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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 00:09

Hier j’ai pondu une chronique géniale sur les Grands Crus et les enzymes http://www.berthomeau.com/article-j-aime-les-grands-crus-et-les-enzymes-j-aime-le-jambon-quand-il-est-bon-mais-j-aime-encore-mieux-coucher-avec-la-bonne-56511647.html  dont j’espérais beaucoup en termes de commentaires. Nada ! Que dalle ! Silence radio ! Serait-ce l’omerta sur les produits œnologiques qui a provoqué ce silence ? Je n’en sais fichtre rien. Les vendanges peut-être, bref ce matin je me fends d’une nouvelle chronique de très, très haut niveau, top moumoute, qui, j’en suis sûr, va faire elle aussi un bide monumental. Je suis un incompris mais comme je me soigne à l’homéopathie Boiron – j’ai déjà fait le coup hier mais comme je trouve que c’est un bon coup je récidive. Pourtant, même en vacances, je me décarcasse. Je me documente. Je fais progresser la connaissance. Reconnaissez que vous ignoriez les mérites de LAFASE Grand Cru avant de me lire hier. Silence gêné, vous ne l’avez pas lu en pensant qu’avec un titre pareil c’était une pochade. Faux c’était un papier tout ce qu’il y a de plus scientifique. Je passe au sujet du jour.

 

Tiuccia le 5 septembre 2010

 

 

Monsieur le sous-préfet aux champs,

 

 

Je me permets de distraire un peu de votre précieux temps de haut-fonctionnaire resté encore rural, enraciné dans notre terroir fécond, car vous me semblez le mieux placé pour me dispenser les conseils les plus avisés sur la conduite que je dois tenir vis-à-vis de la requête que viennent de m’adresser, ce jour, les organisateurs, je devrais écrire les organisatrices : Brigitte, Laura, Susan – en dépit de ma méconnaissance crasse de l’anglais je crois que Doug comme Mickey est un prénom masculin du côté des Etats-Unis – de « La Première Journée Mondiale du Grenache » fixée au 24 septembre de cette année. Pour faire chic, et honorer votre parfaite maîtrise de la langue internationale véhicule due à votre passage à l’ENA, je porte à votre connaissance la bonne version du carton « International Grenache Day Launches Friday 24 September 2010 A day to celebrate Grenache with wine events around the world»

Avant de vous entretenir du fond de ma requête je me dois de porter à votre connaissance pour nourrir votre dossier – la territoriale, surtout depuis l’irruption de l’odieuse décentralisation de Gaston Deferre qui l’a dépouillée de beaucoup de ses prérogatives, vénère les dossiers, les aime en béton – quelques éléments de première importance :

1° Les Journées Mondiales ont un site www.journee-mondiale.com ;

2° à ce jour il répertorie 224 journées mondiales donc il reste encore de la place pour caser les petites nouvelles ;

3° comme un fait exprès le 5 septembre, ce jour, est vierge de toute journée mondiale, peut-être pourrions-nous lancer l’idée d’une Journée Internationale des Terroirs, ce serait drôle car, m’a-t-on dit c’est un mot intraduisible en anglais ;

4° en revanche le 24 septembre choisi par ces dames est, en notre beau pays, la journée nationale du refus de l’échec scolaire mais comme l’international couvre plus large que le national il ne leur reste plus qu’à faire répertorier leur Journée Mondiale du Grenache ;

5° comme je fus en son temps, voilà 10 ans, l’initiateur et le concepteur de la 1ière Journée Nationale du Cheval qui a toujours lieu le dimanche de septembre qui précède les Journées du Patrimoine, le 12 septembre cette année, vous conviendrez aisément de ma haute compétence dans le domaine de l’érection des Journées de... Tout et de Rien...

6° sont  juste passées : la Journée Internationale des personnes disparues et la Journée mondiale du blog  toutes deux le 31 août. Pour cette dernière, j’ai beaucoup apprécié la citation du site «à l'avenir, chacun aura son quart d'heure de célébrité mondiale » dixit Andy Warhol. L’espoir fait vivre !

sont à venir dans les jours qui viennent : la Journée Internationale de l'alphabétisation le 8 septembre, la Journée Mondiale de prévention du suicide le 10 septembre et au jour dit la Journée mondiale de lutte contre le terrorisme. Pas gai, gai tout ça mais ainsi va notre monde mondialisé.

Bref, monsieur le sous-préfet, j’en viens au fait qui me fait vous écrire, même si, avant de l’exposer, je tiens à vous assurer de toute ma sympathie face à l’arrogance de la vêture des Préfets de la République, qui  outre de vous cantonner sous eux, voient leurs parements de manches d’uniforme ornés des dents de cannetille (fils d’or ou d’argent) et de deux ramages de chêne et d’olivier, alors que vous n’avez point de cannetille et qu’un seul ramage. Même punition pour les pattes d’épaules : eux deux feuilles de chêne et deux d’olivier, vous qu’une seule et pour votre belle casquette : deux guirlandes brodées d’or pour eux, une seule pour vous. Si je m’attarde sur votre uniforme c’est que j’aurai, à la fin de mon envoi, une demande à formuler auprès de vous.

