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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 00:09

 

En notre beau pays, il est de bon ton, surtout en période d’élections, de dire pis que pendre des politiques, d’affirmer haut et fort ne plus vouloir s’intéresser au débat politique, de vilipender ceux qui se présentent à leurs suffrages, tous des… Sauf que, depuis des mois, l’espace médiatique ne s’intéresse qu’à ça. Les Français adorent sans aucun doute contempler leur nombril, se prendre pour le centre du monde et faire porter la responsabilité de ce qui ne va pas à leur yeux, sur les autres (au sens le plus large). Pour avoir, pendant un temps de ma vie, mis les mains dans le cambouis des choix à faire,  des décisions à prendre, des réformes à mener je trouve que, pour postuler aux responsabilités de gouverner ce pays, il faut être doté d’un sacré courage ou d’une forte dose d’inconscience.


Mes missions récentes, au plus près des gens dont on dit qu’ils sont d’en bas, me renforce dans l’idée que la citoyenneté, le sens du bien commun, le vivre ensemble, n’ont pas disparu mais ne sont plus la colonne vertébrale de notre vieux pays pétri d’histoire. Le flux, l’agitation, l’instantanéité, les images qui se succèdent, nous ont transformé, plus ou moins, en consommateurs de tout, y compris de politique. Alors, pourquoi s’étonner que l’offre politique s’adapte à la fluidité, à l’inconsistance de la demande politique. Ne nous délestons pas aussi facilement que nous le faisons de notre part de responsabilités. La simple observation depuis dix ans du monde du vin en France constitue un exemple frappant de la prédominance du chacun pour soi et de l’affadissement du travail en commun. Pour moi c’est du gâchis, non pas que tout aille mal, loin de là, mais nous gaspillons par nos absences de choix des atouts qui capteraient, généreraient de la valeur. Cette valeur dont nous avons tant besoin pour relever les défis des morts-de-faim des BRICS.


Tout ça pour vous dire, en dehors des choix politiques de chacun d’entre vous, que la citoyenneté, le vivre ensemble commence au plus près de chez nous. Que, plus nous recréerons des liens, des passerelles, des lieux de débats, de gestion de notre quotidien, plus nous obligerons ceux à qui nous confions par notre vote la responsabilité de nous diriger pendant un temps déterminé à se situer à la même hauteur, à mettre la barre de l’exigence un peu plus haut. J’ai travaillé pendant des années avec quelqu’un qui préconisait le PARLER VRAI et lorsqu’il m’envoya dans le Languedoc profond des vignes je m’y suis essayé face à un public hostile qui rabâchait ses vieilles antiennes et conduisaient ce beau pays à la catastrophe. Ce n’est pas Jean Clavel qui me contredira.

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Donc, ce matin, après ce petit couplet citoyen, je vous offre une belle tranche d’histoire sur l’origine de la dénomination CAFÉ pour désigner nos débits de boissons.

Procope

Le café Procope au XVIIIe siècle : au second plan, de gauche à droite : Condorcet,La Harpe, Voltaire et Diderot.

Au temps où je portais encore des culottes courtes, entendre dire, avec une compassion hypocrite, par les grenouilles de bénitier, gardiennes inflexibles de l’ordre moral de ma Vendée profonde : « La pauvre, je la plains, son homme passe son temps au café à boire des chopines… »me laissait de marbre. En effet, les tapeurs de cartons, amateurs de « fillettes »* des artisans et des commerçants du bourg, même s’ils étaient parfois imbibés, ne m’apparaissaient comme se livrant à une quelconque débauche troublant la bonne marche de notre gros bourg. Ce qui, en revanche, me posait problème c’était l’appellation café dans lieu qui, à l’époque, n’en servait pas : le percolateur n’étant point encore arrivé jusqu’à la Mothe-Achard. Il faut dire que le café, dans nos campagnes reculées, était vraiment maltraité. En effet, dans les fermes on en le faisait infuser dans de grand faitout avec de la chicorée puis ensuite dans une cafetière il bouillotait sur un coin de la cuisinière à bois ou sur un trépied dans l’être. L’appellation jus de chaussette lui allait comme un gant. Il me fallut attendre l’adoption par ma sainte mère de petit filtre individuel que l’on posait sur chaque tasse pour devenir définitivement caféinomane.


Pourquoi donc dénomme-t-on nos débits de boisson : café ?

    

Toute est parti de la conjonction d’une déroute et d’un type astucieux en quête d’un métier d’avenir. Commençons par une date 1863, les Turcs se font battre à plate couture par le roi de Pologne Ian Sobiesky au siège de Vienne. Le général turc Kar Mustapha s’enfuit laissant derrière lui une abondante quantité de café. Parmi les prisonniers des turcs libérés par Sobiesky, un ancien esclave battaghi (cafetier), qui rapportait de sa captivité l’art de préparer le moka, ouvre alors à Vienne un véritable salon de café qui obtint immédiatement un foudroyant succès. Fort de ce succès il essaime des établissements dans toute l’Europe Centrale. Le « caffé » viennois, à la crème fouettée, puis à la glace, fait fureur.


