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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 00:09

Mon titre sous des dessous forts légers et une apparence par trop volatile est pourtant le chapeau d’une chronique on ne peut plus sérieuse. Vous n’en doutiez pas je l’espère. La mine où je suis allé puiser ce minerai c’est bien évidemment Le spécial Vins du Point qui est le bébé dodu que Jacques Dupont porte chaque année sur les fonds baptismaux de la cause du vin depuis je ne sais combien d’années. Cette année 2010 le parrain du bébé est feu Roger Dion, géographe et historien, professeur au Collège de France, qui a lu, lors du baptême, quelques beaux passages de sa Somme « Histoire de la Vigne et du Vin en France, des origines au XIXe siècle », accompagné de feu Pierre Desproges qui lui tenait la burette d’huile pour l’onction du poupon en répétant à l’envi « On peut boire de tout mais pas avec n’importe qui ».

couv.jpg

C’est allongé sur la plage pour me sécher après ma visite matinale aux poissons de la baie – j’adore les bancs de barracudas, je les suis, je me fonds dans leur sillage, j’en suis un – que le bébé « Duponnien » me fut porté alors que le soleil montait dans un ciel encombré de nuages. Sur la couverture du Point Christophe Curtat, un verre de Saint-joseph à la main, me contemplait d’un air avenant. Alors, vous commencez à me connaître, bien évidemment je me suis sitôt jeté sur la page 168 consacrée au Saint-joseph et je tombai à nouveau sur le souriant Christophe Curtat, toujours un verre à la main, mais juché entre les branches d’un arbre. Étrange face à face que ce jeune vigneron en pantacourt dans un arbre et moi en calcif de bain sur le sable. Pour en savoir plus sur la tête d’affiche de mon Dupont Merveilleux du Vignoble je me plonge dans la bio du susdit et qui lis-je ?

« J’ai travaillé avec mon père, paysan céréalier dans le nord de l’Isère, puis je suis parti dans l’industrie. J’ai été responsable d’une agence de travail temporaire, et encore avant d’une boîte qui fabrique des bornes d’incendie. En dernier, je vendais des bijoux et des ornements pour la lingerie féminine ! »

Tiens, tiens, mon sonar reniflait un bon filon et je repartais vers la page 157, qui est le point de départ de la présentation des 13 appellations au top, pour parcourir les CV des emblèmes de vigneronnes &vignerons choisis par notre Dupont (sur la couverture c’est un mec, Christophe Curtat, au-dedans c’est une femme à chapeau Annick Pérolari dans ses vignes de Berlou, le Jacques y sait y faire dans le bon dosage, la parité comme on dit aujourd’hui).

Que lis-je sur la première bio ?

Haut-Médoc Sophie et David Faure Château Mille-Roses : que dit David qui a perdu ses parents très jeune, dont le père était vigneron et céréalier. « J’ai fait mes études à Beaune. J’avais vingt ans, un BTS viti-oeno en poche, du bien, mais pas de transition familiale affective. Je voulais un projet de vie. Alors je suis devenu éducateur sportif, moniteur de parapente, ça m’a permis de gagner de la confiance en moi et de rencontrer Sophie... »

Je tenais mon titre mais pas encore ma chronique. Retour à Christophe Curtat « J’ai commencé en 2005, un petit bout de vigne en location, on a tout bu avec les copains. En 2006, j’ai trouvé 1 hectare à louer et j’ai commencé à vendre. J’ai tout le temps squatté chez les autres, c’est pour cela que mon vin s’appelle Nomade [...] Aujourd’hui j’ai 4 hectares, et enfin je vais être chez moi. » Puis de nouveau David Faure « Le projet, je l’ai monté à 29 ans. Premier millésime en 1999, avec 0,50 hectare. Maintenant j’ai ici 9,50 hectares, les autres terres de mes parents sont en location. Elles m’ont permis de réhabiliter les bâtiments. »

Je tenais déjà un beau bout de ma chronique sur l’installation de nouveaux vignerons venus d’ailleurs. Comment faire pour s’installer lorsqu’on n’a pas de terre ? Christophe Curtat répond sans prendre de gants « On peut s’installer, mais sans rien au départ ce n’est pas évident. Il y a deux mondes du vin : ceux qui sont installés, qui font des belles choses et qui sont ouverts. Transparents sur leur compétence, ils ont envie de faire passer le message. Les autres, très protecteurs, très paysans, ne sont pas les plus compétents, mais ils ont les terres. Aller voir les anciens et attendre qu’ils aillent plus mal pour récupérer leurs vignes, je ne sais pas faire. Et puis les prix grimpent. De 40 000 à 120 000 euros l’hectare en dix ans. » Beau sujet que celui-ci où la libération des droits de plantation pourrait peut-être faire bouger la situation, mais ça c’est une autre histoire que Florence Kennel (Bruxelles dérégule Paris pleure) dans le même numéro préfère occulter en entonnant les couplets qui plaisent tant aux gens en place.

