Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petitespace de liberté,
une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est" un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes..."Bon appétit ! Diffusez le message autour de vous.
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Lorsqu’Annie* m’est tombée dessus, via le truc sans fil, pour me faire l’article pour son Poudou, Poudou par ci, Poudou par-là, tu verras,
c’est un gars comme ça, et bla et bla et bla, j’ai fini par dire oui car avec Annie c’est toujours ainsi : je dis oui. Pour dire toute la vérité le sieur Poudou, que je ne
connaissais pas, mais je connais si peu de monde dans notre petit monde, son patronyme, alors qu’Annie me tenait le crachoir – pro la Annie –, le son de son patronyme me faisait penser au célèbre
Saint Antoine de Padoue, chère à ma tante Valentine, qui était bien pratique à invoquer lorsqu’on avait égaré quelque chose auquel on tenait. Par la suite, grâce aux petits
papiers d’Annie – pas ceux des sucettes à l’anis – j’appris que son Poudou portait un nom prédestiné puisque Poudou provient du verbe « poudar » : tailler la
vigne.
Donc le jour dit je m’aventurai dans un quartier que je connais bien, puisque j’y ai travaillé au temps de la SIDO, Victor Hugo. Très exactement rue
Bugeaud, et comme j’avais le cœur léger, je fredonnais « l’as-tu vu, la casquette, la casquette (bis) du père Bugeaud… » en me rendant d’un pas vif jusqu’au
restaurant Les Tablettes de Jean-Louis Nomicos. Fallait que je fasse fissa car j’avais après ces agapes un rendez-vous à la Maison du Lait pas tout près. Donc chrono en tête je
me retrouvai face au fameux Poudou tant vanté par Annie. Belle carrure, franc sourire, l’homme est jovial, engageant et pour tout dire de suite bien sympathique. Sans faire de mauvais
jeu de mots, pas boisée du tout la langue de Jean-Louis Poudou. Ça sonne juste, sans l’emphase méridionale mais avec un réel amour des mots et aussi de la formule qui frappe.
En plus, ce qui ne gâchait rien au plaisir de la conversation avec le Poudou d’Annie, c’est qu’il fait bon, que du bon : les vins de la Tour
Boisée ça chalute plutôt dans le haut du panier. Suprême attention à mon égard le chef avait glissé au beau milieu du menu des macaronis-truffe noire-foie gras-parmesan-jus de
veau à damner un saint mais comme je ne suis pas fait de ce bois-là j’ose écrire, paix à leur âme, que « je tuerais père et mère pour des macaronis… » Ceux-là tenaient du don de
Dieu, non par le luxe des ingrédients mais par le savoir-faire d’alchimiste du chef. Face à un tel plaisir le vin se doit être à la hauteur : il le fut. Pour autant il pourrait m’être
objecté que je fus ainsi acheté, que ma plume chante les louanges du Poudou d’Annie pour un plat de macaronis. Ben non, le Jean-Louis Poudou il m’aurait fait goûter ses vins
avec un simple mâchon aux culs de ses barriques que ça n’aurait rien changé au film. Faites passer : c’est moi qui fais le film !
Comme je ne suis pas « payé » pour vous entretenir de mes extases culinaires je vais vous causer un peu de La Tour Boisée. C’est un domaine familial
depuis 1826, 82 ha de vignes, 2500 oliviers, 17 cépages sur un vignoble étendu sur l'une des plus vastes communes de l’Aude : Laure Minervois. C’est donc une affaire
de famille. Depuis 1982, Marie-Claude, fille du domaine, a repris avec Jean-Louis les rennes de la Tour Boisée et la nouvelle génération est partie
prenante. Cette lignée de vignerons qui vient de loin puisque « la famille cultivait déjà pour les moines de l’abbaye de St Hilaire les vignes au XIIIe siècle aujourd’hui encore
continue de garder sa ligne directrice : « accent sur les cépages traditionnels, travail essentiel sur les sols et, enfin, d’un beau raisin… ». Le passage du raisonné au bio,
le millésime 2013 sera certifié, se situe dans cette trajectoire du toujours mieux.
Bien plus que les macaronis du chef des Tablettes ce qui me rend proche de Jean-Louis Poudou c’est qu’il représente pour moi un vigneron dont l'ADN est
marqué par la vérité de ce que doit-être une Appellation d’Origine Contrôlée. Celle, si je puis l’écrire, des origines et non ce galimatias normatif élaboré pour camoufler la perte des repères
liée à l’extension inconsidérée des superficies d’AOC. L’homme de la vigne et du vin doit être au centre « observation, intuition et expérience », il fixe les enjeux de ses gestes, de
ses choix, il les assume loin des faiseurs de règles rémunérés pour contrôler la masse du troupeau. En plus, chez le Poudou d’Annie il y a cette part de folie que les gens sérieux bien
assis dans leur fauteuil appellent l’esprit d’aventure, c’est-à-dire oser explorer de nouvelles pistes, se lancer des défis, sortir de la routine, de la sécurité sociale des
consultants de tout poil. À force de tout baliser, d’assurer la sécurité plus personne ne prête attention au paysage. Tout se ressemble. C’est morne. C’est triste. C’est la qualité normée. Tout
ça fait vivre du monde sur la bête sans rien vraiment apporter au consommateur. Si les AOC veulent retrouver leur lustre elles se doivent de ne pas singer les produits de grandes consommation et
accepter à leur lisière des vins qui eux sont produits avec les normes de l’agro-alimentaire. Ambiguïté quand tu nous tiens tu ne nous lâche pas.
