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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 00:09

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Les naturistes sont des amateurs de « vin nu » que j’assimile, en termes d’image, aux chevaux sauvages qui n’aiment rien tant que les grands espaces et la liberté ; quant aux œillères, comme chacun sait ou ne le sait pas, elles sont utilisées, par ceux qui veulent tenir fermement les rennes, pour leurs chevaux d’attelage et ceux de course, afin qu’ils ne soient pas distraits par leur environnement. Des chevaux domestiques, donc de braves bêtes au service de la société, bien intégrés, qui ne dérangent pas l’ordre des choses.


Toutes ces images me sont venues bien sûr parce que le cheval, à son corps défendant, a fait un retour en force dans l’actualité, via les braves chevaux de trait roumains transformés en minerai pour plats cuisinés internationalisés (même jusqu’à Hong-Kong). Comme d’ordinaire c’est le sieur Pousson qui, m’ayant sollicité pour prendre parti, dans une énième controverse entre les tenants de l’art officiel, de ses codes, de sa pompe, de sa sotte prétention, et les petits loups et petites louves qui s’ébrouent comme des petites folles et des petits fous en des prairies si naturelles que parfois ça sent la bonne bouse de vache.


Ce qui m’étonne beaucoup c’est que ce beau monde, les vieux chevaux de retour en tête, s’étonne que le privilège de la jeunesse c’est, comme on le disait avec justesse autrefois, de jeter sa gourme*, faire des frasques, de foutre aux orties ou ailleurs les traditions de leurs aînés, de faire chier le monde (* c'est à partir du milieu du XIVe siècle que le mot désigne une maladie de la bouche ou de la gorge du cheval, affection provoquant, entre autres, la sécrétion d'une morve particulière ayant le même nom (gourme pourrait venir du francique worm qui signifiait « pus »). Tous les poulains sont victimes de cette maladie bénigne, point de passage quasiment obligé. Au XVIe siècle, on disait alors de l'animal qu'il jetait sa gourme, le verbe jeter ayant ici le sens d' « émettre des sécrétions ».) Faut que jeunesse se passe disait-on aussi dans l’ancien temps, sauf que, de nos jours, nos jeunes sont jeunes beaucoup plus longtemps car le monde du travail est moins accueillant que le nid des parents, donc très chiants très longtemps.


Et puis, pire encore, l’irruption de l’autoédition sur la Toile via les blogs et les réseaux sociaux a donné la parole à tout le monde, sous-entendu à n’importe qui, et fait ainsi sauter le dernier verrou qui cadenassait le territoire de ceux qui estimaient, à tort ou à raison, être les détenteurs du savoir et de l’expérience. Bien évidemment ça déferle, ça déborde, ça éclabousse, ça dit des choses pas convenables, ça a parfois un ego surdimensionné, ça fait de l’esbroufe, ça a parfois un petit côté sectaire ou communautaire mais, il faut bien avouer que, face à eux, les anciens occupants du terrain de jeu ne présentaient pas toujours les garanties de sérieux et de professionnalisme dont ils se targuaient et, de plus, le périmètre de leurs lecteurs restait fort modeste. Dans le monde du vin convenable l’entre-soi est, et reste, la règle.


Le sieur Pousson, a écrit « Je respecte complètement l'avis de François Mauss link , mais je sens comme une pointe de « fort-chabrolisme » dans ses propos. Le monde du vin est bien plus divers aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Ça peut agacer, ça m'a déjà agacé, mais il faut bien comprendre que ce bouillonnement, cette effervescence, ce bordel, n'ayons pas peur des mots, sont un signe de bonne santé. Que le vin d'aujourd'hui échappe (pour partie) aux tenants du « bon goût » est une merveilleuse nouvelle qui lui ouvre des horizons (commerciaux notamment) qui lui éviteront de disparaître avec la génération de ceux qui veulent lui servir d'indispensables intercesseurs. Souvenons-nous de cette funeste courbe de l'Onivins (je crois) qui prévoyait la fin de la consommation de vin en France en 2020; je pense qu'il n'y a que la vie, avec tous ses défauts, toutes ses imperfections*, tout son tumulte pour éviter la mort.


* je n'aurai pas l'impudence de revenir sur l'aspect illusoire des dégustations, des dégustateurs et des jurys parfaits. Personne n'est à l'abri… »


Pour en revenir à mes chevaux, à l’image qu’ils véhiculent par rapport à notre débat, je ne vois pas au nom de quoi je n’aurais pas le loisir, sans parler de droit, d’aimer et même d’envier, la liberté des sauvages tout en respectant la fonction de ceux que l’homme a domestiqués. Simplement, pour en revenir aux gens du vin, j’estime que les docteurs de la loi détenteurs des tables de la loi n’ont pas à nous faire accroire à l’intangibilité de leurs codes et de leurs règles, dont beaucoup sont le fruit du commerce, ni à vouloir dresser des barbelés autour de leur fonds de commerce. Ces gens bien ne sont que le miroir d’un état et non les gardiens d’une vérité révélée et gravée dans le marbre. Que je sache le vin n’est que le fruit de la main de l’homme, de son artisanat et non de son art comme certains zélotes le proclament stupidement. Le vin n’est pas une œuvre d’art mais un produit de consommation destiné à être bu, donc détruit.


