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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 00:09

Votre Taulier aime voyager. Comme le Général il a rêvé d’une Europe s’étendant de l’Atlantique à l’Oural et d’une autoroute de l’Est passant par Berlin, Moscou, Nijni-Novgorod, Kazan, Ekaterinbourg puis avec Michel Strogoff la Sibérie : Tomsk, Irkoutsk jusqu’à Vladivostok… oui le transsibérien autour d’un samovar… Mais comme les Français ignorent où se situe l’Oural qui est une chaîne de montagnes hercynienne située en Russie s’étirant sur plus de 2 000 km, de la mer de Kara au nord jusqu'aux steppes du Kazakhstan au sud. L’Oural marque traditionnellement la limite géographique entre l’Europe et l’Asie, depuis que le tsar Pierre Le Grand, au début du XVIIIe siècle, a souhaité rapprocher son empire des royaumes européens.

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La Russie, la sainte Russie des boyards des types qui savaient boire «  Bonjour, bonjour, Véronique Solère… je continue ton éducation 100% russe !»


En effet, pour Olga et Wladimir Kaminer « La vraie gastronomie russe réside principalement dans on art de la boisson. Le seul plat qui corresponde vraiment aux clichés sur les russes et leur cuisine nationale est la vodka, qui est bien souvent considéré comme un plat principal en soi. » Tout ça vient de loin selon les manuels d’histoire qui indiquent qu’au XIe siècle en Russie on consommait du pain noir vleb et de la purée d’orge perlée kacha mais on buvait aussi de l’eau-de-vie fabriquée avec la même céréale que le pain noir et la kacha. « Dans les vieilles chroniques du XIe siècle, on voit déjà que plusieurs villes sont nées à partir de distilleries de schnaps pour améliorer l’humeur des colons. Le schnaps maison ne s’appelait pas encore « vodka » mais « vin de pain », « vin cuit » ou tout simplement «vin ».


Lorsqu’au XIIIe siècle les hordes de Gengis Khan, les Tatars et les Mongols, qui « mangeaient de la viande de cheval, du hamster grillé et buvaient du thé » ont contrôlé de larges pans de la Russie, elles ont découvert le vin de pain qu’elles ont emporté avec elles, « évaporées dans des circonstances non encore élucidées », en repartant, laissant aux Russes le thé. Plus intéressant encore pour nous Français, les aventures guerrières de Napoléon en Russie qui, vu de là-bas, se nomment « première grande guerre patriotique » qui vit la confirmation des « avantages de la gastronomie russe ». En effet, «  les français bien armés et bien organisés, qui se nourrissaient de côtelettes et d’omelettes riches en calories dans le rude hiver, n’arrivaient pas à la cheville des partisans qui se nourrissaient presque exclusivement de gnôle maison et de thé. Ils ne grelottaient pas, ils transpiraient. Armés de haches et de fourches, ils ont mis la pâtée aux Français comme s’il  s’était agi d’une sorte d’exercice accompagnant la dégustation de vodka, qui à cette époque portait toujours le nom de vin. Napoléon a dû battre en retraite. Il avait sous-estimé la gastronomie russe. Cette dernière s’est une fois de plus enrichie grâce à ce genre de péripéties : le champagne et le cognac se sont depuis bien établis en Russie. »


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Au XXe la Révolution Russe : le triomphe des Soviets coïncide avec l’irruption de recettes qui arrivaient de partout : l’eau-de-vie de poivre ukrainienne, le schnaps de riz d’Ouzbékistan, la tchatcha (alcool de vin) d’Arménie et le schnaps de poisson d’Iakoutie » et avec Lénine est arrivé « Le bonheur Nouveau » une étrange vodka à 30% dont on  ne savait « trop à partir de quoi les communistes la distillaient » Par la suite « les intellectuels aimaient bien la vodka « Idée Russe ». Il y en avait deux sortes : « l’idée claire » et l’idée sombre ». les travailleurs buvaient le « Fonce dedans » et le « Hoquet ». Enfin Staline trancha sous sa main de fer « le schnaps a perdu tous ses noms pour ne plus porter que celui de « vodka ».


