Jeudi 9 août 2012 4 09 /08 /Août /2012 00:09

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Quand je lis ce que lis, vois ce que je vois, entends ce que j’entends, je pourrais tomber dans une profonde affliction, me désoler du triste spectacle donné par la représentation viticole sous toutes ses formes face aux dossiers de l’heure mais, confronté à ce degré zéro de la réflexion, à ce concert d’incantations, à ces moulinets ridicules, je préfère chaque jour me féliciter de ne plus en être, de ne plus avoir à subir tout ce beau monde. Vraiment je plains mes petits camarades en charge du secteur de la viticulture. Quant au nouveau Ministre, il ne lui suffira pas de mêler sa voix à ce concert de rases-moquettes pour impulser une nouvelle orientation au secteur.


Fin des Droits de Plantation, fin de l’aide à l’enrichissement par MC et MCR, extension de la chaptalisation : non merci n’en jetez plus même si la coupe est pleine…


Sur la fin des premiers, ceux qui ont été jeté au panier avec le vote de la France, j’ai déjà donné au service d’une parlementaire champenoise soi-disant missionnée par Bruno Le Maire pour trouver un produit de substitution, mais qui ne cherchait qu’à se pousser du col et dont je n’ai perçu ni la valeur ajoutée, ni la capacité à dépasser le stade du copié-collé. Un beau flop dû à une belle contradiction initiale : chercher un substitut aux droits de plantation relevait de la pure gesticulation politique destinée à faire oublier que le pompier était le pyromane.

 

Dans cette affaire je n’étais qu’une plume serve mais comme la manœuvre de diversion a échoué on m’a mis au piquet avec la complicité d’un directeur de cabinet, au nom prédestiné de Viné, adepte de l’à plat ventre et de la suffisance. Le courage n’étant pas l’apanage de ces gens-là me faire porter le chapeau de leurs insuffisances relevait d’une saine conception du brossage des professionnels dans le sens du poil. Que voulez-vous, moi, lorsqu’on met un carcan sur ma plume elle ne fait que transcrire la vacuité de la pensée de qui me dicte le texte. Par bonheur, nulle trace de mon labeur de tâcheron, la dame s’est attribuée tout le mérite d’un ensemble vide. Grand bien lui fasse mais tout ce temps perdu à écouter des professionnels dévider leur revendication simple comme un slogan : rétablir les droits de plantations relevait de l’inutilité.


Alors que fallait-il faire à cette époque ? Voilà une bonne question mais y répondre aujourd’hui n’a plus aucun sens puisque le dénominateur commun de tout le monde sur ce dossier c’est maintenant la RÉGULATION ! Mot quasi-magique utilisé à tout bout de champ ou de vigne, à tort et à travers, et surtout en évitant de prendre en compte tous les éléments constitutifs de cette fameuse régulation. Je rappelle pour les non-initiés que le volume d’une récolte c’est le nombre d’ha (le potentiel de production) multiplié par le rendement à l’hectare. Bref, au royaume des faux-culs et lds hypocrites nos grands défenseurs de la régulation par les droits de plantations sont les rois. Et puis, puisqu’il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages : enrichir ou chaptaliser permet de porter sur le marché des volumes supplémentaires de vin. Voilà de la bonne régulation par les volumes. Avant de braire pourrions-nous un jour balayer devant notre porte.


Oui mais tout ça c’est pour une grande cause : la défense de la QUALITÉ ! À ce stade de la mauvaise foi vous comprendrez pourquoi je rends mon tablier. Personne ne va s’en plaindre je le sais mais ça me fait du bien de mettre certains nouveaux chantres de la régulation le nez dans leur caca. Je m’explique : le vin quel que soit sa dénomination est un produit miscible et, en période de crise ceux de l’étage au-dessus ont une certaine tendance à se siphonner vers l’étage au-dessous : cette délicate opération s’appelle le repli. De proche en proche les volumes excédentaires se retrouvent dans la cuve du bas et, au temps de la distillation des vins de table, la régulation du marché du vin s’opérait par cette destruction de volumes invendables. Le seul frein à se transvasement était la chaptalisation : les vins de table ne pouvant être chaptalisés les VQPRD ne pouvaient s’y replier s’ils avaient été sucrés. Qu’à cela ne tienne : lorsque les Bordeaux se sont retrouvés dans cette fâcheuse position – en dépit d’une gestion « remarquable » de leur potentiel par les droits de plantation – ni une, ni  deux ils ont réclamé la distillation.


