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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 00:09

Faut-il changer «l’Aude en vin» ? Cette question d’une grande élévation va bien au jour de l’Ascension. Elle émane d’un Jean-Baptiste, qui n’est pas notre ami Sénat, mais d’un audois dénommé Botul philosophe méconnu auteur de La Métaphysique du Mou. Lorsqu’au soir de sa vie celui-ci déménagea de l’appartement de sa protectrice Émilie du Queylard, en janvier-février 1947 écrivent des biographes parisiens inconséquents, en fait en 1948 car c’est l’année de naissance de Catherine Millet, de Gérard Depardieu, de James Ellroy et de BHL – pourquoi me direz-vous ? Le sexe au paroxysme pour l’une, le vin dans tous ses états pour l’autre, l’obsession morbide pour le troisième et pour le dernier une belle couillonnade – pour regagner son village natal : Lairière, située à 360 mètres d’altitude (canton de Mouthoumet, proche de Limoux, 49 habitants à l’heure actuelle, soit 3,7 habitants/km2 mais il y a plus de Lairiairois 29 que de Lairiairoises 20) il ramène dans une carriole à cheval affrétée à Limoux tout un fourniment « de valises en peau de porc, de plusieurs caisses de livres, et d’une malle de belles dimensions, équipée de roulettes. »  

 

 

panneau-lairiere.png

 

Ses manuscrits furent découverts « en ouvrant la grande armoire en bois fruitier de la chambre à coucher « sur les trois étagères du haut » : 143 liasses de feuillets et d’enveloppes de formats divers. Cette découverte capitale, puisque « si Botul n’avait rien publié, il n’était pas prouvé qu’il n’avait rien écrit », ne fut que le début d’une entreprise herculéenne de tri dans le fatras de gravures découpées dans le catalogue d’armes et cycles, des onze « dixièmes » de la Loterie Nationale et de l’annuaire des marées de Tréguier daté de 1937, puis une mise en ordre du désordre puisque comme les égyptologues Botul pratiquait le «mélange des jarres» et tenir compte qu’ « en outre, les rongeurs audois n’ont pas épargné ces modestes reliques de la pensée botulienne. » Par bonheur, « la sécheresse ordinaire de l’air des Corbières a plutôt bien préservé le fonds de la moisissure, mais des épanchements anciens de liquide divers : vin rouge, bière, Viandox... ont souillé des pièces importantes. »

 

Comme l’aurait souligné le père Sigmund Freud « couchant avec sa belle-sœur après avoir fait un point de doctrine de son renoncement à toute sexualité afin de sublimer sa libido dans la création de la psychanalyse », abhorré, jeté cul par terre par le pisse-vinaigre Michel Onfray, Stakhanov sinistre de la philosophie populaire, un peu coincé des gonades, et amoureux des vieilles toupies, toute la vie de Botul se résume à une naissance difficile un 15 août, jour de l’Assomption de la Vierge Marie, et par son refus obstiné à l’âge de 10 ans de s’engager dans la grande révolte des viticulteurs du Langue d’Oc car il se trouvait ridicule avec ses culottes courtes au milieu des bourgerons des vignerons.

 

Ce double traumatisme explique largement l’échec de sa liaison romantique et de ses fiançailles ratées avec Marthe Richard, la future « Veuve qui clôt » en 1913. Certains biographes osent affirmer que ce fut sur une histoire de bulles, Blanquette ou Champagne, que l’incompréhension s’installa entre eux. D’autres encore, plus audacieux, trouvent le fondement philosophique de l’affaire des Pinot Noir dans les principes énoncés par Botul dans la Métaphysique du mou (moûts et mou permettent moult digressions). 

 

Analysé, puis psychanalyste bénévole lors de son exil en Argentine où il jette les bases de la « taxi-analyse » en énonçant le principe : «on doit pouvoir quitter son psychanalyste comme on descend d’un taxi». Botul volant d’échec en échec rencontrera Léon Trotski qu’il trouvera «étonnamment bronzé» puis, après une brève liaison avec Marguerite Donnadieu à la Sorbonne en 1935, il se brouille avec Giraudoux car trompé par le titre de sa pièce La Guerre de Troie n’aura pas lieu, il joue au billard avec des amis le soir de la première.