Gorbatchev, dernier secrétaire général du parti, craignant qu’elle « fut une alternative au socialisme » qu’elle handicape la « construction chancelante d’une société socialiste développée », a été très actif en faisant « arracher toutes les vignes de la Géorgie à la Moldavie en passant par l’Ukraine ».


La vodka a survécu à la terreur et a enterré le socialisme. L’irruption du marché libéral a vu l’éclosion d’innombrables distilleries produisant de l’alcool bon marché qui ont fait grimper les statistiques d’empoisonnements, d’accidents de la route et la chute vertigineuse de l’espérance de vie des nouveaux convertis au capitalisme. Boris Eltsine prêchant l’exemple bien sûr. Les marques étrangères d’Absolut la suédoise à la Zubrowska polonaise prirent le haut du pavé. « Sur ce, le gouvernement a voulu renationaliser la principale spécialité russe et a mis tout en œuvre pour combattre les distilleries clandestines. » La bureaucratie pas morte a imaginé des marques de droit d’accise collées sur toutes les bouteilles de vodka véritable, de nouveaux bouchons et étiquettes en filigrane… Piratés ! Puis une tentative désespérée de l’administration de colorer la Vodka authentique en changeant même la couleur tous les mois : une vraie course à l’échalote avec les fraudeurs où plus personne n’arrivait à distinguer la bonne couleur.

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Mais le marché sait toujours s’adapter : aujourd’hui tout le monde trouvera ce qu’il cherche en fonction du prix. En bas, « la vodka peu chère et nocive pour la santé s’achète par bouteilles de 3 litres au marché noir » jusqu’aux marques internationales qui font du marketing en s’adaptant aux goûts locaux : ainsi Absolut se réinterprète en « Absolument Absolu » qui est plus forte que l’originale. Et le must bien sûr est une vodka sans alcool qui s’appelle « Rester en forme ».


Pour finir un détail à vérifier Véronique beaucoup de propriétaires de restaurants russes savent que la gastronomie russe peut conduire au trou de mémoire et « c’est la raison pour laquelle le dessert est toujours plus cher que l’entée et le plat de résistance réunis. Après un repas bien arrosé de vodka, le client ne se souvient plus s’il a vraiment commandé cet étrange purée pommes-fraises pour 350 roubles, ni quel goût elle avait. »


Mes élucubrations sont tirées d’une source sûre « La cuisine totalitaire » chez Gaïa Olga et Wladimir Kaminer.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

femmes russes paris 19/11/2012 07:04


Merci pour ces informations. Maintenant on est fixé!

Christophe Libaud 17/11/2012 12:07


Zapoï!

Luc Charlier 17/11/2012 11:27


1) Tu as remarqué, Taulier, que le petit Corse avait bien appris la leçon. A l’île d’Elbe, il s’était fait accompagner de bouteilles
de Cognac ... pour sa retraite sans doute. C’est ce que lui avait conseillé la CRAM.


Quant à moi, singeant sans doute ce blogueur sympathique ( ! ) qui ne décrit que ses expériences perso avec de très vieux
millésimes – j’ai effacé son nom de ma mémoire active – il m’a été donné de déguster il y a 10 ans au cours d’un salon bruxellois un fond déjà quelque peu éventé d’une bouteille de Malmsey du
millésime 1796, qui avait accompagné l’empereur et était revenue intacte avec lui, après la retraite de Russie. Enfin, ça, ce sont les experts antiquaires qui l’ont attesté (comment ?). J’en
remercie encore Raymond Smeyers, de la société anversoise Madas, qui dispose du plus grand choix de vieux Madère au monde. Ce vin-là était correct sans plus. Il y a de vieux Madère beaucoup plus
exceptionnels.


2) Enfin, si je peux me permettre : Napoléon aurait dû emporter du maïs en Russie. Ses soldats auraient bouffé du ...
« Pope-corn » !

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