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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 00:09

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LeRouge&leBlanc à 30 ans et toutes ses dents. Pour fêter ça ils se sont égarés comme des parigots dans le fin fond de la Vendée profonde et crottée pour se faire une petite idée de ce que sont les vins de la jeune AOC Fiefs-Vendéens. François Morel et Fabrice Tessier auraient aimés avoir de bonnes surprises mais au final ils n’ont eu sur les 45 vignerons que des confirmations faciles à résumer : Thierry Michon et Jérémie Mourat.


Je ne les démentirai pas mais, au-delà de ce constat un peu tristounet, ce qui m’a vraiment intéressé c’est ce qu’ils écrivent sur les assemblages de cépages.


Comme vous le savez je n’ai pas un goût immodéré ni pour les pourcentages, ni pour les assemblages de cépages. Pour moi c’est de la technique et, en tant que simple consommateur, assembler du cabernet franc et cabernet sauvignon ce ne sont pas mes oignons.


Ma remarque peut paraître iconoclaste, les cépages sont parties intégrantes de la notion d’AOC. J’en conviens aisément pour les appellations anciennes mais pour les nouvelles, qui ont poussé, tels des petits rosés dans un pré, ces dernières années, je suis et je reste dubitatif.


La constitution de la liste des cépages fut dans ces nouveaux territoires l’œuvre de techniciens et la part de soi-disant modernisme y est très prégnante. Ne parlait-on pas dans le grand Sud de cépages améliorateurs. Bien des cépages forts anciens y laissèrent leur peau car ils avaient beaucoup péchés sous la main de la productivité.


En Vendée, l’antériorité est facile à cerner « en 1958, le département possédait en majorité un vignoble d’hybrides 13 738 ha et de cépages prohibés 2993 ha représentant 92,70% des superficies en vignes et seulement 1034 ha de cépages français. »


Alors, tout restait possible sauf que les artisans d’une forme de typicité, très en vogue du côté des commissions de l’INAO bénissant la naissance des nouvelles AOC a de nouveau frappé.


Le carcan.


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Résultat « Lors de nos séances de dégustations des rouges s’est ainsi vite imposée une réflexion quant à l’opportunité d’assembler de la négrette avec du pinot noir, du cabernet franc, du cabernet sauvignon, voire du gamay. Assemblage plutôt « contradictoire », comme le souligneront plusieurs dégustateurs, mais impératif pour être conforme aux critères de l’AOC, dont le « modèle », selon l’INAO, serait le Fiefs-Vendéens Mareuil Cuvée des Moulins Brûlés du vignoble Maquigneau-Brisson (40ù cabernet franc, 30 % gamay, 20% pinot noir, 10% négrette). L’objectif déclaré du syndicat serait à l’horizon 2021 un assemblage comportant 50 % de cabernet franc ( au moins 30% dès 2016) et au moins 30% de pinot noir. Loin donc des cuvées qui ont dominé qualitativement nos séries de dégustations. »


Moi je vois bien un certificat de conformité à l’uniformité. Le Vin de France a de beaux jours devant lui en Vendée. Quand on ne dispose pas de quartier de noblesse, et la Vendée connaît ce que fut la noblesse foncière, on peut toujours en acheter  mais ça se sait. Mauvaise pioche !


Même si je risque d’y laisser quelques plumes j’ose affirmer qu’une telle vision des choses est très caractéristique des tendances lourdes de l’agriculture vendéenne, productive mais si peu innovatrice. Que de fois l’ai-je dit à Luc Guyau lorsqu’il était le patron de la toute puissante FNSEA grand machine niveleuse et purement défensive.


 « Pour les blancs, si le chenin règne en maître, les dispositions légales imposent d’autres cépages en assemblage, comme le chardonnay, le grolleau ou le sauvignon. Mais nos visites dans le vignoble nous auront permis de constater que nombre de domaines, et quelles que soient leurs orientations, vinifient – sans le dire ouvertement… – en quasi monocépage. »


Grand  classique que cette pratique mais, que diable, quand est-ce que l’INAO lèvera le pied par rapport à une politique de gribouille illisible et incompréhensible ? Je ne sais, et on va me dire que ce ne sont pas mes oignons. Sauf que la notoriété d’une nouvelle AOC ne passe en rien par de tels chemins.


Tout ça c’est vraiment petit bras !


Mais le pompon en Vendée ce sont les rosés « à quelques exceptions près – dont le rosé Reflets de Thierry Michon –, le constat est amer dans une région où ils représentent pourtant plus de 43% de la production ; pas d’émotions, une majorité de vins à la maîtrise œnologique « parfaite » (levures exogènes et vinification en température basse, soufre), mais sans âme. Regrettable, car la région accueille chaque année 2,4 millions de visiteurs – la deuxième destination en France, soit dit en passant –, qui constituent le gras des consommateurs de ces boissons d’été et n’ont, pour l’essentiel, d’autre image des vins de Vendée que celle-ci »


Un petit bémol au juste courroux de nos 2 missionnaires, qui ont une vision d’esthètes parfois un chouïa élitiste, je ne suis pas sûr que le gros de la troupe des vacanciers, qui hante les plages vendéennes, ne s’estime pas satisfaite par la « qualité » de ce breuvage rosé, bien au contraire je crois.


Pour le vendéen expatrié que je suis le problème ne se situe pas à ce niveau mais dans le modèle adopté par cette micro-appellation qui se contente de singer les grosses cylindrées.


