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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 00:09

Je suis très bon public, les jeux de mots à deux balles me font rire et une certaine de dérision gentille m’enchante. Tout ça pour dire que j’aime les gens, dépourvus de moyens mais pourvu de beaucoup d’imagination, qui montent des évènements avec des bouts de ficelles. Plutôt que de s’en remettre à de beaux esprits extérieurs dont c’est le job nos géotrouvetout réfléchissent, se posent les bonnes questions, fabriquent de l’intelligence, font ! Tel est le cas de l’opération « Changer l’Aude en Vin » dont la dernière édition vient de se dérouler dans la Cité de Carcassonne. En son temps j’avais assisté à sa première en 2009 link mais comme ma petite entreprise a elle aussi des moyens limités je n’ai pu me rendre aux deux dernières manifestations. Mais à toute chose malheur est bon car grâce à mon statut de coopérateur – pardon Jean-Baptiste – dans les 5 du Vin la maison Berthomeau a pu fourrer son nez dans l’Aude du Vin. Un beau nez en l’occurrence, un de pro, un vrai dégustateur : le régional de l’étape, j’ai nommé Michel Smith.(Lire sa chronique link photo-SMITH-23.jpg

Et moi, pendant que Michel se régalait dans les travées de Changer l’Aude en Vin, relancé par un « Save the date » je me portais en fin de journée sur les grands boulevards pour participer m’avait-on assuré à un truc d’enfer. Précautionneux j’avais pris le métro et sur ses murs j’admirais l’audace des fils de pub qui proclamait à propos du camembert Le Rustique : « le goût de l’authentique » fabriqué au bon lait de printemps. Very Good pour un besogneux calendos industriel fabriqué au lait pasteurisé qui doit avoir un goût de printemps fort ténu. Mais comme je voguais vers des rives prometteuses je n’allais pas faire tout un fromage des entourloupes de vendeurs d’illusion. Arrivé sur les lieux d’un temple djeunes, DJ et tout et tout, je me voyais propulsé sur une banquette en compagnie de Michel Dovaz qui sous ses longs sourcils de neige me lançait des regards désespérés. Il s’esbignait vite fait. Je souffrais : mais qu’est-ce qu’était venu faire ce brave Corbières dans cette galère ? Séduire les jeunes, les détourner d’autres breuvages industriels. Intention louable mais ma voisine me demandait « où se trouvent les Corbières ? » Dans notre îlot de quelques vieux nous survivions. Bien sûr autour de nous des tables buvaient du Corbières mais à 3€ le verre ça devenait très attrayant par rapport aux tarifs habituels de l’établissement. C’est la suite qui m’interroge ? Je concède que ces jeunes pourront se dirent « après tout, ce vin est sympathique, d’un bon rapport qualité-prix »  mais demain où le trouveront-ils ? Dans ce type de lieu : pour l’heure sûrement pas et pas à ce prix unitaire ; en faisant leurs courses : pourquoi pas mais je ne suis pas sûr qu’ils connecteront Corbières. J’avoue que je ne comprends pas bien le retour sur investissement pour le vin des Corbières de l’opération.

 

Le jeune vice-président chargé de la communication me posait la question de mon ressenti. Comme c’est un vigneron c’était du vin présenté dont il voulait parler. Que je sache tel n’était pas le but de notre invitation : nous étions là pour voir si la connexion avec les jeunes fonctionnait. Bien évidemment je n’ai aucun moyen de me prononcer au seul vu de ce que j’ai vu. Comme je l’ai écrit précédemment je reste dubitatif sur l’impact de cette opération sur la cible visée. Bien sûr je n’engage que moi mais l’image des Corbières me semble bien décalée par rapport à ce que cherchent les filles et les garçons qui fréquentent le Delaville Café sur le Boulevard Bonne Nouvelle. On ne se décrète pas tendance on le devient. Que l’AOC Corbières ait pour « ambition de sensibiliser et de séduire la génération des 20-35 ans » via l’Internet et les médias numériques me semble un défi intéressant mais, comme je l’ai écrit récemment, les Corbières se retrouvent ainsi en compétition dans un « Océan Rouge » où se pressent beaucoup de concurrents pourvus de moyens importants. Pour durer, pour se différencier, hameçonner durablement les jeunes consommateurs il est primordial de bien cerner ce que l’on est. En clair, la qualité du contenu du ou des messages prime sur la simple présence dans les tuyaux du Net. Le buzz ne se décrète pas, il se créé et encore faut-il avoir semé, être patient, pugnace et ne pas croire ou faire accroire que le nombre d’amis sur Facebook est le baromètre d’un retour commercial rapide.

