Mercredi 24 octobre 2012 3 24 /10 /Oct /2012 00:09

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Dans chaque Ministère il existe un Bureau du Cabinet, service administratif chargé de gérer le flux du courrier adressé au Ministre, des décorations et des parapheurs en provenance des services. Il y a donc un chef du Bureau du Cabinet qui, lorsque j’étais Directeur du dit Cabinet, était une demoiselle dont le nom m’échappe – une jeune fille prolongée – très jugulaire-jugulaire, précise et efficace, qui veillait à ce que les Services ne niaisent pas trop pour que nous ne prenions pas trop de retard pour répondre. Avec l’irruption de l’informatique, des lettres-types d’AR avaient été concoctées  afin de faire prendre patience aux demandeurs. Le procédé n’était peut-être pas très glorieux mais il avait le mérite d’exister et de permettre ensuite de contrôler la diligence des rédacteurs. Sans vouloir chercher d’excuses il faut que vous sachiez que les parlementaires, les élus de tout poil, les organisations professionnelles, les syndicats de fonctionnaires, les pékins ordinaires ça fait vraiment un sacré tas, qui se renouvelle à l’infini, pas facile à manier.

 

Pour la petite histoire la photo qui illustre cette chronique vous montre la face cachée de l'Hôtel de Villeroy qui abrite le Ministre de l'Agriculture et de l'Agrolimentaire : les trois grandes porte-fenêtres sur la droite de la photo sont celles de l'actuel Bureau du Ministre (ce bureau représente quelque chose pour le Taulier... mais ce n'est pas le temps ni le lieu d'en parler)


Mon Ministre, très soucieux de ses administrés et, en bon agrégé d’Histoire, fort pointilleux sur la forme, exerçait une surveillance très assidue et sans relâche sur le courrier qui lui était adressé. Étant, si je puis dire,  son mandataire, tous les soirs que Dieu faisait, passés les 9 heures je me coltinais les piles de parapheurs.  Lire, ne pas se contenter de renvoyer une lettre mal rédigée mais la corriger, ajouter lorsque c’était possible un peu d’empathie en bannissant les « en conséquence de quoi », les leçons de morale dont sont friands certains fonctionnaires, bannir les explications techniques imbitables sur le régime de retraite par exemple, adapter le courrier à chaque type d’interlocuteur, en clair tenter d’humaniser la lourde machine administrative pas forcément formée à l’exercice épistolaire car plus portée sur la rédaction de notes ou la ponte de circulaires en général illisibles par le commun des mortels.  Une fois ce sport particulier du courrier exercé il me fallait ensuite me taper les décrets, les circulaires, tout le cambouis d’une maison riche de plus de 30 000 fonctionnaires, dont plus de la moitié sont des enseignants, éparpillés dans nos belles régions et départements. Et je ne cite pas les établissements publics du type ONF ou Offices Agricoles. Bref, ceux qui pensent que vivre sous les ors de la République c’est prendre du gras se fourrent le doigt dans l’œil très profondément.


La tâche n’est pas aisée mais elle est faisable. Alors j’ai du mal à comprendre le silence, même pas un Accusé de Réception, à la copie de la lettre d’Hervé Bizeul à Pierre Moscovici (je l'ai portée de mes blanches mains à la réception de l'Hôtel de Villeroy) Bien sûr, la bonne excuse serait de dire : elle ne nous était pas adressée, elle aborde des sujets qui ne sont pas de notre compétence, alors nous n’avons pas à répondre. Certes, mais que je sache le vin, dans la grande maison agricole, ce n’est pas tout à fait rien et la vitalité du fameux tissu rural, cher à notre Ministre, est la résultant de la bonne santé économique de cette multitude de TPE vigneronne. À trop penser que l’avenir de ces territoires va dépendre essentiellement des subsides de l’UE, via le fameux second pilier, c’est méconnaître la réalité de notre monde du vin. Je pensais naïvement que la balle serait reprise au bond pour permettre à nos 2 Ministres d’échapper au tête à tête unique avec des représentants professionnels bien amortis et peu pourvus d’imagination. Sans doute suis-je moi doté d’un fort mauvais esprit mais je persiste à croire, comme je l’ai écrit dans ma chronique de lundi, que le monde du vin dans toutes ses composantes a été, reste, et continuera d’être une chance  pour notre pays de par sa vitalité et son inventivité. J’avoue que j’ai peine à comprendre cette indifférence, cette non prise en compte des problèmes posés à ces entreprises, certes de petite dimension, mais qui valorisent nos territoires et ceux qui les peuplent comme nulle autre production agricole.


