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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 00:09

Cette chronique, fondée sur les précieux souvenirs de Jean Clavel, est une prise de position sur ce que l’on appelle pompeusement les politiques publiques dans un secteur économique, ici celui des vins. En clair, « que viennent faire les fonctionnaires dans cette galère ? » 

 

Que mes chers collègues du Conseil Général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux me pardonnent mais la branche Génie Rural de leur ancienne appellation : Ingénieur du Génie  Rural, des Eaux et des Forêts (IGREF) m’a toujours laissé dubitatif en raison du goût des membres de cette branche pour le béton armé et l’arasement des haies : le fameux remembrement. Je ne sais si c’est pour ces raisons qu’ils ont exclu cette référence de leur nouveau titre né de la fusion du corps des IGREF avec celui des Ponts et des Chaussées : Ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts (IPEF). Je décoconne bien sûr, il fallait compacter pour faire un bel acronyme loin du béton et du goudron…

 

Pour les non-initiés, ces deux corps d’ingénieurs unifiés plongent leurs racines dans les profondeurs de notre Histoire de France. Leur chef de corps, qui est aussi mon supérieur hiérarchique direct, Alain Moulinier, l’explique « Les ingénieurs des eaux et forêts descendent ainsi d’un corps créé par le Roi Philippe le Bel en 1291, et les ingénieurs des ponts et chaussées d’un décret du Roi Louis 15 de 1716. »

 

« Dans l’histoire ancienne de la France, les charges publiques étaient la propriété de gens qui les avaient achetées ou héritées. Ainsi Jean de la Fontaine, conservateur des Eaux et Forêts dans la petite ville de Château-Thierry, héritier par son père de sa charge, ne s’est-il guère occupé de son domaine. La suite ICIlink 

 

En clair une partie de nos ingénieurs se vouait à l’ingénierie publique : ceux des Ponts et Chaussées à la ville, ceux des Eaux et Forêts aux champs. Ce point étant précisé vous pourrez mieux saisir le texte qu’a publié Jean Clavel sur son blog link


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Jean y évoque d’abord la destruction « la cave coopérative de Baillargues-Saint Brès construite en 1936, qui avait une capacité, dans les années 1960, de près de 100 000 hl, fermée depuis une dizaine d'années et absorbée par la cave d'Assas. Bâtie en béton ferraillé sur 3 niveaux de cuves, comme un « blockhaus », elle semblait défier les siècles (…)


 Ensuite il rapporte « le souvenir d'une visite de cette cave par des étudiants en économie de la faculté de Montpellier, conduits par leur professeur André de Cambière qui m'avait demandé de leur parler de la politique de qualité, nouvelle en Languedoc. Il était très opposé à la production de vin industriel que ces types de cave coopératives mettaient, alors, en oeuvre, car il pensait, à juste titre, que ce type de production disparaîtrait à cause de l'évolution de la société française, provoquant une évolution des attentes et des goûts des consommateurs, attirés par les offres de la Grande distribution. Lorsqu'il avait atteint avec ses étudiants le centre de la cave sous la voute des 3 étages de cuve en béton, il s'écria de sa forte voie de basse, « Génie Rural, Génie du Mal !!! »


L'administration agricole d'Etat avait une administration départementale, dont une section technique nommée  « Génie Rural » était chargée des gestions et contrôles des grands travaux ruraux, dont, en Languedoc, les caves coopératives. Ce service très structuré, avait, depuis le début du siècle et jusqu'en 1970, aidé et contrôlé la construction de plus de 500 coopératives dans la région LR., dirigé par des ingénieurs souvent polytechniciens. La formation et le diplôme d'Etat d'œnologues sont venus beaucoup plus tard, la surveillance des vins était faite le plus souvent par le pharmacien du coin qui procédait aux analyses lorsqu'on lui demandait. Ces services techniques d'Etat avaient une réelle autonomie de conception et de réalisation, le milieu viticole de la coopération avait peu de pouvoir d'analyse et de contestation sur les orientations proposées. Les dernières caves construites dans l'Hérault celle de Berlou (1965) et celle de Roquebrun (1967) ont fait l'objet de contestations des représentants des populations locales: maire et responsables viticoles.