 

Ma petite expérience de presque 6 années sur le Web du vin, sans autre moyen que le contenu de mes chroniques, ne me confère aucune supériorité d’un quelconque ordre mais me permet d’écrire qu’il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, ne privilégier que la forme au détriment du fond – certes nécessaire mais nullement suffisante – et surtout avoir une approche trop générale : une tranche d’âge recouvre de fortes disparités sociales et économiques. Les jeunes, comme les seniors, ne sont pas des masses indifférenciées et qu’il y a des écarts énormes entre par exemple les jeunes du club de dégustation de Sciences-Po (ou d’autres grandes écoles) et la population qui fréquentait hier au soir le Delaville café. Même si ce que j’écris va hérisser les concepteurs, je n’en suis pas pour autant négatif. Je reste à ma modeste place de chroniqueur pour écrire que faire vaut mieux que subir mais de grâce « ne pensez pas à la place de ceux à qui vous vous adressez ». Comme j’aime à l’écrire mettez-vous dans la peau de John Malkovitch : les consommateurs, en fonction de leur âge, de leur statut, sont de drôle d’oiseaux pas toujours très faciles à cerner. Le Web, Facebook, Twitter où tout le monde s’agite, bouge pour, qu’au milieu du flux incessant, du trafic intense, ceux qui surfent vous remarquent. Y être, en être, ne suffit pas. L’important est de vraiment créer des liens qui démultiplient vos messages. Un réseau social ne sert à rien si le flux ne coule que dans un sens. (Lire ma chronique Réseaux sociaux : vous avez dit sociaux moi sur Facebook j’y retrouve la tyrannie du marché... link 

 

Et pendant ce temps-là le sieur Michel Smith écrivait – je lui laisse bien évidemment l’entière responsabilité de ses propos – « Les directeurs de syndicats viticoles et d’inter professions, les présidents de tout et les édiles qui n’ont encore rien compris mais qui croient savoir, les journalistes grincheux et auto suffisants, toutes les têtes pensantes et savantes qui gravitent dans la sphère viticole à coups de dizaines de milliers d’euros l’opération « de prestige », tout le monde un tant soit peu amoureux du vin devrait venir chaque année à Carcassonne pour prendre une magistrale leçon de communication. Une leçon simple que l’on doit aux cerveaux de quelques vignerons en mal de reconnaissance qui se mettent ensemble, qui se plient en quatre avec enthousiasme pour se faire connaître et faire goûter leurs vins sans pour autant débourser des sommes colossales. Comme dirait Valérie Diotte, fidèle lectrice de nos pages : mille bravos ! »

 

Un point qui n’est pas de détail le vin de Corbières qui nous a été servi était excellent il provenait du Domaine Prieuré Sainte Marie d’Albas à Moux 11700 www.saintemariedalbas.com Le propriétaire Vincent Licciardi était présent, ce fut un hôte prévenant et fort sympathique. Il en veut, il y croit alors puisqu’il vient de reprendre le domaine découvrir le fruit de son travail et l’apprécier c’est l’encourager. Enfin, comme Xavier de Volontat sait depuis longtemps que ma plume n’est guère complaisante il recevra ma chronique avec son flegme et sa distance habituelle.  

 

* Gérard Menbussa fut une cuvée culte Beaujolais-Villages de Cyril Alonso (une chronique à venir sur P.U.R.)

* Mozart est là est un souvenir de La cave mozza-maniaque de Yannig Samot, Mmmozza,  57, rue de Bretagne (3e)  

L1000924.JPG

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

vicente 22/04/2011 18:39



bravo pour tes remarques pertinentes pour l amour que tu portes a ton metier bonne continuation et et je vous souhaite beaucoup de succes


 


bisous



Alexandre They 22/04/2011 17:58



la suite-


Notre philosophie du vin est là – le partage – et nous avons pensé humblement que le web était un bon
moyen pour cela, que rencontrer des consommateurs en était aussi un autre.


 


Si lors de cette soirée nous avons pu faire passer le message : le vin de Corbières, en l’occurrence la
Cuvée "les 4 saisons" de Vincent Licciardi, est excellent et avec un rapport qualité prix hors normes, qu’en plus nous avons pu convaincre quelques clients de cette réalité en leur faisant
découvrir quel est cet animal étrange qu’est le vigneron des Corbières (votre voisine de droite n’était pas la seule à ne pas situer Corbières sur une carte), le tout avec nos moyens, en essayant
d’éviter certains écueils, alors c’est un bon début. Si dans le même temps une
dégustation des Artisans de « Changer l’Aude en Vin » a été un succès, nous osons espérer
être sur la bonne voie.


 


Donc en conclusion, nous laissons aux consommateurs la liberté de trouver eux-mêmes le moteur de leur
amour pour les Corbières, leur "vin préféré", comme la paire de Heschung dans laquelle il se sentent le plus à l'aise !


Et si d'humeur, comme au quotidien, leur prend l'envie de troquer leur paire préférée pour la dernière
tong estivale branchée, Corbières à juste la prétention de leur démontrer toute la diversité de ses terroirs et la singularité de chacun de ses vins, et de créer – peut-être ! – le buzz, pour
devenir nous aussi, des vins branchés !


 
Merci
de votre présence, de votre temps et de vos conseils que j’ai pris comme venant de quelqu’un qui a de l’affection pour notre appellation.


They Alexandre 22/04/2011 17:47



La suite-


Notre philosophie du vin est là – le partage – et nous avons pensé humblement que le web était un bon
moyen pour cela, que rencontrer des consommateurs en était aussi un autre.


