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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 00:09

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Recevoir est un art subtil dont la finalité est d’une grande simplicité : mettre à l’aise ses invités. Le trop de tout écrase, le trop peu sème la gêne, mais alors comment donc atteindre ce subtil équilibre entre le faire plaisir et le ne pas trop en jeter à la vue ? Nulle recette codifiée n’existe même si des règles, jugées parfois désuètes, telles celles de la bible des bonnes manières le Guide du protocole et des usages de Jacques Gandouin, un ancien préfet. Laissons le protocole aux officiels et revisitons les bonnes manières en leur enlevant ce qui les recouvre de poussière. L’ingrédient principal de l’art de bien recevoir est l’attention, être attentionné vis-à-vis de ses invités est souvent le gage d’une réception, d’une fête qui enchante ceux qui y ont participé. Ni intrusion, ni révérence, accueillir, mettre à l’aise, proposer, briser la glace dit-on, converser, échanger et bien sûr se restaurer.


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Le gimmick de Stephan Eicher « Déjeuner en paix » j’ai envie de le revisiter à propos d’un dîner à Oh ! 31 rue des Martyrs auquel nous avait convié le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace. Tu as le code de la porte que tu pianotes en contemplant ton agenda. Tu sonnes : « c’est au premier » te dit dans l’interphone Eva. Dans le hall une jeune mère de famille s’affaire autour de son petit mouflon blotti dans sa poussette de compétition. Elle m’offre un beau sourire. Dans l’escalier tu te dis « j’aurais dû apporter des fleurs… » . Accueil, présentations, le salon est vaste, bien meublé, de grands canapés pour se poser et me voilà bien installé. Je papote, un peu trop sans doute, c’est l’âge Eva, mais déjà je sens que cette soirée va être une bonne soirée car nos hôtes du CIVA, représenté par Thierry FRITSCH, œnologue, ont fort préparé leur réception. 


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Nos amis des marches de l’Est savent bien que Paris est une terre de mission pour leurs vins, ils sont donc dans les starting-blocks soucieux d’être convainquant sans pour autant être pesant. Attentif donc, Thierry lance des ballons d’essai, tâte le terrain, il est précis, habité même, il n’est pas en service commandé, les vins proposés résultent de choix réfléchis, d’une réelle volonté de dépasser les clichés et les idées reçues. Pas aussi simple qu’on ne le croit lorsqu’on se retrouve coincé entre le marteau des petits blogueurs et gueuses, qui n’aiment rien tant que l’individualité, le petit vigneron, la bouteille unique en série limitée, et l’enclume de l’approche collective au service des vins d’une région à forte identité comme l’Alsace.  

 

Ma relation, parfois un peu rude, avec les mécaniques interprofessionnelles me met particulièrement à l’aise pour donner un vrai et un grand coup de chapeau à ce « dîner en paix » bien orchestré par Thierry à la baguette et Eva qui à l’œil à tout et sur tout. Que voulez-vous l’alchimie de l’accueil, des vins, de ce qui nous fut servi, de la vivacité et du rythme de ce qui ne fut pas une dégustation froide mais la chaleur merveilleuse d’une tablée. Je ne me sentais pas ailleurs, et je n’étais pas chez moi, mais vivant un de ces instants d’exception – pas exceptionnel, ce sont certains vins qui le furent – où tu te laisses vivre, le temps est suspendu, c’est un léger parfum d’ivresse qui te réconcilie avec la vie. Moi j’étais bien et même capable d’écrire tout le bien des vins qui nous furent proposés.


