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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 00:09

Bourgogne2.jpg

 

Au début de cette semaine j’ai quitté mes douillets chaussons pour aller faire le bourguignon le temps d’une journée.


Qu’ai-je fait de cette journée ?


J’ai marché, beaucoup ; merci les taxis de province !


J’ai écouté, beaucoup ; merci aux présidents !


J’ai échangé, beaucoup ; merci pour ce moment fort intéressant !


Enfin, lorsque la nuit commençait à tomber, après un court parcours en Bombardier, j’ai gagné Nuits.


Pas gai, gai, le quartier de la gare de Nuits… pas âme qui vive… pas de taxis non plus… marcher c’est bon pour la santé… un hôtel de lisière pour voyageurs solitaires… ce n’est pas mon cas car ma soirée je l’ai passée à cultiver l’amitié mais ça c’est du domaine privé.


À bâtons rompus*, j’aime cette expression appliquée à une conversation qui n’a nul besoin d’ordre du jour car elle reprend le fil d’échanges sur la toile, s’insère dans une communauté de pensée, marque la trame d’une empathie mutuelle.


Nous parlons du vin bien sûr, mais pas que ; le vin est là, en présence visible, le vin bu, qui, sans être au centre, accompagne, sollicite, fluidifie la conversation.


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Leur Métier : vigneronne et vigneron chacun de leur côté, et puis dans notre conversation se glisse cette affirmation 100 fois assénée par le petit monde du vin : « le métier de vigneron est le plus beau métier du monde… »


Image d’Épinal masquant une réalité plus dure, moins idyllique, où la souffrance physique et morale marque les vies de jeunes hommes encore sous le joug familial.


Ça m’a rappelé ma Vendée natale.


Mais là-bas, comme les haies du bocage, ce huis-clos a été emporté par le flux de cette modernité si souvent vilipendée. Ici, nous sommes dans la pérennité pas facile de « faire bouger les lignes quand la sédentarité se décline en siècles. »


Bourgogne1.jpg

 

Vous me connaissez, ça ma turlupiné, alors sitôt rentré j’ai consulté la Toile pour y glaner au hasard ce type d’affirmation.


1-     Un ancien industriel reconverti « C’est le plus beau métier du monde, parce que c’est un métier complet. On produit, on fait du marketing et on fait de la vente. Ce qui est compliqué c’est qu’il faut faire plaisir au consommateur sans renier le terroir ni son envie de faire du vin »


2-   35 vignerons belges « Bien sûr, c’est un sentiment extraordinaire de se lever le matin, voir que le soleil est déjà haut dans le ciel, se balader dans le vignoble, flanqué d’un chien qui remue la queue. Tout cela en sachant que l’on exerce sans doute le plus beau métier du monde, celui de vigneron. On fait du vin depuis des siècles de la même façon, mais chaque année différemment. Qu’y a-t-il de plus passionnant ? »


3-   Un vigneron  « Quand on a la passion c'est le plus beau métier du monde… »


4-   Pierre Bonte « Au troisième verre de Saumur 90, il m’a dit avec conviction « Vigneron c’est le plus beau métier du monde ! » sans doute l’euphorie du moment le portait-elle à l’exagération. Il en est d’autres tout aussi exaltants. Mais c’est à coup sûr le plus beau métier de la terre… Je veux dire que, de tous ceux qui travaillent la terre, le vigneron est certainement celui qui en retire le plus de plaisir. Le producteur de blé, de pommes de terre ou de maïs est content quand il a fait une bonne récolte, mais ça ne va pas au-delà. Il n’a pas le privilège de pouvoir accompagner son produit jusqu’à la transformation finale et de le signer, comme un créateur. Le bon vin réjouit le cœur de l’homme, mais avant tout celui qui le fait. C’est pourquoi les pays de vigne m’ont toujours paru plus gais, leurs habitants plus ouverts, plus « causants ».

Les viticulteurs ont eu la chance, en outre de sortir à peu près indemnes des grands bouleversements que vient de subir l’agriculture. La plupart des exploitations sont restées familiales, à taille humaine, parce qu’il est encore possible de vivre de la vigne sur des surfaces modestes, dans les zones d’appellation contrôlée. Oui, en dépit de toutes les difficultés du métier, le vigneron est le plus heureux des paysans. »

 

 

5-    L’ami François Desperriers qui sait de quoi il parle du fait de sa trajectoire personnelle et de ses origines bourguignonnes : Le métier de vigneron…un artiste en équilibre sur le fil tendu de la rentabilité dans un cirque médiatique

 

«  Vigneron est sans doute l’un des plus beaux métiers comme l’un des plus ingrats. A la fois créateur et vendeur de vin, le vigneron doit savoir rester en équilibre sur le fil tendu de la rentabilité. Parfois tout se passe bien avec un millésime de rêve et parfois la traversée se révèle être un cauchemar avec des difficultés parfois insurmontables. Les sociétés d’entraides que l’on voit défiler le jour de la Saint-Vincent sont là pour nous rappeler que la solidarité entre vignerons ne date pas d’hier: un décès, une maladie ou un accident et les collègues étaient présents pour soutenir le vigneron dans une mauvaise passe. » link


 Tous les éléments d’une réflexion sont sur la table, à vous de vous en emparer pour vous faire opinion, dépasser les éléments de langage de la communication.