 


Si lors de cette soirée nous avons pu faire passer le message : le vin de Corbières, en l’occurrence la
Cuvée "les 4 saisons" de Vincent Licciardi, est excellent et avec un rapport qualité prix hors normes, qu’en plus nous avons pu convaincre quelques clients de cette réalité en leur faisant
découvrir quel est cet animal étrange qu’est le vigneron des Corbières (votre voisine de droite n’était pas la seule à ne pas situer Corbières sur une carte), le tout avec nos moyens, en essayant
d’éviter certains écueils, alors c’est un bon début. Si dans le même temps une
dégustation des Artisans de « Changer l’Aude en Vin » a été un succès, nous osons espérer
être sur la bonne voie.


 


Donc en conclusion, nous laissons aux consommateurs la liberté de trouver eux-mêmes le moteur de leur
amour pour les Corbières, leur "vin préféré", comme la paire de Heschung dans laquelle il se sentent le plus à l'aise !


Et si d'humeur, comme au quotidien, leur prend l'envie de troquer leur paire préférée pour la dernière
tong estivale branchée, Corbières à juste la prétention de leur démontrer toute la diversité de ses terroirs et la singularité de chacun de ses vins, et de créer – peut-être ! – le buzz, pour
devenir nous aussi, des vins branchés !


 



Merci de votre présence, de votre temps et de vos conseils que j’ai pris comme venant de quelqu’un qui a de l’affection pour notre appellation.


 



Alexandre They



They Alexandre 22/04/2011 17:30



Comme je suis d'accord!!!


 


J'écris ce mot en réponse et partage avec votre analyse.


Il est certain que le buzz ne se décrète pas, mais ce n’est pas là notre but premier, nous ne faisons pas
les sainte-ni-touche car c’est aussi, bien sûr, un de nos objectifs.


Mais comme le disait Mulder, " la vérité est ailleurs" (oui, je
sais, on a les références que l’on peut). Et, comme vous le dites très justement dans votre billet : "il y a un Océan Rouge avec beaucoup de concurrents pourvus de moyens importants", Corbières
tentent juste d’y exister, avec les siens.


 


Alors oui, nous allons commettre des erreurs, mais c’est avec beaucoup d’humilité que nous essayons de
faire découvrir notre appellation, nos vins, nos vignerons, ce que nous sommes. L'ambition de l’Appellation Corbières n'est autre que de démontrer par la collective la qualité des individus, de
faire émerger des affinités avec les différents publics de toutes les "tranches d'âge", adapter notre discours et les moyens mis en œuvre pour y parvenir. Garder l'humilité de n'être qu'un
représentant du "tout le monde de Corbières", avec ses qualités et ses défauts.


 


Nous avons pris le parti des médias numériques et je ne vous cache pas que pour les Corbières, c’est une
mini révolution. Aujourd’hui nous sommes plutôt "dans la peau de Jacques Villeret" (dans son rôle de "la soupe aux choux" que
dans celle de John Malkovitch, mais cela nous va t‐il si mal ?). Nous en prenons petit à petit la mesure, et nous essayons de faire en sorte que le flux soit à double
sens et surtout que son contenu soit pertinent.


 


Votre analyse et votre réflexion va bien au‐delà de la nôtre (en même temps, on reste des vignerons audois). En vous lisant je me suis surpris à penser : ouahou
! On a à penser à tout ça nous ? Mais, vous êtes dans le vrai et après le « ça y est, on y est » (sur les médias numériques) on essaie de passer à « ça y est, on a une relation avec le consommateur
». Pour cela il nous a fallu et il nous faudra du temps, pour exemple on a récemment compris que d’avoir 10000 fans sur Facebook pouvait être facile (jeux concours avec iPad 2 à la clé) mais que
cela n’avait aucune pertinence, les gens doivent être là pour ce que vous êtes et ce que vous pouvez échanger.


Après tant de rien, les Corbières essaient juste de se faire connaître. Le Café Delaville a été une
soirée sympa (ce n’était pas un diner à la « Tour d’Argent » avec Black Tie) et nous avons passé une bonne partie de la nuit à servir du Corbières et à expliquer aux clients présents qui nous
sommes et quel est notre travail de vigneron. Cette soirée n'avait d'autre prétention que de se greffer à l'environnement habituel de la clientèle de ce bar et de les sortir effectivement de leur
folie du Cocktail marketé pour y greffer notre "rural market touch".


 


Oui je suis président de la commission communication des Corbières mais c’est juste une dénomination et
c’est surtout parce qu’il en fallait un. Je suis un vigneron passionné, comme les autres vignerons de Corbières qui n’ont qu’une envie : Partager.


Notre philosophie du vin est l&ag



Vincent Pousson 22/04/2011 00:46



À la suite d'une absorption excessive de négrette, dans mon commentaire, il manquait le "vaut" (pas le veau, les veaux, on n'en manque jamais comme disait le grand Charles…), ce qui donne donc à
l'alinea 2: "Vigneron, mieux vaut te prendre en main!"


PS: bravo à "J'ai changé l'Aude en vin" même si, malheureusement, dans l'Aude, le vin a plutôt, à de notables exceptions près, tendance à se transformer en eau (de boudin).







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