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Et c’est que là que les Athéniens s’atteignirent, Thierry FRITSCH a su dresser une large palette de ce que l’Alsace sait faire, bien faire, dans sa diversité, ses belles individualités mais aussi ses caves coopératives. Nous ne sommes que des petits chroniqueurs sur le Net et à simplement nous en tenir à ce que la tendance, nos goûts, nous font aimer et choisir, nous allons verser dans une forme d’élitisme coupé de ceux qui font la consommation de vin. Rien ne m’irrite plus que le discours à la mode « la consommation de vin fout le camp » en référence à des périodes où le gros rouge qui tache et le petit blanc de comptoir formaient les gros bataillons de gros buveurs. « Boire moins, mais boire mieux… » pèse très lourd sur la statistique, alors de grâce réapprenons à compter sur nos doigts : les belles bouteilles se situent à l’extrême pointe de la pyramide et le ventre de celle-ci vaut mieux que notre mépris.

 

Plus sérieusement revenons à la conversation qui a roulée à l'apéritif autour de Saint-Nicolas sont grand saloir mais surtout son père fouettard avec son martinet, parfois même son fouet, qui a mis nos amies bloggueuses dans des états que vous auriez peine à imaginer. 


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Place aux agapes après un apéritif autour d’un Crémant d'Alsace de la Cave d'INGERSHEIM www.geiler.fr (à l’avenir prévoir des seaux à glace ou mieux une jolie petite vasque où l’on couche le cul des bouteilles dans les icebergs pour les frapper, pas avec un martinet ou unnfouet les filles) et un très beau Muscat d'Alsace 2011d’Albert MANN www.albertmann.com j’avoue, je suis peut-être de parti-pris, j’adore les vins d’Albert Mann et comme je ne suis pas très addict du Muscat ici j’en ai repris. Nous sommes ensuite passés à table, une belle table et une très belle tablée, pas trop bruyante : « dîner en paix » mais disons joyeuse et gazouillante, babillante, pardon les filles, photos, tweet et tout et tout : bloguer ce n’est pas bouffer mais capter les accords mets-vins. Je plaisante un chouïa.


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Entame sur des huîtres plantureuses mais goûteuses mariées en première noce avec un Sylvaner 2010 Vérité d’Etienne LOEW www.domaineloew.fr puis en seconde avec un Riesling 2008 Clos Häuserer ZIND-HUMBRECHT www.zindhumbrecht.com. Pour l’accord j’ai penché pour le premier d’une grande pureté même si votre Taulier aurait plutôt choisi le Pinot Gris 2010 Le Fromenteau  JOSMEYER (le fromenteau est l’ancien nom du Pinot Gris en Ile de France. Son nom évoque les champs de froment, la moisson, la terre nourricière, c’est beau) www.josmeyer.com venu plus tard pour sa capacité à chatouiller les papilles, à les exciter par sa vivacité. Le Riesling d’Humbrecht est tout simplement grand quasiment hors concours, au-dessus, je l’ai bu rien que pour lui-même, hors tout.


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Notre chef d’orchestre en bout de table Thierry donnait le la, relançait, questionnait la tablée, faisait le métier comme on dit, avec humour et vivacité, pendant que son premier violon Eva officiait quille à la main. Je ne vais pas pour autant vous décliner tout le menu, je ne suis pas François Audouze, ce serait fastidieux mais vous faire part de mes deux découvertes de la soirée. Que mon ami Jean-Michel se rassure je suis toujours addict de son Alsace Grand Cru Altenberg de Bergheim 2007 www.marceldeiss.com et j’ajoute que Thierry a fait un sans-faute pour expliquer aux petits loups et louves, en phase de devenir des adorateurs des vins d’Alsace, ce qu’était ton superbe méli-mélo de cépages, la complantation et tout le reste de la chanson. Très beau Mont d’Or accompagné de mes deux coups de cœur. En finale, des tartelettes ananas/mangue Gewurztraminer dont les épousailles avec le 2005 Vendanges Tardives de la Maison HUGEL www.hugel.com/fr et un retour sur les bulles fines du Crémant d'Alsace de la Cave d'INGERSHEIM www.geiler.fr

 

Mes découvertes donc :

 

1-       Le  Pinot Noir Alsace 2009 Clos St Landelin René MURÉ www.mure.com

Quelques détails sur le Clos Saint Landelin situé à Rouffach qui est un monopole de la famille Muré. 12 ha à l’extrémité sud du grand cru Vobourg. Culture en terrasses car les pentes exposées sud sont très abruptes. Sol argilo-calcaire avec beaucoup de cailloux et sous-sol de « grès calcaire du Bajocien et de conglomérats calcaires de l’Oligocène » Culture AB. Vignes moyenne d’âge 45 ans, rendement 30hl/ha vinification en barrique.


