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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 00:09

Dans un Paris au mois d’août venteux, pisseux, désagréable à souhait, passer du temps devant son écran, être cloué chez soi, favorise ma graphomanie. Et pourtant je suis bien aise lorsqu’une bonne âme me vient en aide, me libère de ma chronique journalière « paix sur la terre aux hommes de bonne volonté », je me permets de citer Flaubert en titre et demain j’irai déposer PAX sur Twitter.


Ici Paris libéré… le taulier est dans ses petits souliers… la saison 3 de Pax est arrivée…

 

Les années de voyages

 

«Les exemples vivants sont d'un autre pouvoir, un prince dans un livre apprend mal son devoir»

(Pierre CORNEILLE, Cid, I, 3)


Il est bien connu que l’apprentissage, en France, est le parent pauvre de la formation de la jeunesse. Une fois encore regardons outre Rhin ou GOETHE, pour exposer ses théories, réflexions et propositions, écrit « Wilhelm MEISTER » en 2 tomes – « Les Années d’Apprentissage et les Années de Voyage ». Il met autant en évidence qu’il ne reprend cette notion de voyage qui apparaissait comme complément indispensable à toute éducation. Ainsi, en France, le Tour de France du Compagnonnage ou en Angleterre Le Grand Tour, certes réservé à la jeunesse aristocratique.


En route donc !


C’est avec la fine équipe formée autour de Paul BRUNET que nous prîmes goût aux périples.


Les 3 Glorieuses à Beaune avec des rencontres dont la moindre ne fut pas celle de Michel COUVREUR à Bouze-les-Beaunes. Fantasque belge, courtier en vin « ruiné » par la mise en bouteille au domaine, Il avait acquis ( ou fait creuser ?) des grottes taillées dans la roche, par peur de la guerre atomique, Il les faisait visiter avec fierté ainsi que les trésors qu’elles conservaient, avant de nous faire participer à un diner dégustation.


A cette occasion il nous racontait ses « campagnes et ses combats». Nous buvions autant, sinon plus ses paroles que les vins et ouiskis proposés. Michel COUVREUR était certes un original mais ce qu’il faisait et disait était frappé au coin du bon sens et apportait une authenticité non négligeable à ses idées. Il s’était mis à faire du Calvados et vous invitait à le boire frappé car disait-il « C’est un alcool de fruit » J’ai terminé ma dernière bouteille il y a peu la dégustant égoïstement car le produit n’était plus commercialisé.


Calvados.jpg

 

Les 3 Glorieuses étaient devenues, pour la clique, une tradition et nous nous y rendîmes plusieurs fois, avec ses rituels, tel le déjeuner dégustation « Chez Camille » à Arnet-le – Duc qui nous régalait entre autre, d’œufs en meurette d’anthologie et quand il n’en avait pas prévu dans le menu qu’il nous proposait, m’en glissait subrepticement une portion entre deux plats, pour dérider ma mine dépitée devant cette omission.


A l’occasion des 3 Glorieuses, à notre demande, « Lameloise » à Chagny nous composa un menu de près de 10 services avec accord plats et vins. Le nombre de couverts fut définit avec le maître d’hôtel en fonction du nombre de verres contenus dans une bouteille et qui devint l’unité pour ouvrir ou fermer la liste des réservations.


La visite chez Michel COUVREUR entrait dans ce rituel et une certaine complicité s’installa entre nous deux lorsqu’il décida de savoir quelle était la technique la plus adéquate pour élaborer le meilleur Armagnac : la simple ou la double chauffe. Selon son habitude, il descendit dans en Armagnac, vendangea et vinifia lui-même la folle blanche et avec la complicité du brûleur, élabora un Bas Armagnac issu d’une simple chauffe et un autre issu d’une double chauffe. Il en remonta 2 fillettes à Bouze-les Beaunes qu’il laissait vieillir.


Armagnac.jpgarmagnac2.jpg

 

Chaque année nous gouttions pour suivre l’évolution qui selon les périodes rendait l’une des techniques supérieure à l’autre sans qu’un vainqueur ne s’affirme vraiment. Le dimanche midi sur le retour, on terminait notre ballade en dégustant une pochouse au bord de la Saône à St Jean de Losne. Paul Brunet, en Champagne, nous fit également découvrir Paul BARA à Bouzy qui fut une belle surprise pour nous qui ne connaissions que les champagnes de grandes marques. Il devint le champagne préféré de mon père. J’ai regretté de ne pas le trouver dans « Champagne le rêve fragile » de Samuel COGLIATI chez POSSIBILA éditeur. Peut être parce que ce n’est plus l’artisan que j’ai connu, bien que COGLIATI évoque, avec raison, la maison DRAPPIER pourtant récoltant manipulant.


