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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 00:09

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Le taulier vous le concède, parfois il vous mène sur des chemins de traverse, comme ceux que l’on qualifiait de creux dans son Vendée du bocage, mais c’est  à dessein pour vous faire lever le nez de votre verre et contempler ainsi le Monde, souvent un drôle de monde, loin du votre. C’est ce que je fais ce matin en vous entraînant vers celui des jeunes filles. L’illustration de ma chronique met en avant Eugénie Chidlin qui est écrivain et cosplayeuse. Le cosplay nous vient du Japon où il est apparu dans les années 80, et qui est la contraction de « costume player ». De quoi s’agit-il ? Tout simplement lors d’une soirée privée ou d’une manifestation publique de se déguiser en incarnant un personnage ou un icône de manga ou un avatar de jeu vidéo. Même si pour vous c’est tout bêtement un déguisement il s’agit, comme l’écrit Olivier Bardolle, « d’un jeu résolument kitch et furieusement hype » car ça va permettre à la jeune fille « de se libérer, de se défouler, de se débarrasser d’elle-même, le temps d’un rêve. » Gardez votre sang-froid, ne balancez pas ma chronique à la poubelle, ce qui va suivre va vous interpeler même si je me dois de vous signaler qu’Eugénie Chidlin sur la photo incarne le personnage de Chii, robot à forme humaine, du manga Chobits.  

 

Le concept  de la « jeune fille » a été élaboré par un Tiqqun une revue philosophique française, fondée en 19991 avec pour but de «recréer les conditions d’une autre communauté». Julien Coupat fut l’un de ses fondateurs. Le groupe a implosé à la suite du World Trade Center en 2002. Le livre de référence où est développé ce concept est Premiers matériaux pour une théorie de la jeune fille Mill et une nuits, 2001. Je l’ai découvert dans le livre d’Olivier Bardolle La vie des jeunes filles chez L’Éditeur 15€.

 

« Qu’en est-il aujourd’hui de la condition féminine ? La jeune fille est-elle libre ? se sent-elle libre ? N’est-elle as devenue au fil du temps, sous la pression de l’Oréal et de LVMH, le modèle dominant, l’image exemplaire qui s’impose à la psyché de tous ? L’être parfait sur lequel doivent s’aligner tous les autres s’ils ne veulent pas être considérés comme « ringards » ? Auquel cas, la jeune fille aurait réussi son coup au-delà de tout, et en tout cas, bien au-delà de ses espérances qui n’étaient d’ailleurs pas très claires » s’interroge-t-il dans l’introduction.

 

Pour lui le concept de la jeune fille, élaboré par Tiqqun, est certainement aujourd’hui la meilleure grille de déchiffrement du monde occidental tel qu’il ne cesse de se renforcer depuis la fin de la Première Guerre mondiale et qui va dans le sens toujours accru de la plus grande marchandisation possible dans tous les domaines de l’activité humaine, y compris les plus intimes. Cette évolution, à la fois insidieuse et spectaculaire, au caractère inexorable, s’accompagne d’un processus de dévitalisation des caractères qui tendent désormais à la standardisation la plus éhontée sous couvert d’une affirmation toujours répétée de l’individualisme. En somme, la jeune fillisation des citoyens du monde représente sans doute l’expérience la plus accomplie et la plus prometteuse de ce début du XXIe siècle. » Nous voilà prévenus.

 

« Entendons-nous : le concept de jeune fille n’est évidemment pas un concept sexué. Le lascar de boîte de nuit ne s’y conforme pas moins que la beurette grimée en porno-star. Le sémillant retraité de la com. qui partage qui partage ses loisirs entre la Côte d’Azur et ses bureaux parisiens où il a gardé un pied lui obéit au moins autant que la single métropolitaine trop à sa carrière dans le consulting pour se rendre compte qu’elle y a laissé quinze ans de sa vie. Et comment rendrait-on compte de la secrète correspondance qui lie l’homo branché-gonflé-pacsé du Marais à la petite-bourgeoise américanisée installée en banlieue avec sa famille en plastique, s’il s’agissait d’un concept sexué ? » prévenait Tiqqun.