 À ce propos une incidente « Une heure trente de voiture ensuite pour rejoindre Château Latour, où des chevaux de trait passent entre les vignes, secouant leur collier de cuir avant de gravir la pente douce, pas à pas, en martelant la terre. Le directeur de l’exploitation reconnaît lui-même que, pour les vins exceptionnels, le marché a perdu toute raison et spécule : « Nos clients ne boivent plus nos vins. Ils boivent encore ceux qu’ils ont achetés il y a cinq à six ans à 250 ou 300 euros la bouteille ; mais à 1000 euros la bouteille en primeur, ils ne boivent pas, ils le stockent. » Bruno Le Maire le vendredi 25 novembre 2011.

 

Pauvres grands amateurs, pauvres critiques qui en sont maintenant réduits, avec  ces « Grands Vins », pour les premiers, ceux qui n’ont pas les moyens, à rêver ou à espérer, et pour les seconds à se voir transformer, au mieux, en agence de notation et, au pire, en tailleur de cote pour bookmakers. C’est triste comme un fonds de pension anglo-saxon ou comme un bas-de-laine d’un Harpagon. Ceci écrit, je l’ai déjà écrit, j’ai du respect pour ces cercles de dégustateurs, les critiques avisés, mais j’avoue aussi que j’ai une approche plus ludique du vin : je suis un simple consommateur assis qui aime manger, boire et… ne pas cracher, ratiociner, noter, classer… mais rire.


Pour autant je ne suis pas béat face à toutes les fantaisies, les ruades, les foucades des naturistes ; d’ailleurs ils ne me le demandent même pas car, hormis quelques grands maîtres chiants, quelques ayatollahs insupportables, ils sont plutôt joyeux, fêtards et accueillants. C’est ce qui me plaît chez eux c’est qu’ils dépouillent le vin de ses oripeaux de représentation, de son côté marqueur social : dis-moi ce que tu bois et je te dirai qui tu es, de tout le cinéma que l’on met autour. Tout compte fait pour moi ce qui compte c’est que le monde du vin s’ouvre à tous les vents, à toutes les turbulences, qu’il sorte des lieux obligés où certains l’avaient enfermés. L’extension du domaine du vin passe par ces multiples chemins de traverse et non par le seul moule d’un élitisme hautain  d’adorateurs du vin, de vins inaccessibles, j’ose écrire imbuvables.


Ceci écrit entre les grands amateurs compassés de GCC ou autres raretés et la joyeuse petite bande des naturistes échevelés il y a le vaste, le très vaste, l’immense espace du MARCHÉ des Vins, de tous les vins, et ce ne sont pas les petits clapotis que je viens d’évoquer qui vont troubler la vie des grands opérateurs au long cours. Pour plus de précisions prière de se reporter aux derniers chiffres de la FEVS sur le bilan 2012 de nos exportations de vins et spiritueux.


Champagne : 11 M 185 793 de caisses (1)

Bordeaux : 26 M 235 087 de caisses (1)

Cognac : 13 M 941 221 de caisses (2)


(1)            Une caisse = 12 bouteilles de 75cl soit 9L

(2)          Une caisse =  12 bouteilles 8,4l à 40%


Tout ce beau tas de caisses ça fait beaucoup d’hectolitres de vin… des rafales… Faites vos comptes camarades auteurs de guides : combien de divisions ? Pas lerche !

 

L'illustration est extraite d'une chronique ICI : link

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

luc charlier 24/02/2013 11:47


On apprend toujours en lisant certains blogs, mêm quand on croit tout savoir (qui, moi ?) ou quand les autres vous reprochent de
ne pas « échanger » dès lors que vous égratignez les « gloires intouchables », surtout si elles sont steineriennes (qui ferait ça ?).


Les vignerons sont des individualistes, généralement. Mon président de cru, Bernard Rouby, le dit souvent à mon encontre et manie ce
terme comme un cinglant reproche, comme une tare. Sommes-nous obligés de sombrer dans le corporatisme, dans l’esprit de « gilde » (suis flamand) pour ne pas être taxés de fachos ?
On peut voir midi à sa porte et savoir qu’il existe d’autres fuseaux horaires. On peut critiquer sévèrement – mais avec courtoisie – et même ad hominem, sans déclencher de la
haine.