J’ai eu l’occasion de retourner en champagne avec une amicale d’œnologue qui organisait des voyages en y associant des œnophiles et qui a eu le tort de m’accepter comme membre. C’est ainsi que j’ai visité MOET et CHANDON dont les installations ressemblaient à l’univers d’un Docteur NO ou un plateau de tournage de James BOND. Mon mauvais esprit, mon incorrection politique chronique érigée en principe de vie me fit exclure, après quelques années quand même, démontrant mon erreur et illustrant ainsi l’adage de Groucho MARX déclarant qu’il ne ferait jamais partie d’un club capable accueillir un membre tel que lui. J’en ai retenu cependant que cet industriel provoquait systématiquement la fermentation malolactique (ce qui facilite l’identification à l’aveugle de ce champagne).


Hormis les sempiternelles visites de caves ou les cuves étaient plus cuves que dans la cave précédente, les levures plus levures, les voyages furent souvent passionnant grâce à des participants de grande valeurs tant humaine que professionnelle.


Je me souviens du vignoble d’Anjou ou je découvris des piquets de vignes en ardoise et le discours anthroposophique et quelque peu illuminé de Nicolas JOLY.


coulee-de-S.jpg

 

Je me souviens aussi de la Savoie et du Jura que je connaissais déjà, compte tenu de sa proximité avec l’Alsace. Je me souviens encore du vignoble des Côtes du Rhône septentrional qui commençait à être à la mode. Quel étonnement : des vins « soyeux » entre les tanniques bordeaux et les gouleyants bourgognes ; des conditions de cultures acrobatiques sur des microparcelles escarpées interdisant toute mécanisation ou recours même au cheval par exemple.


Nous visitâmes cette incongruité de CHATEAU GRILLET ; AOC à lui tout seul. L’accueil fût comique car vraisemblablement en pleine période de succession .Nous dérangions manifestement notre hôtesse toute dans ses préoccupations de savoir à quelle sauce elle serait mangée. Elle nous laissa à nous-mêmes, n’octroyant l’accès à la cave qu’au compte-goutte (pour ne modifier ni hygrométrie ni température alors que le temps de septembre était sans influence notable sur ce plan. Derrière la porte de cette cave un rideau à lamelles de plastique fort comme dans les réserves climatisées des super- marchés !)Nous pûmes acheter du vin, en cassant, déjà, notre tirelire, à condition qu’une seule personne prenne les commandes et fasse un seul chèque ! Aujourd’hui cette curiosité et tombée dans l’escarcelle de LVMH. Ce bon M.ARNAULT s’empressant de relever les prix, réserve, à présent, ce vin aux buveurs d’étiquettes dont la qualité essentielle est d’être solvable.

 

Note du Taulier : mon cher Pax en juin 2011, c'est François Pinault, le grand ami de bernard Arnault, qui rachète le domaine via sa holding Artémis. Château-Grillet appartenait à la famille Canet, descendant de la famille Neyret-Gachet, depuis 1830.


Un voyage en Provence fut également heureux. Visite enrichissante de 2 maisons aux antipodes l’une de l’autre : le charmant vignoble AOC de BELLET et l’industriel Domaine OTT à la réputation incompréhensible mais figurant, en bonne place, à l’époque sur toute les cartes de vins des restaurant alsaciens !


Avec cette aimable association je découvris également de très intéressants vignobles européens.


Mais je m’aperçois que le temps qui m’est imparti est achevé. Alors, au bon plaisir du Taulier, la suite….par la suite…


Patrick axelroud Strasbourg le15 août 2014

 

pax4

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
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commentaires

Luc Charlier 24/08/2014 09:47


@ Drillat. Autant pour moi, c'est effectivement "Ravier". La confusion vient de ce qu'il travailla jadis beaucoup plus près de Signes, du côté du Circuit Paul Ricard où les ... graviers sont plus
nombreux (et les vignes plus rares d'ailleurs). Mais plus encore, Simone GRAVIER (avec un "g" initial) fut une des dirigeantes actives des instances du cru Bandol - en plus d'une femme charmante
- et une des apporteuses de raisins les plus appréciées de la coop. locale, avant d'installer son fils Cédric en cave particulière au Domaine de la Suffène, où il élabore d'excellents vins et une
huile d'olive recherchée. Pardon à Daniel d'avoir écorché son patronyme.


Vieillir est bien pénible et Mister PAX a raison d'évoquer la rue de la Vieille-Lanterne : si on ne peut même plus épeler correctement le nom des collègues, il ne faut pas demander comment marche
le reste! En Belgique, l'euthanasie planifiée est codifiée. Faudrait peut-être que je commence à me renseigner ... N'est pas Hugo Claus qui veut. 


Esprit d'escalier: on disait avant que l'auteur du "Verdriet van België" ne se sépare de ce bas monde que Bob Dylan avait plus de chances que lui de décrocher le Prix Nobel de Littérature, mais
que Claus chantait mieux que le Zimmy! 