 

Selon Voici « Le pétasson est une jeune fille de sexe mâle fasciné par son reflet dans les glaces ».

 

Bardolle revisite donc le concept en l’étendant à celui de la belle jeune fille sous la forme de fragments (des « pensées foudroyées dans les formules » selon le mot de Cioran). L’auteur se considère comme « une vieille jeune fille de sexe mâle et qui a un peu honte »  et pour goûter son texte, amusant et tragique, il vous faudra accepter de vous regarder en face.

 

La forme fragmentaire justifie mon choix du simple vrac qui n’est pas note de lecture mais simple glane au gré de mes humeurs de vieille jeune fille qui aime les filles…

 

Page 45 « C’est la fashion week à Paris, des « fraîcheurs », avec des barbes de trois jours, en costume gris et chemise blanche, arpentent les trottoirs délicatement, le portable vissé à l’oreille, ils ont l’œil absent et velouté, ils vous croisent et ne vous voient pas, ce qu’ils voient c’est leur propre reflet dans les vitrines des boutiques de la rue du Faubourg-Saint-Honoé. Quel adorable ballet… »

 

Page 59 Martin Amis Le Nouvel Observateur 14 avril 2011  « Dans ma jeunesse, la Grande-Bretagne était une société de castes. Ça ne l’est plus. C’est une société fondée sur la différence d’âge. Votre appartenance à une classe sociale et votre couleur de peau ne compte plus ; ce qui compte, c’est d’avoir 30 ans. C’est universel dans les sociétés occidentales. C’est d’ailleurs un meilleur système que celui des castes. Si la société doit être inégalitaire par essence, autant que les privilèges ne soient pas ceux de l’aristocratie ou de la race, mais de l’âge : nous sommes tous jeunes à un moment donné. »

 

Page 60 « Comme les jeunes filles peuvent en témoigner, on rencontre désormais, chez les trentenaires, beaucoup d’hommes soignés, parfumés, crémés, au sexe intégralement épilé, empreint d’un érotisme transgenre, qui vivent leur toute-puissance narcissique en « séduisant dans toutes les catégories ». Ils se posent en permanence en objets de désir et n’hésitent pas à se considérer comme « irrésistibles ». Ces nouveaux muscadins sont certainement plus efficaces que nos anciens play-boys. Avec eux, l’amour, le sexe, les sentiments et la séduction ne connaissent pas de temps mort, il s’agit d’une gestion à flux tendu, tout est parfaitement planifié ; le taux de rotation, la gestion des stocks et le contrôle de la qualité font partie d’un « modèle érotique » (comme il y a des « modèles économiques ») mis au point dans les écoles de commerce qui savent former des managers. Le Web est à ce titre largement mis à contribution en termes de planification amoureuse pour obtenir une efficacité optimale. Bref, ça dépote ! »

 

Page 61 « La jeune fille, qui s’habille souvent tout en noir est enfermée dans son moi comme dans un bunker, et les ouvertures qu’elle pratique dans son édifice mental s’appellent à raison des « meurtrières ».

 

Page 73 « La jeune fille raffole des « produits du terroir » dont on ne sait plus trop ce que cela signifie tant les étiquettes des produits importés semi-industriels, trimballés aux quatre coins du pays, ne veulent plus rien dire. Les « terroirs » sont notre avenir sous la forme d’écomusées que la jeune fille pourra aller visiter comme autrefois on allait au zoo : »Oh ! regarde-là, un topinambour ! »

 

Page 78 « Nous vivons dans une société urbaine encombrée de « petits lascars malins » (les plus retors des jeunes filles modernes) qui passent leur vie à s’infiltrer partout, issus généralement du Web, de la finance ou de la com., ils vont en costard sans cravate, ont du gel dans les cheveux et une barbe de trois jours. Ils affichent en toutes circonstances un cynisme tranquille consistant à la fois à chercher à faire le maximum d’argent le plus vite possible et à professer toutes les idées bien-pensantes du moment qui leur servent de pochettes de soie. Ils circulent en scooter MP3 et se faufilent aussi très bien dans la circulation en ne respectant aucune des règles élémentaires de conduite. Ils sont toujours pressés, quand ils sont jeunes on les appelle les « fraîcheurs », et les pompiers de Paris en ramassent une dizaine par jour, écrasés sur la chaussée. Bien fait ! »

