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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 07:54

Ce journaliste scientifique suit sur son blog ce dossier depuis l’origine et, pour avoir lu ses écrits précédents, je trouve que son approche et ses analyses sont pertinentes, bien documentées et dépourvues de tout manichéisme. Je vous propose donc de lire ce qu’il écrit à propos du texte de la fédération Sud-recherche (ici en pdf.) sur la destruction des ceps de vigne transgénique de Colmar.

 « Il ne comporte aucune appréciation négative sur la destruction de l'essai, ce qui est déjà étrange. Mais sa lecture montre surtout à quel point la dérive idéologique - au sens du refus catégorique d'examiner en pratique les problèmes posés mais à se contenter d'une phraséologie générale - rend tout débat public sur la transgénèse végétale utilisée en agriculture (rien que la formule OGM utilisée sans précision signale, chez les partisans comme chez les opposants, la volonté de s'évader du côté de l'idéologie...) quasi impossible.

Ainsi, le texte de Sud-recherche ne comprend aucune information sur la maladie visée par l'essai (même pas le nom), et surtout le présente dans les termes suivants : «SUD-Recherche EPST a toujours soutenu que les OGM ne constituaient pas une solution d’avenir pour l’agriculture en France, comme ailleurs. Outre les risques sanitaires et environnementaux non maîtrisés, le modèle agricole dans lequel ils s’inscrivent est celui d’une agriculture toujours plus intensive, de type industrielle, qui est destructrice pour l’environnement mais aussi pour la profession d’agriculteur. (...) Nous avons constamment interpellé le ministère de la recherche et la direction de l’INRA pour qu’ils affichent comme priorité le développement d’un autre modèle agricole, basé sur le respect de l’environnement, des consommateurs, qui refusent les OGM dans leur assiette, et de ceux qui produisent ces ressources. Alors que d’autres voies de recherche sur les pratiques culturales restent sous-exploitées, l’utilité des essais sur les vignes transgéniques est aujourd’hui contestée par des viticulteurs qui ont aussi compris que l’image du vin en souffrirait. (...) Plus largement, nous sommes inquiets de la brevétisation du vivant, centrale dans la stratégie OGM, au même titre que la logique d'innovation marchande à court terme imposée par le gouvernement

Quels problèmes posent de telles affirmations ? D'abord la phrase «les OGM ne constituent pas une solution d'avenir pour l'agriculture». Elle est complètement vraie et complètement absurde. Vraie parce que d'innombrables problèmes de l'agriculture française n'ont rien à voir avec les OGM, donc leur solution non plus. Et absurde parce que personne, absolument personne, ne pense que les OGM puissent constituer une telle solution générale. Idem pour le modèle d'une agriculture «intensive de type industriel, destructrice pour l'environnement.» Ce modèle existe, par exemple la grande culture du blé, du maïs, de la betterave, l'élevage industriel de poulets.... Mais : quel rapport avec les vignes transgéniques de Colmar ?

L'idée selon laquelle de telles vignes puissent transformer la viticulture française en activité agricole de type industriel est indéfendable. La structure agraire de la viticulture, son usage des produits phytosanitaires et son intensité (production à l'hectare) ne peuvent en aucun cas être affectées dans le sens craint par Sud Recherche au cas où des pieds ou porte-greffes transgéniques résistants au  court noué seraient utilisés (et de toute façon, la vigne étant une culture pérenne, son renouvellement est particulièrement lent).

Quant à la crainte de la brevétisation du vivant, je n'ai jamais vu de plante transgénique manifester pour exiger d'être soumise à un brevet. Cette technologie est compatible avec toutes les formes d'organisation existantes et imaginables des systèmes agraires, du collectivisme total au modèle Monsanto. Qu'elle soit utilisée par tel ou tel acteur économique à son profit, qu'elle facilite ou défavorise son intérêt dans un cadre donné est évident... mais le cadre lui même résulte de rapports de production, donc de l'organisation des sociétés et in fine de la politique. Pas de la technologie. Il est assez piquant de voir des scientifiques réunis dans Sud recherche développer un point de vue sur les relations entre technologies et organisation sociale qui relève de la vulgate stalinienne du matérialisme historique.

