Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 00:09

Comme bistrot soulot prend un t, certains lui mettent un chapeau : soûlot, d’autres le charge plus encore : soulaud ou soûlaud, enfin le tout s’écrit aussi au féminin : soulote ou soûlote et soulaude ou soûlaude. Entre l’ivresse et la soulographie il semble y avoir la même distance qu’entre l’érotisme et la pornographie. Je n’entrerai pas sur ce terrain : étalonner la distance qu’il peut y avoir entre un individu ivre et un individu saoul est une gageure. Mon propos de ce matin est plus terre à terre il consiste, non pas à recenser, car là encore ce serait aussi une gageure, les mots qui flirtaient avec l’argot pour désigner les soulots.


Disparus ou survivants pour la plupart : les bibards, les éponges, les licheurs, le picoleurs, les pionnards, les pitancheurs, les pochards, les pochetons ou pochtrons, les sacs à vins, les soiffards, les soulards… des qui sont beurrés comme des petits Lu, des blindés, des bourrés comme des coings ou des cantines, des brindezingues, des chargés, des schlâsses, des dans le cirage, des cuits, des fadés, des givrés, des mûrs, des noirs, des pleins comme des œufs, des ourdés, des pafs, des pétés, des poivrés, des ronds comme des queues de pelle, des qui ont un coup dans le carreau, un coup de chasselas, un verre dans le nez, du vent dans les voiles, un coup dans l’aile, des souliers à bascule et les dents du fond qui baignent, ceux qui tirent  des bords, ceux qui en tiennent une bonne, une beurrée, une biture, une cuite, une charge, une muffée, une pétée… ceux qui se taperont une gueule de bois et qui auront mal aux cheveux.


Attention je ne fais aucune apologie mais comme l’écrit Gabriel Bender dans Ivresse « C’est lorsqu’on est confronté à la difficulté de penser le vin et l’ivresse sans a priori ni fioriture qu’on bute sur les lourdes empreintes laissées par les mouvements de tempérance, aussi bien chez les abstinents que chez les amateurs d’alcool. Toute approche de l’ivresse n’échappe plus au discours sur l’alcool. Aujourd’hui, les amis et les ennemis du vin tiennent à peu près les mêmes propos, lorsqu’ils sont confrontés à des pratiques amorales menaçant leur vision du monde. L’ivresse est considérée comme un désordre aussi bien par le gourmet que par le responsable de la santé publique »


J’aime la saine franchise de l’acteur Jean-Luc Bideau « Il n’y a pas de gradation dans la cuite. Il y a limite et off limite. A un moment donné, le corps dit : Stop ! Et on se sent mal à l’aise et il faut se casser… Alors on se lève : Bon salut ! On essaie d’aller droit jusqu’à la porte, par orgueil et fierté. On paie le plus possible à tout le monde parce qu’on se sent obligé et parce qu’on aime bien le faire. On dit : Au revoir ! On rentre péniblement à la maison et, au milieu de la nuit, on prend sa lampe de poche, on va à tâtons à la salle de bain pour ne pas réveiller Madame et là on avale des aspirines et des trucs pour équilibrer l’estomac, pour prévenir la gueule de bois. Oui je bois. Comme tout le monde, de temps en temps. Il le faut bien. Par contre, je ne bois jamais seul, je trouve cela d’une tristesse monumentale et c’est exceptionnel que je parte dans le zigzag ; deux comas éthyliques en soixante-quatre ans, pas un de plus. Je connais quand même le moment où il faut s’arrêter pour prendre le chemin qui mène au lit. Pourtant quand je bois,  c’est pour boire beaucoup et vite. Il y a des moments où j’ai vraiment envie de me défoncer ; cela me permet d’être agréable ou désagréable. Alors je bois trop forcément ! Et tant mieux si les vins sont bons. Avec de la bonne bière tchèque, c’est encore plus agréable. Mais l’alcool ne m’apporte jamais ni l’ivresse du second souffle, ni l’ivresse de l’altitude, ni les émotions du théâtre. »

 

Ivresse est un livre de Gabriel Bender voir www.monographic.ch et/ou www.gabrielbender.ch Jean-Luc Bideau en ayant écrit la préface dont est tiré le texte cité.


Totalement incorrect, mais il n’est pas interdit d’être sincère et de réfléchir sur la réalité. La fuir, la tordre, vouloir la faire entrer dans des moules doctrinaux conduit à l’échec des politiques dites de Santé Publique. J’en reste là mais je hais tout à la fois ausi bien la pudibonderie des prohibionnistes masqués que l’hypocrisie de ceux qui n’assument pas le statut de boisson alcoolisée du vin. Ce combat éternel entre deux clans irréconciliables aboutit à la demande imbécile d’apposer un message dit de santé publique sur les bouteilles de vin du même type que ceux inscrits sur les paquets de cigarettes. La réalité sociale n’est pas forcément agréable mais il faut savoir l’affronter sans œillères ou avec des verres correcteurs. Bref, je m’arrête en avouant comme Bideau : un vrai coma éthylique à l’âge de 25 ans dans toute ma vie d’adulte, on m'a piégé comme on aimait le faire à la campagne, et une beurrée carabinée après avoir gagné le championnat universitaire de basket quand j’étais étudiant en première année de Droit : après une fiesta dans un beuglant du quai de la Fosse j’ai mis deux bonnes heures au petit matin à retrouver l’entrée de la Rue Noire (sic), à Nantes où je logeais.


Et dire que l’idée de cette chronique est née de ce texte de Gaston Chaissac datant de 1952. J’ai un peu dévié de mon objectif initial, j’ai comme on le disait chez moi en Vendée : turcoler c’est-à-dire zigzaguer ! Mais n’est-ce point-là le bon plaisir de chroniquer ?

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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