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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 00:09

« L’agriculture est le premier, le plus utile, le plus étendu et peut-être le plus essentiel de tous les arts. » cette citation de Denis Diderot tirée de l’Encyclopédie ou Dictionnaire Raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers (1751) ouvre l’Atlas de l’Agriculture de Jean-Paul Charvet publié chez Autrement, sous titré Comment pourra-t-on nourrir l’humanité en 2050 ?

 

La pertinence de ce jugement, émis à l’époque des physiocrates, « malgré la diversification croissante des activités humaines, la production des denrées alimentaires demeure le secteur d’activité le plus répandu de la planète :

-         en 2010, près de 40% de la population active mondiale se trouvait encore employée dans l’agriculture. 

-         Le nombre d’agriculteurs continue d’ailleurs à croître, en valeur absolue, à l’échelle de la planète [...]

-         Si l’on ajoute à l’effectif total des agriculteurs celui des personnes employées dans les secteurs économiques en amont [...] et en aval [...] de la production agricole, on arrive à des chiffres plus élevés.

-         Avec les filières agro-alimentaires, y compris les activités de restauration, 55 à 60% de la population mondiale travaillent aujourd’hui à la satisfaction d’un besoin quotidien incontournable des hommes : celui de leur nourriture. »

 

Comme le souligne Jean-Paul Charvet « actuellement, plus d’un milliard de personnes survivent en situation de sous-alimentation chronique, ce qui correspond à une progression de près de 200 millions de personnes par rapport à la situation des années 1990, et 2 milliards de personnes continuent à souffrir de malnutrition en raison de régimes alimentaires déséquilibrés et/ou de carences alimentaires diverses »

 

Le défi que va devoir relever l’agriculture mondiale est d’envergure : en « partant d’une situation actuelle déjà loin d’être satisfaisante, qu’en sera-t-il en 2050 lorsqu’il faudra pouvoir satisfaire les besoins alimentaires, non plus, de 6 milliards de personnes comme c’était le cas en l’an 2000, mais de 9 milliards ? »

 

En parodiant la fameuse phrase apocryphe : « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas » attribuée à André Malraux (l’auteur des Antimémoires n’a jamais prononcé cette phrase. Il a même précisé à Pierre Desgraupes (Le Point, 10 novembre 1975) : « On m’a fait dire : « le XXIe siècle sera religieux ». Je n’ai jamais dit cela bien entendu, car je n’en sais rien.), il n’est pas grandiloquent d’affirmer au terme de la 1ière décennie de ce siècle que « le 21 siècle sera agricole ou ne sera pas. »

 

Les dimensions de cet Atlas de l’Agriculture – 79 pages – ne lui permettent pas, bien sûr, d’aborder et d’approfondir toutes les problématiques mais il apporte, sous une forme claire, parlante – 100 cartes et infographies de Claire Levasseur – un éclairage qui peut permettre à un public, soucieux de mieux comprendre les enjeux alimentaires mondiaux, d’acquérir les bases indispensables à celle-ci.

 

Cet Atlas est estampillé par le timbre de mon beau Ministère qui, pour être dans le vent, affiche fièrement : L’AGRICULTURE NOTRE ALIMENTATION, cependant je dois avouer que, lorsqu’il traite de notre belle agriculture française,  l’ouvrage m’a moins convaincu de sa pertinence, même si les thèmes abordés sont intéressants. En effet, les concepts d’agriculture « écologiquement intensive », de « Révolution doublement verte », ou d’ « agriculteurs raisonnés », sont certes séduisants, mais ils n’aident guère à dénouer la contradiction entre la compétitivité-intensivité/durabilité. Pour prendre une image un peu triviale : est-il possible de rester compétitif avec un pied sur le frein ou en décélérant ?

 

La nouvelle PAC, en dépit de son verdissement, privilégie encore la productivité : le boom de l’agriculture et de l’agro-alimentaire allemand au travers des ex-landers le montre largement : ce ne sont pas les producteurs laitiers français qui me démentiront.

