin, c'est un autre sujet!


Vous m'avez remis du baume au coeur (le monde va si mal!): merci de m'aider à le retrouver beau!


Anne-Marie P.



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