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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 00:09

J’ai rarement vu l’enseigne d’un débit de boissons afficher : bistrot de la Mairie ou des Tilleuls ou du Départ… comme l’écrit Robert Giraud, grand expert en cette matière, « hors dans les livres, il y a des mots qu’on ne lit jamais, bien que tout un chacun les emploie d’une façon régulière. Sous le néon et les ampoules électriques de certaines vitrines et devantures « Bistrot » n’apparaît pas remplacé par bon nombre d’appellations contrôlées qui toutes le désignent. » Le plus souvent pour le populo c’est le café, avec un petit frère plus fermé, parfois louche ou chic : le bar, qui lui désigne le comptoir lui-même appelé le zinc


C’est pour cela  que ce matin je propose à votre lecture des Gravures sur le Zinc de Jacques Prévert

Ronald-Searle-052.JPGOù les ai-je trouvées ? En chinant à la Foire Nationale à la brocante et aux jambons de Chatou.

Ronald-Searle-053.JPGChineur de livres je suis, un vrai,  pas un collectionneur de vieilles reliures, d’éditions rares, coûteuses - un livre en exposition est un gisant, mort, couvert de poussière –mais un dénicheur de petites merveilles, un jouisseur qui cherche sans ne rien chercher, dont l’œil vagabonde, fouille, baguenaudant, tombant en arrêt, dont la main se pose avec vivacité sur la couverture convoitée. Dimanche, à Chatou, sous un peu de soleil, elle était lie de vin la couverture et elle affichait sobrement Le POINT Revue Artistique et Littéraire BISTROTS

Ronald-Searle-076.JPG

Ce qui m’a frappé de suite c’est qu’au bas de la couverture était indiqué l’origine de cette revue Souillac (Lot) Mulhouse 55 rue Daguerre. La province donc, étonnant une revue artistique et littéraire originaire du terroir profond, une exception française, surtout en 1960 date de ce numéro 57 qui sera malheureusement l’antépénultième du Point fondé en 1936 par Pierre Betz avec son ami Pierre Braun, éditeur d’art et imprimeur à Mulhouse, afin de montrer que la province peut aussi être une terre d’art. Belle tentative de décentralisation artistique et littéraire qui voulait « rapprocher les hommes » à travers la culture...

                 Gravures sur le zinc

Au Diable Vert rue saint Merry, une clochard devant son premier verre en confidence lui dit : - Place toi là pour voir le défilé !

Mais sur le miroir du comptoir un petit écriteau ravive la mémoire de ce client trop empressé :

                            Surtout n’oubliez pas de payer

                                même

                          si vous buvez pour oublier.

Ailleurs dans la ville, sur la grisaille des murs, le socle des statues, les tables des cafés, le plâtre des WC d’autres sentences sont gravées ou titubantes dans les rues à haute voix proférées :

Mon lit c’est le ruisseau

mon trottoir l’oreiller

le flic c’est mon cauchemar

le vin mon rêve doré.          Debout les ivre-morts

                                  révérend-père Ricard

                                 le dernier verre du condamné

                                            beaucoup

                                   l’ont bu dans les tranchées.

                                         Tu m’as quitté

                                                      Beauté

                                                  A m’en rendre

                                                  malade

                                                 je bois à

                                                    ta santé

Buvez ceci est mon eau

signé Saint Galmier 

         quand

le chameau                                           

entre

       le bistrot est désert

L’alcool tue mais pas n’importe qui

Plus le verre est épais

plus le vin est cher et mauvais         

 

 Que de grands verres

 on pourrait remplir avec les

                         petits verres que les larmes ont fait verser

le mauvais buveur

vit sous l’Empire de la Boisson

le bon

dans sa révolution

     Méfiez-vous du Brandy corse

                 Buvez du rouge

            jamais de fine Napoléon

Bacchus ne disait pas que c’était

          son sang

il avait horreur des Appellations

                            Contrôlées

J.C chassa les marchands de

vin du Temple

Son père n’aimait pas la concurrence.

….. et tant d’autres encore choses lues

Et retenues, entendues racontées.

                      Jacques Prévert

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Michel Smith 23/03/2012 17:20


Tu as mille fois raison de me rappeler cette faoçon de faire près de la Tour Montparnasse et mes escuses à feu Jean Nouyrigat d'avoir écorchéé son nom.

Feuilly 23/03/2012 17:10


Jean Nouyrigat, mon cher Michel, était il est vrai un brin ronchon, genre patron de droit divin maître chez lui. D'ailleurs, au quidam qui demandait un verre, il répondait : "pas de verre ici,
l'unité de compte, c'est la bouteille !".

Michel Smith 23/03/2012 10:50


Merci Feuilly ! Manque plus que Blondin...


Bon, il n'y avait pas que des gens sympas dans ces bistrots : Jean Bouyrigat, au Père Tranquille, ne vous servait son Marionnet, que si votre gueule lui revenait...


On était meiux reçu au Rallye, Rue Daguerre, par Bernard Péret...


Enfin, tout une époque !

Feuilly 23/03/2012 10:10


S'il existe un bistrot que l'ami Bob Giraud fréquentait, c'était "Aux Noctambules", sur le flanc Nord de la Butte Montmartre, là où il écrivait "Les lumières du zinc" au quotidien. Il y eu
d'abord le père Tricoche avant que Jean Navier lui succède.


Nous pouvons aussi nous souvenir de Bernard Dimey qui a mis en paroles l'ivresse. Et pourquoi pas ? disait-il. Un texte magnifique :


"Ivrogne, c'est un mot qui nous vient de province


Et qui ne veut rien dire à Tulle ou Chateauroux,


Mais au coeur de Paris je connais quelques princes


Qui sont selon les heures, archange ou loup-garou


L'ivresse n'est jamais qu'un bonheur de rencontre,


Ca dure une heure ou deux, ça vaut ce que ça vaut,


Qu'il soit minuit passé ou cinq heures à ma montre,


Je ne sais plus que monter sur mes grands chevaux.


Ivrogne, ça veut dire un peu de ma jeunesse,


Un peu de mes trente ans pour une île aux trésors,


Et c'est entre Pigalle et la rue des Abbesses


Que je ressuscitais quand j'étais ivre-mort...


J'avais dans le regard des feux inexplicables


Et je disais des mots cent fois plus grands que moi,


Je pouvais bien finir sous la table,


Ce naufrage, après tout, ne concernait que moi.


Ivrogne, c'est un mot que ni les dictionnaires


Ni les intellectuels, ni les gens du gratin


Ne comprendront jamais... C'est un mot de misère


Qui ressemble à de l'or à cinq heures du matin.


Ivrogne... et pourquoi pas ? Je connais cent fois pire,


Ceux qui ne boivent pas, qui baisent par hasard,


Qui sont moches en troupeau et qui n'ont rien à dire.


Venez boire avec moi... On s'ennuiera plus tard."


 


 


 


 


 


 


 


 

Michel Smith 23/03/2012 07:55


J'aurais aimé avoir déniché cet ouvrage... Pour info, on en saura plus sur son auteur Bob Giraud qui, lui même, vivait dans les bistrots, en allant ici
: http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Giraud


 

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