Revenons à nos néo-vignerons, ma quête s’avérait plus que fructueuse puisque se rajoutèrent à mes deux initiaux 4 autres petits nouveaux ce qui portait mon score à 6 au moins sur 13 ce qui validait ma fulgurante intuition initiale :

Santenay Domaine Bachey-Legros, Christiane Bal « J’étais psychologue clinicienne, les vignes étaient en fermage. J’ai commencé à revenir quand mes fils ont montré qu’ils voulaient reprendre. J’ai fait avec 0,5 hectare, en douceur. J’étais en libéral, il fallait que progressivement je dise à mes patients que j’arrêtais. J’ai véritablement cessé mon activité en 1997 »

 

Beaujolais Château les Bachelards Sophie et Lilian Bauchet « Durant dix ans, j’ai été à mon compte à la tête d’une société d’informatique de gestion dans l’Oise. On a acheté en juillet 2007. On voulait changer de vie, et je suis vraiment amateur de gamay, mon père avait une bonne cave, avec un goût particulier pour les crus du Beaujolais. On a choisi la région. On a flashé sur le lieu, l’environnement et les vignes, où on passe facilement avec les tracteurs pour le bio. Les gens râlent un peu en voyant de l’herbe dans les vignes, mais ils viennent voir, ils acceptent. On a 5 hectares en fleurie, 1,2 ha en moulin-à-vent et un peu moins de 1 hectare en beaujolais-villages. L’époque où je gagnais de l’argent est révolue, mais j’ai gagné autre chose. Ma légitimité démarre, je veux la construire. »

Bergerac Château Jonc-Blanc Isabelle Carles et Franck Pascal « Franck vient de Madagascar, moi de Paris. On a travaillé dans l’ingénierie alimentaire, la boulangerie industrielle, les abattoirs de poulets, une entreprise rachetée par un groupe allemand qui a fermé le secteur agro-alimentaire, et on est parti à la Réunion. Franck bossait pour une boîte d’importation de produits phyto et de bitume. Je suis revenue fin 1998, j’avais un peu de mal à accrocher. Franck a suivi. Il a sacrifié sa carrière et ma rejointe. Ici, on a trouvé par la Safer, on avait le statut de jeunes agriculteurs. En 2000, le foncier était très haut, on pouvait préempter, mais il fallait la plus grande discrétion, on n’a donc rien visité, on est resté au bout de l’allée. Les premiers temps, quand on revenait des vignes, on ne pouvait même plus descendre de voiture tellement on était perclus de douleurs. On a eut de la chance que ce soit le millésime 2000. »

Saint-Chinian Domaine de Cambris Annick Pérolari « J’ai vécu en Afrique avec mes parents, je suis rentrée à 17 ans, un peu perturbée car je ne comprenais pas la mentalité d’ici. Je me suis installée en  J’étais l’assistante dentaire de mon mari. C’est lui qui était attiré par le vin. En fait, je réalise son rêve, mais c’est sans regret. La formation m’a permis de comprendre le métier, mais c’est avec la première vinification que j’ai vraiment eu de l’émotion. Toute cette évolution dans les cuves... J’ai alors ressenti ce qu’un homme pouvait ressentir. Nous les femmes, on connaît la maternité ; pas les hommes qui, avec le vin, se conduisent comme avec un bébé : il faut le surveiller, prendre la température, etc. C’est ce qui a déclenché mon affection pour le métier. »

Voilà mon travail de mineur, d’extracteur de pépites, terminé. Même si certains trouveront que tout cela est bien anecdotique, rien qu’une simple mise en avant journalistique de trajectoires individuelles bien particulières, microscopiques, peu représentatives de la grande masse des vignerons, moi je trouve dans ces portraits matière à réflexion sur la forte attractivité de la vigne et du vin sur des hommes et des femmes venus d’horizon très divers. Tel n’est pas le cas pour d’autres activités agricoles. Reste pour moi une grande interrogation : la pérennité de ces démarches individuelles dans la jungle, le maquis de la vente de ces vins de micro-producteurs. Certes notre Dupont Merveilleux du Vignoble en mets une petite poignée en avant, les promeut, mais combien d’entre eux restent dans l’ombre, sur le bord du chemin, cherchant des clients dans des salons, passant beaucoup de leur temps pour parfois des résultats bien minces. Je ne sais mais ça me pose vraiment question.

Bon il ne vous reste plus qu'à lire la Bible, pardon  Le spécial Vins du Point moi je redécolle, non non je ne vais pas faire du parapente mais je retourne sur le continent comme on le dit ici, quand on ne dit pas « en France». J'espère que mon commentateur-fleuve (ce n'est pas une critique mais un simple constat) Luc Charlier qu'est dans la lignée des gens d'au-dessus - je n'ai pas écrit d'en haut pour ne pas froisser ses attaches au père Léon - va nous dire comment il a atterri au fin fond de la ptite Catalogne française...  