Bien sûr ce genre de gestion des volumes passe totalement au-dessus de la tête des grands amateurs qui vivent dans leur bulle et pour qui, tout se  résume aux beaux flacons. Alors, ces braves gens, sont de libéraux forcenés car ils croient qu’ainsi seuls les bons et vrais vignerons auront une place au soleil et que les assistés de tous poils disparaîtront. C’est d’une naïveté et d’une candeur qui force le respect mais ça n’est pas ainsi que les choses se passent dans la réalité. La vraie et seule question qui se pose pour un grand vignoble généraliste comme le nôtre est comment gérons-nous la mixité de nos vignobles ? AOP, IGP et des Vins sans IGP comment gère-t-on le potentiel de production ? Par le marché ou par des mécanismes contractuels entre les producteurs et les metteurs en marché ? Il ne s’agit plus de produire pour produire mais d’être en capacité de répondre à la demande solvable de certains marchés.


Et c’est là où les dirigeants du monde viticole atteignent le degré zéro, aussi bien du côté des producteurs que du négoce en se contentant de leur faux-semblant dans la grande galère de FranceAgrimer et de leurs délégations avec check-list incorporée chez le Ministre. Ça serait risible si ça n’engageait pas l’avenir d’une grande part de notre viticulture. Il ne faut donc ne pas s’étonner que le débat sur la réintroduction des droits de plantations se résume en une confrontation stupide entre le clan des OUI il le faut et le clan des NON il ne le faut pas. Il ne s’agit pas d’un débat de principe : que je sache Angela Merkel qui soutient la position du retour des droits de plantations n’est pas une étatiste forcenée et le petit monde du Champagne et du Cognac des héritiers de la planification soviétique.


Croyez-vous vraiment, au cas où les droits de plantation seraient supprimés à l’échéance, que des investisseurs se précipiteraient comme des morts de faim pour planter à tour de bras dans nos grandes appellations régionales ou dans les IGP du Sud ? Vu la rentabilité actuelle de ces investissements ça me paraît hautement improbable. Le risque, et celui-là il est bien réel, c’est que ces investisseurs aillent placer leurs beaux capitaux dans des vignobles communautaires à fort potentiel afin de produire des vins sans IG de qualité, à des coûts de production moins élevés. Je signale que la Roumanie de Ceausescu était le cinquième producteur mondial de vins.


Et qui croyez-vous que ces vins concurrenceraient sur les marchés en croissance ? Sans aucun doute nos AOC et nos IGP volumiques, celles qui passent par les prix et non par leur origine. Vous avez dit qualité ? Allons, allons, dans cette part basse de la pyramide la qualité c’est ce qui se vend et si l’on veut que ceux qui assurent le sourcing en vivent il est nécessaire que le couple volume x prix d’achat dégage de la rentabilité. Je sais que j’exaspère à la fois les tenants de la bonne ambigüité à la française et les grands amateurs qui n’imaginent pas un seul instant que cette piétaille de vins constitue l’essentiel du marché. Le marché mondial du vrac existe et se développe. Tant que les vins français, avec un négoce qui en est resté au stade de marchand de vin : le prix, le prix, le prix…, et une production en cave coopérative qui ne fait pas correctement son métier de sourceur, nous bricolerons et nous entonnerons tous en cœur : »Non, aux droits de plantations ! »


C’est beau comme une unanimité à la française du sénateur Gérard César en Gironde en passant par Roland Courtaud l’audois de service, pour aller jusqu’au député européen champenois Philippe Martin. Tous ensembles, tous ensembles, pour un beau et grand combat d’arrière-garde, ça évite de poser les vrais problèmes et d’aborder le devenir de notre viticulture des analyses prenant en compte la réalité de notre vignoble, son potentiel, ses forces et ses faiblesses. Mais à quoi bon user ma plume puisque j’ai rendu mon sifflet et que je suis parti planter mes choux ailleurs… et je suis sûr que personne ne s’en plaindra, moi le premier…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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