Ces dames donc, sans doute eu égard à mon glorieux passé de « nègre ministériel », m’ont fait part du souhait unanime de tous les participants : Michel B et C, Hervé, François le Débonnaire entre autres... aux mémorables journées de juin au Crestet que j’avais eu l’outrecuidance d’ignorer sous le fallacieux prétexte que je préférais passer mes fins de semaines en compagnie de celles « dont les jambes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tout sens et lui donnent son équilibre et son harmonie. » que je prononçasse le discours inaugural de la Journée Mondiale du Grenache en un haut-lieu qui leur reste à préciser. Dur labeur ! Je suis sec ! En effet, pratiquant peu, même pas du tout, ces derniers temps, l’art du discours, je me suis dit que vous, cher monsieur le sous-préfet aux champs, qui discourez abondamment aux comices et inaugurations d’ouvrage d’art, tels les rond-point qui plaisent tant aux Ingénieurs des Ponts&Chaussées, pourriez me prêter votre plume, non comme l’ami Pierrot de mon enfance, mais comme celle d’Alphonse Daudet des Lettres de mon Moulin ?

« M. le sous-préfet est en tournée. Cocher devant, laquais derrière, la calèche de la sous-préfecture l’emporte majestueusement au concours régional de la Combe-aux-Fées. Pour cette journée mémorable, M. le sous-préfet a mis son bel habit brodé, son petit claque, sa culotte collante à bandes d’argent, et son épée de gala à poignée de nacre… Sur ses genoux repose une grande serviette en chagrin gaufré qu’il regarde tristement.

M. le sous-préfet regarde tristement sa serviette en chagrin gaufré ; il songe au fameux discours qu’il va falloir commencer tout à l’heure devant les habitants de la Combe-aux-Fées :

-Messieurs et chers administrés….Mais il a beau tortiller le soie blonde de ses favoris et répéter vingt fois de suite :

-Messieurs et chers administrés… la suite du discours ne vient pas.

La suite du discours ne vient pas… Il fait si chaud dans cette calèche !… A perte de vue, la route de la Combe-aux-Fées poudroie sous le soleil du Midi… L’air est embrasé… et sur les ormeaux du bord du chemin, tout couvert de poussière blanche, des milliers de cigales se répondent d’un arbre à l’autre… Tout à coup M. le sous-préfet tressaille. Là-bas, au pied d’un coteau, un petit bois de chênes verts semble lui faire signe.

Le petit bois de chênes verts semble lui faire signe :

-Venez donc par ici, monsieur le sous-préfet ; pour composer votre discours, vous serez beaucoup mieux sous mes arbres… »

Inspirez-moi monsieur le sous-préfet aux champs car ces dames comptent sur nous afin que le bouche à oreille fasse passer le message de l’érection dans le calendrier déjà encombré des Journées Mondiales de la leur vouée au Dieu Grenache, sinon ces pauvres adorateurs du fier Aragonais en seront réduits à n’envoyer que le Communiqué de ces dames aux restaurateurs, sommeliers, cavistes et journalistes de leur  connaissance, à leurs amis, à leurs parents. Toute l’horreur d’un pauvre copié-collé, un peu convenu, bien formaté ! Alors, pour faire passer l’information sur les sites, les blogs, Facebook, et autre Twitter… quoi de plus français qu’un beau discours d’inauguration.  Pondons donc de concert, monsieur le sous-préfet aux champs, afin d’éviter de briser la chaîne. Si nous restons secs ces dames menacent  de nous priver à jamais de grenache ! Évitons cette punition, ne leur faisons pas un tel affront : écrivons !

Reste, monsieur le sous-préfet aux champs, qu’un des délégués australien au symposium, sans doute pour faire genre ou copier l’ami Jim Budd, a suggéré que pour bien marquer le coup, tous les participants à la Journée Mondiale du Grenache portassent ce jour-là une chemise colorée et tape à l’œil. Sans vouloir ironiser sur une telle faute de goût – je fais bien sûr allusion au tape à l’œil – je pense que, pour bien marquer notre différence, pour porter haut l’excellence de nos vins d’origine issus du cépage révéré, lorsque je gravirai les marches de l’estrade, où seront alignés les sommités du Symposium, pour gagner le pupitre où je prononcerai le discours inaugural, il me faudra certes revêtir la fameuse chemise, que je prévois rouge Grenache bien sûr, mais pour ne pas qu’on me prisse pour un souteneur de la Canebière, je souhaite y ajouter une touche de bon goût : votre uniforme d’apparat, le blanc bien évidemment  que je vous saurais gré de bien vouloir me prêter pour l’occasion.

Votre plume, votre uniforme, monsieur le sous-préfet aux champs, n’est-ce pas trop demander à un représentant de notre République ? Au nom de la grandeur et du rayonnement du Grenache j’ai la faiblesse de croire que non. Si votre emploi du temps vous le permet venez donc à l’inauguration, je cisèlerai quelques belles phrases de reconnaissance à votre endroit. De plus, ces dames, je n’en doute pas, organiserons un superbe « Vin d’Honneur » où vous pourrez côtoyer, monsieur le sous-préfet aux champs, la fine fleur des amateurs, le haut du panier des dégustateurs, la crème des esthètes, l’élite des plumes du vin, qui sillonnent le monde pour proclamer en chœur : « Le grenache, c’est formidable ! Jamais ennuyeux, un bon compagnon en toutes saisons »

 

J’ai conscience d’avoir abusé de votre patience monsieur le sous-préfet aux champs mais vous comprendrez aisément qu’il me fallait cette fois-ci, suite à mon esclandre de juin dernier, prendre des gants. En vous remerciant par avance de votre attention et de ce que vous pourrez faire pour moi, je vous prie de recevoir, monsieur le sous-préfet aux champs l’expression la plus accomplie de mon dévouement à la Grande Cause du Grenache.

 

Jacques Berthomeau

Entre autres Secrétaire-Perpétuel autoproclamé de l’ABV.

 

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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Michel Grisard 08/09/2010 23:44



Jacques,


Une trés belle bafouille pour le Sous-Prefet!!!


Vive le Grenache de toutes les couleurs et avec tout ses effets.



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