Je vous quitte. Avec des amis de Belgique en visite chez moi, on va visiter le Cirque de Mourèze (Zavatta est en vadrouille), la filature de Villeneuvette (merci M. Colbert) et les écluses en
enfilade de Fonserannes.

patrick axelroud 24/08/2014 08:41


Mister, mister, comme il y va le Toubib, moi qui suit transparent et en qui on peut lire comme dans un livre ! En tout cas la vivacité de ce commentaire me rassure sur la morosité transparaissant
dans le commentaire n°4 ou l'on décelait le "soleil noir" de Nerval. inutile de nier on utilise pas des mots aussi violent que "raté " quand tout va , même à peu près bien.Tu oublis, Doc, la
notion de " raté réussi " Il ne fait pas ce qu'il aime mais aime ce qu'il fait ! A toi de voir.Enfin, me voila rassuré. So long...!

Alain Drillat 23/08/2014 19:01


Daniel Ravier, pas Gravier, M'sieur Léon. Faudrait voir à pas déformer le nom d'un de mes voisins (savoyard).

Luc Charlier 23/08/2014 08:14


Oui, Mister Axel ... : j’ai eu la chance de rencontrer 2 fois Lucien Peyraud et l’honneur qu’il vienne me saluer, dans la cave au Plan-du-Castellet, avant qu’il ne rejoigne le grand
vinificateur de Cana en 1996. Je connais bien Jean-Marie – c’est lui qui m’a envoyé chez le campionissimo de la melanosporum à la Beaugravière (M. Jullien) pour la première fois
et je lui en serai reconnaissant toute ma vie - et ai même pu déguster le « grand aïoli » à la Tourtine avec François et sa femme : c’est elle qui le préparait. Et je connais aussi
la génération suivante, émigrée vers l’ouest pour y faire son vin de manière ... « indépendante » de papa et tonton. Et puis, avec Daniel Gravier, le responsable technique de
l’exploitation depuis une grosse dizaine d’années maintenant, Tempier dispose de tout pour renouer avec sa gloire un peu éclipsée au cours des années ’90 : ses vignes de rêve dans une
appellation que je chéris, des mourvèdres exemplaires chez qui plus d’un va chercher ses greffons, et des vieux grenaches d’anthologie, sa tradition et son savoir-faire ... Tout je vous dis.
Quand la vieille futaille défaillante, encore présente sur certaines exploitations même si cela se fait plus rare, n’est pas là à l’appel, les vignerons du Bandol savent donner à la France un de
ses plus grands vins rouges. Et c’est pourtant le rosé que les clients demandent dans leur large majorité ! 

patrick axelroud 22/08/2014 17:30


Une exception confirmant peut être cet énoncé : Henri VIDAL ingénieux inventeur de "La terre armée " ces murs de soutainement verticaux sous les ponts et autoroutes encaissés qui ont l'aspect
d'un puzzle.Fortune faite, il acquis un domaine sur l'Isle de Porquerolles en vue de faire du vin ( 34 ha aujourdhui ) Il envisagea un temps d'amender les sols en faisant venir de la terre de la
bourgogne viticolle ( voulant par la,sans le savoir, imiter le Prince de CONTI qui faisait remonter des limons de la Saône pour enrichir les sols de ses vignes ) On lui fit comprendre que c'était
hypothéquer l'avenir de son entreprise et y renonça rapidement) quand nous visitâmes le Domaine de La Courtade le responsable de l'exploitation était un jeune oenologue alsacien d'Epfig.il nous a
expliquer que, " pour l'instant " avec Henri VIDAL ils faisaient des essais avec divers cépages et recherchait le vin qui plairait au propriétaire. Rêve de ouf qui d'année en année différait la
mise en exploitation le tout corsé par le fait qu'il faut, sauf erreur, attendre trois ans avant que la production de la vigne, donc des essais, ne donne un jus exploitable.


Quand au Bandol, celui de Kermit LINCH qui raconte avec talent et bonheur, dans "Mes aventures sur les routes des vins" c'est le Domaine TEMPIER et il dit pourquoi et il dit comment et cela
ressemble à la déclaration du bon docteur CHARLIER . Quitte a rabâcher je ne recommanderais jamais assez le lecture de cette ouvrage qui, pour moi, clos à tout jamais l'insidieuse et nullissime
question sur le meilleur vin du monde que pose tout néophyte avec la désarmante candeur , certainement le même qui rencontrant un avocat va poser la plus idiote des questions en la matière :
Comment peut on défendre un coupable ? Ces types de questions représent le niveau zéro du domaine concerné. Alors, si vous grillez de connaître    " LE MEILLEUR VIN DU MONDE "
achetez Kermit LINCH ou comment disait HARA KIRI de la belle époque: volez le ! ( m'en fout, suis pas commissionné )

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