 

Sans doute suis-je trop dans le cambouis des crises, trop le témoin du peu de plasticité des grands systèmes de production et de la capacité de résistances des OP les défendant pour me contenter d’une approche qui semble coller aux attentes des urbains mais dont je ne perçois guère les implications concrètes auprès des principaux intéressés : les agriculteurs.

 

Enfin, le chapitre sur la qualité des nourritures terrestres pages 14-15 illustré par les ventes de Champagne et l’impact des AOC oléicoles françaises m’a fait sourire (c’est l’ancien Président de la SIDO promoteur du plan de relance de l’oléiculture française qui s’exprime et qui doute un peu de la dynamique de l’oléiculture française : l’ami Olivier président de l’AFIDOL pourra s’inscrire en faux sur ce point s’il le souhaite).

 

Ceci étant écrit, j’insiste sur le fait que mes remarques ne sont que celles d’un vieux routier du 78 rue de Varenne qui a vu beaucoup de présidents de la FNSEA y passer, d’un habitué des colloques savants et des débats programmatiques, sans doute un peu trop sceptique sur la capacité de toutes ces contributions de nos décideurs et de nos penseurs ruraux à faire évoluer l’agriculture française.

 

Bref, même si la France est et reste un grand pays agricole, les enjeux de l’agriculture mondiale dépassent largement notre débat national et l’Atlas de l’Agriculture est un ouvrage que je recommande car il met à la portée du plus grand nombre ce qu’il faut savoir pour mieux comprendre et mieux « prendre la mesure des questions fondamentales qui secouent le monde agricole ».

 

Au-delà de la simple empathie pour « ces pauvres agriculteurs », les petits surtout, le citoyen-consommateur de nos économies développées, en évaluant mieux les enjeux mondiaux, en comprenant mieux les contraintes,  pourra peut-être mieux peser sur les évolutions, en modifiant ses comportements d’achats, ses habitudes alimentaires. En effet, compatir pour le petit producteur de lait du Cantal tout en ne se posant pas de question sur le prix de la brique de lait UHT, tout droit venue d'Allemagne, acquise à un tarif rase-mottes dans son magasin de hard-discount en est un exemple trop courant.

 

Biocarburants,  diffusion mondiale des plantes transgéniques, le blé céréale mondiale, le soja impérialiste, l’accroissement des échanges mondiaux, la volatilité des prix des matières premières, l’urbanisation débridée, le bio, les agricultures brésiliennes, le poids des USA, la PAC, l’OMC, sécurité et souveraineté alimentaire en Chine et en Inde, le potentiel de l’Afrique... voici en vrac ce que l’Atlas de l’Agriculture vous livrera très bien présenté, je n'ose écrire bien conditionné.

 

Comme en Agriculture tout commence par la Terre, surtout celle que l’on qualifie d’arable, pour vous donnez le sentiment que vous feuilletez cet Atlas dans une librairie je vous propose de visionner les 4 pages concernant LA TERRE CULTIVABLE :

(I)               Une ressource de plus en plus rare

(II)           Main basse sur une ressource stratégique

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Michel 11/11/2010 20:55



Notre monde est complexe, mais personnes qui nous dirigent n'ont pas toujours une sagesse paysanne:


En France, dans notre pays riche, les agriculteurs vivent des aides, c'est à dire des impôts des consommateurs qui ne veulent pas payer les produits agricoles à un prix qui pourrait faire vivre
décemment ces agriculteurs.


Dans les pays pauvres, les dirigeants cèdent leur foncier à des étrangers qui vont leur prendre les ressources alimentaires dont il ont besoin.


Le monde est fou, nous marchons sur la tête.



bernard 11/11/2010 06:50



Il est évident que, dans nos sociétés gatés et richissimme, nous avons tandence a oublier l'importance de l'agriculture, de l'essentiel. C'est quand méme un comble qu'agriculteur soit un métier
si peu valorisé a quelque niveau que se soit. On en parle souvent comme un métier en voie de disparition alors méme, qu'il répond au besoin physiologique certainemment le plus essentiel. Paradoxe
de nos sociétés qui mettent en avant le superflu.


 


Remettons a sa place chaque chose. Le ventre vide on fanfaronne moins.


 



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