Que les vignes transgéniques de Colmar puissent être utilisées à des fins de conviction auprès de la population par les partisans de l'usage massif de la transgénèse végétale dans des stratégies de domination et de profits financiers est une évidence. Mais faut-il répondre à ce risque par un discours similaire, symétrique, au mépris de la vérité ? Est-il nécessaire pour dénoncer les risques agronomiques, environnementaux et l'effet sur les structures agraires des semences de Monsanto tolérantes à son herbicide au glyphosate  (la majorité des plantes transgéniques actuelles) de raconter des sornettes sur un essai de vignes transgéniques résistantes à un virus aujourd'hui traité par des méthodes chimiques brutales ? Une maladie dont les dégâts se chiffrent en centaines de millions d'euros chaque année pour la France affirme l'INRA. Est-il honnête de cacher que l'INRA de Colmar a entamé un programme de recherche de dix ans sur une stratégie alternative à la transgénèse - l'usage de plantes tuant les nématodes transportant le virus - ce qui permet de comparer avantages et inconvénients des deux méthodes ? Est-il honnête de cacher que l'INRA expose sans tricher ses résultats, y compris que les trois premières années d'essai ont montré que le porte-greffe transgénique ne fait que retarder de 1 à 3 ans l'apparition de la maladie ?

On peut trouver des arguments autrement plus précis, sur le site de la Confédération paysanne, ici sous la plume de Guy Kastler. Ces arguments doivent alimenter un débat... mais la destruction de l'essai interdit de savoir qui a raison. Par exemple Kastler affirme que le transgène va se transférer spontanément du porte greffe au greffon puis au raisin et au vin. L'INRA affirme que la surveillance n'a montré aucun transfert sur la période de l'essai. Peut-être que sa continuation aurait donné raison à Kastler... mais on ne le saura pas puisque les vignes sont détruites. Idem pour toutes les discussions sur un éventuel transfert ailleurs ou des recombinaisons génétiques. On peut dire que la stratégie des faucheurs est d'évoquer tout une série de risques possibles, puis d'interdire leur vérification, ou non, en détruisant les essais qui permettent de savoir. Qui a peur des résultats ? Après tout, l'INRA pouvait très bien observer que le transgène n'était pas si protecteur que cela - l'essai en champ a déjà démontré que la résistance est moins bonne que dans un essai en serre... et donc démontrer que ce n'était pas une bonne piste.

Le plus gros problème posé par la stratégie de lutte des "faucheurs" n'est pas qu'ils puissent être efficaces. L'évolution des cultures transgéniques dans le monde et surtout l'explosion du nombre des plantes sur lesquelles sont conduites des recherches utilisant la transgenèse en Chine par exemple, montrent que le blocage de cette technologie n'est pas à leur portée. En revanche, elle contribue (modestement, Monsanto ou les fanas des OGM, y compris des politiques, en sont bien plus responsables) à empêcher un débat public rationnel : "nous voulons bien de cette plante transgénique là, mais nous ne voulons pas de celle-là" fondé sur les avantages et inconvénients de chacune. Or seule cette approche rationnelle peut déboucher sur l'interdiction de telle ou telle plante transgénique, justement parce qu'elle en autorise d'autres. Et que cette interdiction soit fondée sur les effets agronomiques, environnementaux, sanitaires ou sociaux. »

 

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/08/vignes-ogm-de-colmar-divergences-syndicales.html#tp

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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Jacques Sallé 30/08/2010 09:30



Un grand Merci à Luc Charlier pour ses élucubrations didactiques et ses digressions argumentées toujours intéressantes : Oui une éthique s'impose à l'évidence!



Luc Charlier 29/08/2010 12:30



Evidemment, devant le Mur des Lamentations, il y aura plus de circoncis que de prépucés à se dandiner. Evidemment, une nuit de
Ramadan, on verra plus de barbus que de glabres manger des petits gâteaux au miel. Evidemment, sur le blog de Bertho, on verra plus de gens qui se posent des questions que de primaires au cerveau
aussi lisse que celui d’un rongeur.


Et pourtant, il me semble que beaucoup d’opinions (je dis bien OPINION) traduisent l’idée suivante – comme Jacques Sallé, je ne vais
pas sucrer sa réponse : on doit continuer la recherche, nous ne nous opposons à rien par principe ... MAIS confinons les OGM dans un enclos surveillé, dans un périmètre de sécurité, dans une
zone à faible risque.


Il n’y a plus de variole dans le monde. On a arrêté de vacciner les populations. On garde néanmoins un certain nombre de souches
virales, et de vaccins, et d’anti-corps ( pas sûr,  je ne sais pas s’il existe un sérum anti-variolique ?) en réserve, au cas où ... Mais
ils sont en lieu sûr. Enfin, j’aime à le croire.