Cette indifférence j’en ai pris l’habitude depuis plus de dix ans et je pourrais m’en accommoder, préparer mon petit saut dans une nouvelle vie de retraité actif, me contenter de pondre, tel une poule en batterie survitaminée, mes chroniques sur mon espace de liberté.  Je m’y refuse obstinément. Et qu’on ne vienne pas me chanter que je soutien un combat qui ne devrait pas être le mien. Stéphane Le Foll, au sein du groupe Saint-Germain, m’a entendu de nombreuses fois développer cette approche au plus près de cette myriade de TPE qui créent de la valeur. Ceux-là ne vont pas s’expatrier, ils s’accrochent, ils se débattent dans les rets de contraintes administratives multiples, ils sont conquérants, travailleurs, frondeurs ou silencieux, des femmes et des hommes qui assurent à notre économie, depuis des décennies, des résultats à nul autre pareil. Et qu’on ne vienne pas me mettre dans les gencives que ces chiffres ne sont que ceux des GCC, des grandes maisons de Champagne et de Bourgogne ou des 4 Grands du Cognac. Pour avoir bourlingué, trainé mes godasses dans tout le vignoble français, j’ai toujours affirmé qu’il n’y a pas de grand vignoble sans un négoce fort mais qu’en revanche il ne peut y avoir des vins toutes conditions, j’entends par là tous ceux qui sont demandés par le marché, sans de grands vignerons. Cette diversité, cette mixité est notre ADN, notre force, le vecteur de notre notoriété. Alors de grâce, même si ne n’est pas simple, pas facile, cessez de vous en tenir à la seule audition de ceux qui font profession de la représentation. En des temps pas si lointains l’INAO servait de creuset au dialogue entre les vignerons et les administrations de l’Etat, permettait de créer des liens, d’élaborer une législation compréhensible et fondé sur la responsabilité. Ce temps est terminé car les démagogues sont aux manettes. Du fait de leur grand n’importe quoi, de leur laxisme, en réaction, nous sommes entrés dans l’ère des normalisateurs, d’une machinerie administrative coûteuse et irresponsable, à trop externaliser les contrôles on génère une bureaucratie qui vit sur la bête sans apporter de réelles garanties aux consommateurs.


Voilà c’est écrit. Je ne suis qu’un modeste blogueur et les grands maîtres du troupeau pourront m’opposer « Taulier combien de divisions ? » Quand je vois les leurs je prends le partie d’en rire mais, comme je ne crois pas aux majorités dites silencieuses, je leur tends la perche : je suis encore et toujours prêt à servir de porte-voix à celles et à ceux qui souhaiteraient redonner des couleurs à l’action collective, ce qu’au temps de mon père et de mon grand-père on appelait le MUTUALISME, la mise en commun d’intérêts communs. Ce serait l’embryon d’un combat citoyen de gens qui veulent vivre au pays tout en étant de ceux qui donnent un nouvel élan à notre vieux pays. Il ne s’agit pas d’un rêve mais de mettre un contenu tangible à l’avenir. Puisqu’une loi dites d’avenir est en gestation rue de Varenne je souhaiterais que dans l’exposé des motifs il soit inscrit «« J’ai toujours voulu que l’avenir ne soit plus ce qui va arriver mais ce que nous allons faire. » Henri BERGSON 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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