Comme j’avais dû quitter précipitamment les agapes du 9 octobre, pour aller m’occuper de mes vaches qui me nourrissent, je demandai à Annie de pouvoir revoir son
Poudou à un autre moment pour pouvoir continuer notre conversation. Ce qui fut fait. Bien sûr j’avais collationné les formules bien ciselées du sieur Jean-Louis « La qualité
d’un domaine se mesure au soin que le vigneron apporte à son plus petit vin. » « Sans être rebelles, nous avons des particularités à mettre en valeur : nous sommes entre
deux mondes, le cartésien mais aussi le monde des gens qui ont le cœur à la bonne place. Le vin c’est de l’amour et de la paix. Où il y a le vin, il y a la paix. » Déjà j’avais trouvé
le titre de ma chronique ce qui chez moi est le facteur déclenchant de l’écriture : besoin de trouver un angle, une accroche : pas simple lorsque les chères collègues d’Annie ne font
que me pisser de la copie à copier-coller.
Rendez-vous fut pris par Annie sitôt un déjeuner de grosses pointures toujours du côté du père Bugeaud. Faisait beau, Victor Hugo fleurait bon le sable chaud.
Jean-Louis Poudou tenait la forme. Pour faire joli il se définissait comme un gros râleur avant de faire du Nicolas Joly en plus vrai que nature et sincère que le dit :
l’origine, les ondes émises par le sol, la main de l’homme, l’énergie tellurique, « le vin c’est de l’énergie » et Jean-Louis a envie de voir des humains avec de
l’énergie. Ce costaud qui a le cœur en bonne place pratique l’introspection, se fait petit face à dame Nature, mais face à la tronche du raisin de l’année, il se dit avec ceux qui travaillent
avec lui : « et si nous tentions de pousser une porte de plus… » Le doute certes mais celui qui permet de choisir de dire oui ou de dire non sans forcément le
crier sur les toits de Laure Minervois. Notre Poudou est un bon politique, espèce rare sous le climat du Grand Sud où l’on cultive plutôt des présidents à la langue boisée. Je le titille
un peu pour lui tirer un secret : son vin préféré ? Il essaye d’esquiver mais pas question de ne pas répondre au Taulier. Enfin il lâche : Jardin Secret 2002 car
il est très IIIe République œufs mimosas et Vol au Vent. Nous digressons sur le Vol au Vent commandé chez le boulanger, la finesse du feuilleté, le chapeau, et puis bien sûr ce
qu’on met dedans. Même Annie se tient coite, ce qui est une haute performance de sa part. J’aime ces instants où l’on se laisse aller à bavarder de tout, de rien, de la vie que l’on vit, des
oiseaux, des perdrix et de je ne sais qui.
Reste que votre Taulier adore voir ses élucubrations anciennes lus et approuvées par un gars de la carrure de Jean-Louis Poudou. Il pratique l’un de mes
sports préférés : le mass tige ! Chez lui, à la Tour Boisée sa gamme est une pyramide inversée : la plus petite production est celle des premiers
Minervois, la plus importante, celle des grands vins. » Mass comme mass media et tige comme Prestige voilà un réel enjeu pour notre grand pays généraliste du vin savoir allier la quantité et
le cousu main. Ce n’est pas à la portée de tout le monde mais sans aucun doute de beaucoup dans le monde des TPE du vin. De grâce, M .le Ministre sortez de vos tête à tête avec les ronds de
cuir des OP. En clair, Le Foll vient casser une graine chez Poudou.
Donc, comme vous l’avez tous compris, je suis en cheville avec Annie, c’est pour ça que je la cite à l’envi. Trêve de plaisanterie car les malintentionnés
pourraient me prendre au premier degré. Pour plus de connaissance sur les vins de la Tour Boisée allez sans tarder sur son site www.domainelatourboisee.com moi j’ai pris le parti de centrer ma focale sur le Poudou d’Annie. Pour autant, notre Jean-Louis, en bon
sudiste, laisse les femmes à la maison (joke) elles sont pourtant majoritaires sur les étiquettes des vins : je
salue donc de loin Marie-Claude, Marielle et Frédérique avant d’avoir le plaisir de les retrouver chez elles sur la route des pèlerins de Saint Jacques de Compostelle
« les collines de Laure ». Comme le dit le jingle de l’Oréal « parce que je le vaux bien… et que je ne coûte pas cher… »
* Annie c'est qui ? C'est Annie, tout le monde sait ça !
Partager l'article !Connaissez-vous M’sieur Poudou vigneron qui a le cœur à la bonne place et une langue pas boisée pour deux sous ?:
Lorsqu’Annie* m’est to ...
Un peu que j'le connais le Poudou. Et depuis 1988 !