 

Pendant l’Occupation il fait plusieurs fois le voyage à Londres où il sert de nègre à Pierre Dac et, sans que ça puisse être prouvé, il fut celui qui inventa le célèbre slogan « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio-Paris est allemand » sur l’air de la Cucaracha  chant révolutionnaire d’Amérique latine (n’oublions pas que Botul y séjourna plusieurs années).

 

En 1944, Botul participe en temps qu’aide de camp à la libération de l’Alsace avec Malraux. Son exil et sa mort à Lairière datent de 1948 et non de 1947 comme l’écrivent tous ses biographes qui n’ont jamais pris la peine d’aller se recueillir sur sa tombe qui n’est plus à Lairière mais dans un cimetière parisien suite au transfert de ses cendres ordonné par André Malraux lorsqu’il était Ministre de la Culture (je suis le seul à détenir l’éloge funèbre prononcé ce jour-là par Malraux). 

  

 

Pour en revenir à la question « Faut-il changer l’Aude en Vin ? » je vais vous citer un passage capital de la Métaphysique du Mou qui trace une piste lumineuse mais sans issue :

 

« S’est-on jamais demandé comment s’était forgé le concept du pâté de tête ? Car une charcuterie de cette complexité ne peut simplement résulter d’un concours d’expériences ou d’un jeu d’intérêts. Le pâté de tête, c’est la réfutation radicale du pragmatisme anglais. Il relève de l’Esprit, un point c’est tout. Et même du Saint-Esprit, sans qui personne n’aurait eu l’idée de lier le museau avec de la gelée. »

 

Pour ceux d’entre vous qui ont encore l’esprit un peu mou, les mouités pour reprendre le concept de Botul, demain dans une chronique je remttrai ma plume sur ce chemin fécond du mou en philosophant sur la tête de cochon ingrédient du fameux fromage de tête cher à Botul étant entendu que dans le pied de cochon non désossé seul le mou est comestible. 

 

Je sens que beaucoup d’entre vous, du moins ceux qui n’ont pas abandonné mes réflexions en chemin, pensent que le ramollo du cerveau c’est Berthomeau. Reste que l’histoire de « Changer l’Aude en Vin » c’est le même coup que celui du fils du charpentier de Nazareth (lire une chronique capitale  une forme de tripotage camouflée en miracle. Comme le tripotage est un concept botulien qu’il a expérimenté sur « tous les seins du Chabanais, les yeux bandés »et qu’il traduit dans un bref aphorisme « le mou porte en soi son Autre » je conclue comme lui « que le dur déçoit, le mou émeut ».

 

Et pour ceux qui douteraient encore que Botul vivant pissât le long de la raie d’Onfray pendant que celui-ci conchierait le Grand Timonier de Saint Germain des Prés notre beau Bernard-Henri Lévy lui-même piégé par feu Jean-Baptiste Botul, ont tort.

 

Dernière mise au point : le botulisme, comme vous vous en doutez, n'a rien à voir avec Jean-Baptiste Botul.   

 

 Pour clore, non pas le débat, mais ma chronique, je lève mon verre des Arpettes 2007 de Jean-Baptiste Sénat alliance des « frères ennemis » bordelais et languedociens, 75% de Merlots de 25 ans et 25% de Carignan de 60 ans. 

41HczLdmK3L SS500 arpettes-2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

tchoo 14/05/2010 11:19



et les boutanches molles pour conserver nos vins durs!



Jacques Sallé 13/05/2010 09:57



Cette apologie du "mou" me ravit. A quand les couteaux mous, à l'instar des montres molles de Dali? Il faudrait les inventer en mémoire à Jean-Baptiste Botul. On a tendance à penser que toute
transmutation ne va que dans un sens : du mou au dur. Mais avec le temps, avec les années qui se cumulent, le mou s'impose. Il est temps de faire l'éloge du "mou".



Michel Smith 13/05/2010 08:07



Marthe Richard ? Ne fut-elle pas surnommée "Veuve Clito" plutôt que "Veuve qui clôt" ? Sacré Jean-Baptiste !



JACQUES BERTHOMEAU 13/05/2010 09:20



Allons Michel la fermeture des maisons closes est le fait d'arme qui l'a fait passer à la postérité  


 



gus 13/05/2010 08:03



Grand dégorgeur de roteuses de Blanquette,il se murmure même qu'il participa  à la chute du mur à coup de bouchons....



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