J’ai bu en quelques jours deux vins du même vigneron, célèbre dans sa région et même au-delà, mais que je n’ai pas eu la chance
de rencontrer. L’un (issu du melon) était un modèle de vivacité, de complexité, de gras et d’élégance. L’autre, même millésime pourtant, issu de folle blanche, m’a singulièrement déplu : un
des plus mauvais vins que j’aie bus depuis longtemps. Or, généralement, le Muscadet m’ennuie (la plupart – ai pas dit tous !!!!- n’ont aucune ambition) alors que le Gros Plant me désaltère
et que j’aime sa vivacité.


J’ai pris comme ligne de ne plus jamais critiquer publiquement le vin d’un confrère – sauf si je n’ai que du bien à en dire - depuis
que je n’ai plus de plume officielle et que mes mains sont devenues celles d’un honnête homme. Donc, si j’écrivais (irréel) tout le bien que je pense du premier cité, on irait me coller une
étiquette A. Tandis que si j’esquintais le second, on me traiterait de tous les noms en tant que B.


Enfin, de Moor, je ne crois pas du tout manier moins bien la langue française – ni certaines autres d’ailleurs – que les plumitifs qui
débarquent chez moi, et n’ai aucune crainte à aborder quelque sujet que ce soit avec eux, sachant que souvent ils ne rendent qu’une partie de ce qu’ils ont entendu, et parfois de manière biaisée.
C’est le jeu et c’est leur droit. Ils ne doivent pas se transformer en publicistes pour nos domaines. Et à te lire, toi, tu n’as certainement pas de complexe à faire non plus. Nous DEVONS les
convaincre de nos convictions. Et s’ils préfèrent tendre la main au plus offrant ou au plus grand ... tant pis. C’est sans doute pour cela que la gloire ne nous étrangle pas. Pas
grave !

olivier de moor 24/02/2013 11:16


Aïe: terrain glissant !!!


Toujours perilleux pour un vigneron d'échanger avec un journaliste sur ce point:


Je pense que le rapport de force est disproportionné. Vous maniez mieux la langue et l'écriture que moi. Mais bon allons-y:


"La pollution, les vins sans ame, les ventes des vins
etc ?"


Je pense Pierre que nous avons la même idée sur ce point.
Nous essayons dans nos gestes et chaque jour qui nous est donné, avec nos petits bras, de ne pas trop polluer, de vendre, et de la conserver...


Dans ton travail tu dois également penser à la pollution, l'âme des vins, et ceux où ce que
l'on vend...


J'aimerai comme toi que les eaux de rivière, l'air que nous respirons, les fruits mangés sur
l'arbre, les enfants qui se promènent dans les vignes .... La suite tu la connais... La pollution est le problème numéro un bien entendu. 


Comment pose-t-on le problème pour assayer d'y apporter des solutions?

Guigui P 23/02/2013 14:46


Laissez les vivre ces poulins qui vous désarconnent. Y pas d'autres sujets qui vous posent question ? La pollution, les vins sans ame, les ventes des vins etc ?

Bourgogne Live 23/02/2013 14:11


Respect Bruno ! 

bruno l 23/02/2013 13:27


Faut-il sonner à nouveau la charge de la brigade légère contre ceux qui, peut-être à leur corps défendant, se présentent régulièrement  sous les traits de Don Quichotte ?


Il est vrai que les poulains qu'ils nous présentent, n'ont rien de chevaux de retour : élevés dans les plus beaux chateaux, ils peuvent dévoiler de biens beaux (L)atours.


Depuis trente ans, ces yearlings se sont montrés capables de remporter le grand prix d'Amérique tous les ans et même, à l'heure actuelle, et leurs propriétaires les font ggaloper jusqu'en Chine,
pour attester de leur suprématie mondiale.


Certains des parieurs du PMU, n'ayant plus les moyens de flamber et déçus de voir ces cracks s'égailler ailleurs, délaissent  depuis pas mal de temps les cotes de  Paris-Turf, apprises
par coeur, et finissent, pour les plus doués d'entre eux,  par s'établir pronostiqueur sur Bet-Clic.fr


Les canassons qu'ils défendent, élevés au grand air du "naturel", n'arborent pas toujours des robes de pur-sang, et quelques fois, on sent l'écurie jusque dans l'hippodrome. Les noms des
bourrins, parfois rocambolesques, n'inciteraitent personne à les présenter au Prix de Diane.


Mais, sur pas mal de courses, certains tiennent la distance et finissent bien placés, alors même qu'il est difficile de leur reprocher d'avoir été nourris à l'avoine enchantée. On peut comprendre
à la longue que certains en soient désarçonnés.


 


 


 


 


 


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