Bien avant à Paris, un certain Procope, Palermitain issu d’une famille d’aristocrates – les gentilshommes siciliens étaient les plus impécunieux de la noblesse européenne – était devenu en 1672 serveur de « caffé » pour le compte de Pascal ou Pacuall vendant ce breuvage en plein air. Bien sûr Paris découvrit les alléchantes spécialités viennoises et notre Procopio dei Coltelli, dit Procope compris très vite que l’avenir était au salon de café à l’instar de ces caffehauss viennois. « Un lieu agréable, encore plus que chez soi, où l’on respire le luxe pour pas cher, où les gens aient plaisir à se rencontrer et où ils puissent trouver une carte de spécialités ne se limitant pas au café.


« On se réunissait dans ces lieux où, comme le vantait la publicité, « le luxe est une garantie de la bonne qualité des consommations », non seulement pour boire et savourer mille bonnes choses mais aussi pour se distraire, jouer aux échecs, lire les gazettes et les nouvelles du jour affichées par l’astucieux Procope sur les tuyaux de poêle et pour discuter des évènements et des idées à la mode. Les nouvellistes, à la fois informateurs, philosophes, agitateurs, agents secrets ou doubles, plein d’entregent et de bagou, se répandaient, à cette époque, dans les salons, les antichambres et les « ruelles », pour informer ou s’informer, colportant les on-dit de la capitale et de Versailles. Procope avait eu le flair de s’attacher quelques-uns de ces personnages qui attiraient et flattaient la clientèle, tout autant que les placards et les libelles sur les tuyaux du poêle. »


On imita Procope, en 1721, on comptait 300 cafés à Paris. Ils seront 2000 à la Révolution et 4000 au début de l’Empire. Montesquieu écrira dans ses Lettres Persanes « Si j’étais le souverain, je fermerais les cafés car ceux qui fréquentent ces endroits s’y échauffent fâcheusement la cervelle. J’aimerais mieux les voir s’enivrer dans les cabarets. Au moins, ne feraient-ils du mal qu’à eux-mêmes ; tandis que l’ivresse que leur verse le café les rend dangereux pour l’avenir du pays. » D’Argenson, face à une police débordée remarquait « Si l’on arrêtait tous ceux qui critiquent le gouvernement, il faudrait arrêter tout le monde… »

« Aussi, à l’aube de la Révolution, les cafés, devenus des sortes de cercles où se tenaient des séances parallèles à celles de l’Assemblée Nationale, virent Camille Desmoulins, juché sur une table du café de Foy, au Palais Royal et criant : »Arborons une cocarde » en épinglant une feuille d’arbre à son chapeau. Desmoulins, Danton, Marat construisaient la République, surtout au Procope tenu pour l’heure par un nommé Zoppi. Robespierre préférait La Régence (le café « La Régence ») mais venait au Procope boire le moka toujours incomparable et sucer des oranges. »


Le Procope s’ouvrit rue des Fossés-Saint-Germain, en  face de la Comédie Française puis il déménagea pour la rue de Tournon et enfin pour la rue de l’Ancienne-Comédie, où l’établissement existe encore au 13.

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Cette chronique cite et s'inspire du rmarquable ouvrage de Maguelonne Toussaint-Sammat Histoire Naturelle et Morale de la nourriture chez Bordas

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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clavel 20/04/2012 08:18


Jacques me donne l'occasion de rappeler un souvenir de ces débats sans fin qui m'opposaient à certains responsables élus du monde vigneron. J'avais, sur mes thèmes favoris, la qualité du vin
proposé à la vente, et les subventions reçues par de grandes coopératives viticoles languedociennes, produit un article dans les gazettes locales. Au matin, le téléphone sonne dans mon
bureau de Maurin, assez proche du siège de la Fédé des caves au règnait une directrice et son président, élu national. Une guelante destinée à me terrifier, je vais demander ton licenciement
immédiat... je posais le récepteur sans raccrocher, et en courant je me précipitais au siège de la fédé , je passais les portes et entrais dans le bureau commun de mes adversaires, surpris
de me voir là ! Il vaut mieux que l'on s'explique de vive voix, leur dis je !! Marcelin était un ancien joueur de foot, et aimait bien l'échange direct, on a oublié le licenciement
immédiat, ça c'est bien terminé, je n'ai rien renié de l'article en cause!! Le petit fils de l'ancien élu, est maintenant un des meilleurs vignerons indépendants des Terrasses du Larzac
!!!  

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