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Avis du Taulier SGDG : il en a bu avec délice, il en a  rebu avec malice et ce ne serait pas un grand supplice que de lui imposer une semaine de cure intensive de Pinot Noir Saint Landelin. Pour faire dans l’image d’Epinal ce Pinot Noir est à l’image du somptueux pull violet (instagram le transforme en rose mais il est violet) du Taulier : doux et souple comme le mohair, onctueux comme un prélat, relevé je n’ose dire comment sous peine de me voir excommunié, des épices en diable sur du fruit qui croque. Du vin quoi, du vin que l’on boit dans les bras d’une fille qu’on n’a pas…

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2-       Le Riesling Grand Sommerberg 2008 Claude WEINZORN www.alsace-vignoble.net   

Quelques détails sur Le domaine de l’Oriel est établi dans la commune de Niedermorschwihr depuis plus de 3 siècles, et c'est Claude Weinzorn qui tient aujourd'hui les rênes de l'exploitation avec sa femme depuis la disparition de Gérard Weinzorn en 1995 lors d'un tragique accident dans les vignes. Le vignoble couvre 9 hectares. Le domaine se fonde en grande partie sa réputation sur des parcelles  de trois Grands Crus situés dans trois villages différents: Sommerberg à Niedermorschwihr, Brand à Turckheim et Florimont à Ingersheim.

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Avis de l’avis du vin que le Taulier partage : « D'une manière générale, ce couple de vignerons privilégie le travail et la sobriété pour extirper de leurs cuvées le potentiel des terroirs exigeants. Pas d'esbroufe donc, pas de mode, pas de marketing mais de la passion, des traditions et du savoir-faire, qui s'exprime tout particulièrement avec les vins issus du Sommerberg. »


Belle soirée pour le Taulier, merci  à nos hôtes alsaciens, il faudra que vos copains des autres grands zinzins du vin prennent de la graine, de nous avoir offert tout à la fois de la chaleur, du bonheur, de belles découvertes et une convivialité non feinte. C’est si rare de nos jours que le souligner va bien au-delà de la stricte et normale politesse. J’ai promis juré d’aller déguster des asperges d’Alsace, de Sigolsheim plus précisément  www.asperges-clarisse.fr . C’est comme si c’était fait… À bientôt sur mes lignes pour vous narrer ce grand moment…

 

Merci au chef  David Van Laer et pour tous Stéphan Eicher :


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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Pauline 11/12/2012 16:21


"surtout son père fouettard avec son martinet, parfois même son fouet, qui a mis nos amies bloggueuses dans des états que vous auriez peine à imaginer."
Ma.gni.fique

Feuilly 10/12/2012 01:13


Mais, si je me souviens bien, le préfet Jacques Gandouin n'a-t-il pas été viré pour un écart de langage ? Merci de m'en dire plus.

JACQUES BERTHOMEAU 10/12/2012 05:12



Nommé préfet de la Sarthe le 1er juin 1974, il fut suspendu le 5 avril 1975 par le ministre de l’intérieur de l’époque, Michel Poniatowski, dans des circonstances qui sont restées célèbres : cherchant à raisonner un preneur d'otages, Jacques Gandouin
s'écria : « Où que tu ailles, tu te feras piquer, eh con ! » Ces mots furent fatals à sa carrière préfectorale, il fut suspendu pour « attitude
non conforme à celle que l'on attend d'un haut fonctionnaire.



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