Jouer la diversité, l’identité et l’authenticité, la signature, comme le font Thierry Michon, Jérémie Mourat et Christian Chabirand, est la seule stratégie qui peut tirer les Fiefs Vendéens vers le haut, en faire un « chapelet » de domaines qui trouveront leur place sur un marché moins encombré que celui  des vins « œnologiques » où les grosses machines à vendre et marqueter savent inonder les rayons de la GD.


Pas sûr qu’après une telle antienne je ferais un tabac dans les travées vendéennes du prochain salon des Vins de Loire. La Vendée, la vraie, pas celle arasée par le remembrement, reste celle des chemins de traverses : les chemins creux pleins de mystère et de fraîcheur.


Dernière petite remarque je trouve que les dégustateurs de la maison LeRouge&leBlanc ont été d’une bien grande sévérité dans leurs notations. Trop de rigueur tend vers un rigorisme qui n’est guère encourageant pour ceux qui se battent pour porter haut le tout petit carré des vins de Vendée qui ont de la gueule, des tronches de vin, dans un environnement un peu rétrograde. Ça me rappelle par trop les soutanes des très chers frères du bienheureux Grignon de Montfort…

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Denis Boireau 30/12/2013 10:54


Quelques reponses pour Luc: comme l'a tres bien demontre Le Rouge & Le Blanc, c'est pas du cote des assemblages qu'il faut chercher les vins d'amateurs en vendee. Mais si tu as l'occasion
deguste les vins de Thierry Michon. Il a un pinot noir avec des tannins solides...au prix d'un beau Bourgogne.


Je ne comprends pas bien ta remarque sur les prix vins de soif vs. vins d'amateurs.  En vacances je bois du muscadet en BIB pour la soif, mais les quilles que nous descendons entre amateurs
sont entre 20 et 50 euros. Est-ce ca que tu consideres "juste au dessus du vin de base"?


Petit rappel pour fixer les prix de marche: le vin se vend en France en moyenne a 2,60 Euros la bouteille. Il me parait donc logique de penser qu'a partir du double on entre dans la categorie
franchement au dessus du vin-boisson.

Luc Charlier 27/12/2013 19:19


Je viens de réaliser – ben oui, on est belge ou on ne l’est pas – qu’une partie des apparentes contradictions que je lis en permanence chez les blogueurs français provient d’une dualité que les
pays non producteurs n’ont pas : le vin boisson et le vin « culture ». Je suppose qu’il en va de même en Italie ou en Espagne. Chez moi, il va de soi que l’on ne boit pas du vin
parce qu’on a soif. La bière est faite pour cela et notre « eau de ville » est moins chlorée que dans l’hexagone (enfin, je parle d’il y a dix ans, quand je me suis expatrié).


Mon excellent ami Denis en est le parfait exemple : c’est un amateur de vin fin, personne ne peut le contester. Le bémol, c’est qu’il ne veut pas dépenser une fortune pour obtenir beaucoup
mieux que le vin de base. Je lui donne raison, jusqu’à un certain point. En même temps, c’est aussi un buveur de « vin de soif » et là il est très indulgent.


Cela se traduit très bien dans son commentaire ci-dessus : il approuve la sévérité du R&B (moi aussi) mais il regrette la disparition de vins « pour la soif des vacances ». Du
temps où je m’éreintais sur les terrains de sport (jusqu’à la trentaine environ), je consommais énormément de bière blonde (plusieurs litres par jour) et, avec les moules, j’aime encore toujours
bien cela.


Quant on est avec Denis au bord de l’Atlantique (et même un peu dedans !), on se rend compte que le Muscadet (en cubi) remplit cet office. Il a l’avantage d’être plus acide, et le défaut de
contenir environ deux fois plus d’alcool. Par contre, certains vins vraiment TRES légers, pouah, très peu pour moi, et je ne parle pas de la teneur en alcool.


 


Dites donc, vous deux, est-ce que vous ne connaîtriez pas un assemblage SERIEUX (20 hl/ha, 15 vol %, tannins solides, pas de bois) contenant vos 40 % de CF, 30 % Gamay, 20 % PN et 10 % négrette,
quoique pour cette dernière ....) ? Là, j’aimerais bien y goûter. Sinon, on vous les laisse (les vins rouges de l’ïle de Ré, dégustés sur place, ne m’ont guère fait forte impression.)

Denis Boireau 27/12/2013 11:22


Mon bon Taulier, on ne peux pas reprocher aux degustateurs de Le Rouge & Le Blanc la rigueur de leurs notations. C'est grace a ca que deux domaines ressortent du lot.


 Et puis il faut surtout feliciter ces elitistes du vin de s'etre interesses a la Vendee. Leur article est remarquable et complet. (dans le meme numero il y a aussi une excellente revue de
Morey-St-Denis, autre vignoble que je suis avec interet).


Il manque juste a mon gout une note commemorative pour un petit domaine sympatique qui a jete l'eponge il y a un peu plus d'un an: c'etait le domaine Aloha qui faisait deux gammes parfaites: une
de vins fruites pour la soif des vacances, et une plus elaboree pour amateurs. Mais Samuel le surfeur a abandonne. Que devient-il?


Pour revenir a l'histoire des cepages que l'INAO voudrait ou ne voudrait pas, il est amusant de constater que la Vendee a eu et a sans doute encore le plus gros vignoble de cepages
interdits. (Jacques, je t'ai adresse un opuscule qui te declenchera peut-etre une envie de chroniquer sur ce sujet...)


 


 

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