 

Page 97 entretien de Jean-Luc Godard avec Maurice Pialat, Le monde du 16 février 1984 « La belle au bois dormant, ça s’arrête quand il l’a réveillée. Ensuite, on ne sait ce qu’ils sont devenus, heureusement. Parce que ça n’a pas du durer longtemps. »

 

Page 114 « Attraits, attributs, avantages, on n’en finirait pas d’énumérer les dénominations conquérantes que l’on donne aux appas féminins. Cela doit bien étonner la jeune fille en formation, la jeune fille de 12 ans, de constater cet étrange et soudain pouvoir d’attraction que son corps et ses seins naissants, suscitent chez les représentants de l’autre sexe. Quelle puissance ! C’est magique de pouvoir faire tourner les têtes comme ça alors qu’hier encore personne ne vous remarquait, c’est magique et ça fait quand même un peu peur. Comment se servir intelligemment d’un tel pouvoir ? Comment l’utiliser à bon escient, sans déchoir ? À moins qu’on en fasse définitivement une arme de conquête, comme la Pompadour ou Mata Hari, qui auraient pu avoir pour devise le mot de Christopher Walken dans le Prince de New-York : « Un poil de chatte peut tracter un navire de guerre ! » N’est-ce pas là une option intéressante pour la jeune fille ambitieuse qui voudrait jouer les Rastignac en jupons ? Et une possiblité de revanche sur les mâles ? »

 

Page 173 « les grands mâles blancs dans leurs berlines allemandes noires ou grises, crispés sur les commandes du pouvoir, ne veulent ni céder leur place ni réduire leur train de vie. Ils ont des réseaux, beaucoup de talent, et sont pour la plupart des bourreaux de travail. Si seulement il n’y avait pas cette foutue pulsion sexuelle ! »

 

En complément lire l'article du M le Magazine du Monde par Raphëlle Rérolle : Les Nouveaux codes de la beauté link

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Luc Charlier 11/02/2012 10:08


Taulier, tu vas encore me taxer – injustement – de retirer une phrase de son contexte et de refuser la convivialité. Moi, un
comble !


Non, je ne fais que lire ATTENTIVEMENT ta prose, comme un bedeau les pages de son missel ou comme un enfant de choeur porte un Saint
Sacrement (plagiat reconnu est à moitié pardonnu).


Tu écris à la fin du 1er § : « ce qui
suis va vous interpeler ».


J’ai fait du cut & paste, NB.


Il ne s’agit pas d’une faute d’orthographe, cher ami, mais bien d’un lapsus évocateur, d’une Fehlleistung dans toute sa splendeur.
Cette ingénue Eugénie, mi-évanescente mi-Vanessa, c’est ton Paradis après le purgatoire des cabinets ministériels. Cette candeur non dissimulée, cette fraîcheur juvénile sinon virginale, cette
absence de poil offerte aux voyeurs de tous poils, c’est la psyché toute entière du Berthomeau qui monte au créneau.


Comme je sens que ce testament public trahit le pressentiment d’une fin prochaine, qui nous laissera tous éplorés, je me suis fendu
d’une épitaphe :


 


« Il ne fut pas assez tricard pour renier Rocard


Se trouvait maussade sans son marquis de Sade


Dépérissait derechef sans les baisers de Kroutchev


Et sa vraie filiation, ce fut Prof. Choron .... »


 


R I P

JACQUES BERTHOMEAU 11/02/2012 10:15



Impropriété corrigée... désolé Léon mais merci pour l'épitaphe elle pourra servir à mes groupies éplorées...



gus 11/02/2012 07:37


De moins en moins de poil,beaucoup trop de savon.....


Encore un coup de ces putains d'hygiénistes ?


Tiens,et si l'ABV fourrait son nez dans cette affaire !

Olivier Borneuf 11/02/2012 07:16


Bonjour,


on n'en croise pas beaucoup par ici, de toute façon on risquerait de les confondre avec des lièvres et de leur tirer dessus !!


Bonne journée Jacques

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