Sans vouloir conclure, je me permets d’évoquer Albert Camus qui exerça le métier de journaliste à l’Alger républicain, au Soir républicain, à Combat et à L’Express Albert Camus qui considérait les journalistes comme des «historiens au jour le jour, dont le premier souci est la vérité» et le journalisme comme « le plus beau métier du monde » en justifiant son affirmation « parce qu'il vous force à vous juger vous-même »


 

* L'origine de cette expression reste floue. Cependant, certains pensent qu'elle date du Moyen Age. En effet, à cette période, "bâtons rompus" renvoyait à des tapisseries ayant des bâtons entremêlés en motifs. Mais il est plus probable que cette expression vienne de la fanfare militaire où elle signifiait donner deux coups de baguettes successifs sur un tambour.

 

Les photos de Janine Niepce ont été réalisées à partir de 1947 in Les Vendanges chez hoëbeke texte de Bernard Clavel


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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

senegal 18/12/2014 11:43


c'est toujours un plaisir de voir un blog expert . 


Bonne continuation et merci pour ce partage . 

patrick axelroud 18/12/2014 10:40


Et si le plus beau métier du monde n'était pas tout simplment celui que l'on exerce avec plaisir ? Livre de chevet pour livre de chevet " Lettre à un jeune poête " de E.M.RILKE qui sans aucune
mièvrerie évoque la beauté du monde et de la vie : " Ne resistez pas plus à la vie que la nature ne résite au printemps." rejoint par W.JANKELEVITZ qui recommandait à ces
étudiants et/ou lecteurs d'aller à l'essentiel et de ne pas manquer la prochaine matinée de printemps.

Luc Charlier 18/12/2014 09:03


Provoc', provoc': Et si l'autre "plus vieux métier du monde" c'était le journalisme? Joli sujet de bac. 

olivier 18/12/2014 08:39


Je sais bien que déforme la chose. Mon espace de frustration est dans cet idéal du plus beau métier du monde. Qui est un leurre.


Extrait de "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" de Stig Dagerman



Mais tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du
clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je
rencontre la beauté l’espace d’une seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.



Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l’on exige de moi. Ma vie n’est pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du
cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est
parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait
– mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il
pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en
soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.


Sans doute un peu hors sujet et pourtant 

JACQUES BERTHOMEAU 18/12/2014 08:42



mon livre de chevet  http://www.berthomeau.com/article-quand-vient-l-epoque-du-ramassage-des-pommes-de-terre-on-tombe-regulierement-malade-et-il-faut-qu-on-125015253.html



Olivier 18/12/2014 08:12


Bonjour Jacques,


Pardon, mais j'ai des réserves sur ce billet. Sans doute, que tu joues des contrastes pour révéler la lumière des photos de Janine Niepce. Beaucoup ont pour sujet la Bourgogne. Rully, Vézelay,
les vendanges.


Albert Camus s'est tué en voiture pas loin d'ici, Pierre Bonte signe cet état des lieux en 1990. C'était au siècle d'avant. La pêche aux moules, Desproges c'est fini. Il reste des photos jaunies.
Des enregistements. 


Alors me parler d'entraide me fait autant fuir que les bans bourguignons. C'est le même rituel qu'une prise aux armes d'une cérémonie militaire. le moment qui me sauve est d'entendre "fermez le
ban".


Pardon une fois de plus de ne jamais avoir supporté tout cela. Car oui l'envers du décors je le connais. Et c'est justement pour cela que j'aime ce métier quand même assez pour en supporter sa
peine. A une seule condition, le sujet toujours reffoulé de l'espace de liberté, notre espace de liberté vital toujours et chaque jour écorné. La beauté de ce métier passe par la création. Sans
cela c'est un cérémonial dont l'âme n'est plus présente que sur ces vieilles photos. Dont le fixateur chimiquement instable finit toujours par jaunir.


C'est le chantier de notre renaissance. La franchise en quelque sorte.


"Cerca trova""


 


 


 


 

JACQUES BERTHOMEAU 18/12/2014 08:18



« le plus beau métier du monde parce qu'il vous force à vous juger vous-même »


je crois Olivier que tu n'as pu saisir le fond de mon propos car je me suis
bien gardé de l'exprimer... le choix de l'iconographie allait dans ce sens... je ne suis pas vigneron alors j'ouvre une porte même si je pense qu'aucun métier n'est le plus beau du
monde...



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