 


Notez la subtile stratégie de ce post : une énorme provoc pour commencer - mais qui est en fait totalement « politiquement
correcte » en deuxième lecture – pour captiver l’attention du visiteur, et puis un commentaire portant sur le contenu objectif.


 


Je souhaite prendre un autre exemple illustrant la même vue, pour les récalcitrants au bon sens. Les nouveau-nés « small for
date », certaines formes de nanisme, le syndrôme de Turner, d’autres indications encore, plaident de manière univoque pour l’administration de suppléments d’Hormone de Croissance. Il faut
être témoin de Jéovah ou pire encore pour penser autrement. Or, par le passé, et notamment en France, pays du « responsable mais pas coupable » comme il est celui du « à l’insu de
mon plein gré », on a administré de l’hormone de croissance obtenue par extraction de tissu humain « infecté » (entre guillemets car le prion n’est pas à proprement parler un agent
infectieux) par l’agent de la maladie de Creutzfeld-Jakob, transformant ainsi des nains sains en vache folle de taille normale.


Actuellement, de nombreuses sociétés qui ne défendent pas forcément mon option politique (Genentech, Eli-Lilly, Sandoz, Pfizer ....)
et qui passent leur temps à fusionner pour faire grossir le porte-feuille de titres de leurs dirigeants aux dépens de ceux des petits actionnaires (car c’est la vraie raison des
« mergers », et non pas une quelconque rationalisation de la recherche ou bien une économie d’échelle, ou bien une intégration horizontale ou verticale, comme on le raconte) proposent
des hormones recombinantes qui évitent ce problème. La substance nous est généreusement offerte par des Escherichia coli (ce post ne prend pas l’italique, désolé), à qui on ne demande pas leur
avis. On a introduit dans leur génome le matériel codant pour sa sécrétion. Et bien, mesdames et messieurs, je suis TOTALEMENT favorable à cela et en remercie ces sociétés cotées en bourse.
J’espère seulement que leurs souches bactériennes ne quitteront jamais le laboratoire.


Imaginez, imaginez seulement, qu’une laborantine se souille les mains d’une de ces E.coli et se contamine la flore périnéale. Imaginez
que cette souche ait un avantage de niche (merci, Charles Darwin) p/r aux E. coli endémiques chez elle. Imaginez que son chef hiérarchique attrappe cette souche (vous voyez comment) et que, en se
rasant, il s’entaille la joue et saigne. Imaginez qu’il fasse une bactériémie un peu plus longue que passagère et que son sang reproduise les conditions favorables à la sécrétion de
l’hormone. Patatra, voilà son amant acromégale ! Notez qu’au niveau de son pénis, cela peut aussi constituer un avantage évolutif (re-merci à Darwin).


Plus sérieusement, le scénario que je viens de décrire est peu probable et ne m’empêche pas de défendre l’hormone recombinante
produite en laboratoire. Notez quand même que la probabilité d’une décharge électrique dans un bouillon azoté donnant naissance à des nucléotides n’était pas élevée non plus ... et pourtant vous
êtes tous là à lire mes élucubrations !



Jacques Sallé 29/08/2010 10:14



Oui les OGM m'inquiètent car les modifications génétiques touchent aux principes vitaux de tous les êtres vivants. En revanche faut-il pour celà stopper toute recherche? Non pas. Mais les êtres
vivants qui pensent et tentent de tout diriger sur notre planète que nous sommes, nous les humains, doivent craindre la multiplication de ces chimères sans prédateurs. Une éthique s'impose au delà du bien et du mal, ne serait-ce que pour la protection de l'Espèce (la Nôtre) et de son environnement. Sans règle du jeu qui, par
simple principe de précaution, devrait commencer par confiner toute expérimentation dans un espace clos, devrait faire taire toute critique, parer à tout danger, et éviter le développement des
groupes sectaires obscurantistes...



tchoo 28/08/2010 19:08



Enfin un journaliste qui pose les bonnes questions et donne les bonnes infos loin de toute idéologie.


S'opposer systématiquement à toute recherche OGM dans notre pays, mais incapable de "l'imposer" ailleurs, nous amènera à subir les recherches des autres pays et un jour (c'est déjà le cas) à
subir les plans OGM, non choisi et développé ailleurs.


 


 



Michel Smith 28/08/2010 11:53



D'accord avec toi Luc. J'en ai aussi marre de cette vision "globalisatrice" du monde que certains voudraient standardiser à leur manière.



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