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Lilian Bauchet 14/09/2010 19:25



Un rapide commentaire pour préciser que l'erreur de n° de téléphone de notre exploitation dans l'édition Spécial vins du Point n'était pas une coquille du Point (cf mon commentaire ci-dessous),
mais résultait d'une erreur sur la fiche informative accompagnant l' échantillon présenté à la dégustation. Je ne voudrais pas que le discrédit soit jeté sur le travail de l'équipe de la
rédaction du n° spécial vins du Point, d'où ce rectificatif. Ceci étant dit, je n'encombre pas plus longtemps le blog de Jacques Berthomeau !


Lilian Bauchet


 



Iris 11/09/2010 17:22


et pardon pour les fautes de frappe de ce matin -je n'ai pas trouvé le correcteur sur le logiciel des commentaires et la vie du vigneron est trop occupée souvent, pour passer par word avant de
publier...et merci à Lilian, d'avoir rappelé, que le bonheur pour beaucoup de nous est vraiment aussi dans le pré - parfois même au milieu de sa vigne;-).


jmP 11/09/2010 15:32



Bon retour de Kaliste Jacques et faites nous aussi le spécial vins de l'Express. Hervé , seul sur une double page ! Passer par le journalisme et le microcosme parisien, c'est la meilleure voie
pour être vigneron reconnu.


bon dimanche à tous



Lilian Bauchet 11/09/2010 14:41



 


 


Jacques,
Puisque vous me citez dans votre billet (enfin en reproduisant les écrits de Jacques Dupont), je m'autorise ce petit commentaire pour vous dire que je partage vos (grandes) interrogations :

Déjà, quant à «la pérennité de ces démarches individuelles (de néovignerons) dans la jungle, le maquis de la vente de ces vins de micro-producteurs. » Vous avez raison. Ce
n'est pas simple. Enfin, en ce qui me concerne tout au moins. Surtout quand le n° de téléphone de l'exploitation donné dans Le Point n'est pas le bon :-) Comment voulez-vous dans ces conditions
que je sache combien ils sont, ces informaticiens rêvant de devenir vignerons, aimant les vins du Beaujolais et suffisamment confiants en le jugement de Jacques Dupont pour vouloir m'en acheter ?
On se met à y croire, on est plein d'espoir, et tout s'effondre pour une coquille. La vie est cruelle. Je vais demander une double page dans le prochain numéro spécial vins du point pour réparer
cet impair.

 Ensuite, « sur la forte attractivité de la vigne et du vin sur des hommes et des femmes venus d'horizons très divers. ». C'est vrai mais enfin, franchement, vous
vendriez de la lingerie féminine, vous iriez vous reconvertir dans la vigne, vous ? Il y a quand même des gens dont les décisions me trouent le fondement.


Lilian Bauchet, l'informaticien au chapeau de paille. (étais moyennement motivé par l'accessoire mais c'était pour le côté le bonheur est dans le pré. Parce que si le pré ne fait pas le bonheur,
il y contribue, c'est quand même le truc qu'il faut retenir de tout ça)


 



Iris 11/09/2010 10:34



comme on ne me livre pas Le Point dans ma vigne, cette chronique est la bienvenue;-). Elle montre bien l'importance de la discussion autour de la libération des droits de plantation, qui empêche
bien souvent, de démarrer sans trop de trèsorerie sur une surface viable - le dérèglement pourrat servir à faciliter la chose à des jeunes (et moins jeunes) entreprénants et passionnés, mais cet
argument ne semble pas compter dans le lobbying...


Que c'est plus intéressant pour les médias, qu'on a un parcours truffé de mots clefs insolite pour la profession (vous l'avez bien souligné dans le choix de votre article) - ou quand soit au
moins femme (pour les sempertinels dossiers "vins de femmes") - de préférence les deux, est claire. Avoir un passée "hors monde paysan" facilte aussi parfois l'aproche et la communication avec
les journalistes, eux même rarement des culs-terreux...


Qu'on est de plus en plus nombreux dans le métier, à être venu d'autres horizonts ne devraiet pas trop étonner non plus: faut avoir le goût du risque, pour ce lancer dans la création d'un
domaine, dans la situation actuelle de l'économie en générale et de la viticulture en particulier - avoir roulez sa boule, acquis des expériences dans le monde hors village, avoir un résaux de
rélations ailleurs ou/et un partenaire, qui assure un revenu de base avec un métier payant pendant plusieurs années, peut aider à sauter le pas.


Interessant aussi la taille, sur la quelle vos exemples démarrent. Il y a 25 ans, dans les écoles de viticulture, on aprenait aux jeunes (et moins jeunes) agriculteur, qu'une installation en
coopérative avec au moins 15 hade vigne standarts en fermage était plus sure et éligible pour le dossier et les primes, que la création d'une cave particulière d'une poigné d'hectars, voué à une
production qualitative... j'ai encore le couplet du conseiller dans les oreilles: revenez dans quelques années, ma bonne dame, quand vous auriez fait vos preuves, on verra, ce qu'on peut faire
pour vous...


Faire quand même en se jurant, de ne jamais revenir n'était pas dans la norme.


 


 


 



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