La première contestation est venue de Berlou. Le maire, Georges Dardé, devenu président du Conseil d'administration de la Cave coopérative, avait souhaité que la conception de la cave permette la vinification en macération carbonique, il fallait donc encuver les raisins entiers, et leur manipulation devait se faire par simple gravité. Les plans de la cave, imposés par le Génie Rural ne permettait pas cette technique, malgré la déclivité du terrain. Ce n'est qu'une quinzaine d'années plus tard que le président réussit à changer le lieu d'arrivée des raisins, et les faire entrer dans la cave par le haut du bâtiment. A Roquebrun, les vignerons de cette commune, étaient en relation avec un distributeur de vin parisien qui était prêt à acheter la totalité de leur production à un prix garanti, à la condition que la coopérative sont conçue de manière à élaborer la plus grande partie de la production en « macération carbonique » technique mise au point par M. Flanzy , œnologue et directeur de la station œnologique de Narbonne. La macération carbonique du carignan, cépage, alors, majoritaire tant à Berlou qu'à Roquebrun, était considérée à cette époque comme un grand progrès, donnant des vins aromatique et très fins demandés par la clientèle. Le Génie Rural refusa cette méthode pour des raisons obscures, peut être en relation avec des conflits d'intérêt. Le problème était que ce service détenait un pouvoir au niveau du financement. La solution fut trouvée par la société commerciale parisienne qui proposa un architecte spécialiste et intervint au niveau ministériel pour obtenir un financement. La cave fut construite sur un terrain en décaissé au-dessus de la rivière « Orb », le plancher supérieur au niveau de la route de façon permet l'accès direct des raisins au haut des cuves par les moyens de transport des vignerons. »


Vous pouvez lire la suite sur le blog de Jean Clavel. Bien évidemment loin de moi l’idée de stigmatiser mes collègues bâtisseurs car ils participaient à une vision de la viticulture de masse défendue becs et ongles par des organisations professionnelles se refusant à voir la réalité en face : la désertion des consommateurs de vin de table, et des pouvoirs publics dont le courage politique n’était pas la vertu majeure. Pour avoir vécu au plus près cette période, puisqu’en 1978 j’étais au cœur des débats au Conseil  de Direction du nouvel Office National des Vins de Table créé par Jacques Chirac au lendemain des évènements de Montredon-des-Corbières, je puis témoigner de l’irréalité qui y régnait. Violence : les CAV, mouvements de masse, système de soutien permettant aux gros volumes de perdurer… Ce système a été cassé par les accords de Dublin de 1984 qui ont instauré la distillation obligatoire qui cassait la prime aux hauts rendements et permettait à la viticulture dites de qualité de prendre son essor. Pour ce qui concerne la présente période, et ce n’est pas chez moi une prise de position récente, j’estime que l’Administration, Préfet en tête, n’a rien à faire dans l’élaboration et la mise en œuvre de la stratégie du secteur. Les comités de bassin doivent ôter leur casquette politique, s’assumer, être représentatifs de ceux qui font et vendent les vins. Tel n’est pas le cas aujourd’hui… le temps de se montrer adulte et responsable est venu… ça permettra d’éviter de continuer à jouer au bonneteau.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Belle réflexion sociétaleclavel 18/04/2013 17:48


C'est avec un immense soulagement que nous avons reçu les accords de Dublin en 1984,c'était pour la politique de qualité que nous avions tant de mal a défendre , le bout du tunnel, et nous étions
trés reconnaissant à Michel Rocard de ce résultat tant espéré !!!Mais nous étions encore trés minoritaires dans le monde viticole languedocien!!!

Reggio 18/04/2013 08:53


bel et bon commentaire sur la situation en Languedoc...malgré ça, la fin des usines à bibine n'est toujours pas au programme. N'y aurat-il que le marché pour faire le ménage ? Si c'est le cas,
alors soyons logiques : supprimons toute forme d'aides au secteur et que le meilleur gagne...ca rique de saigner un peu sur les bords...mais de toute façon comme on déjà l'habitude de se faire
saigner comme des poulets, ça changera pas grand chose ! Adiù !

Jeff Carrel 18/04/2013 07:04


belle image que celui du bonneteau, ou celui qui gagne est celui qui tient les cartes. comment voulez vous alors que cela s'arrête.

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