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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 00:09

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Tu te trouves accoudé à un bar et tu lis. Le lieu est magique, et ce que tu bois t’égaie le cœur et envoie ton âme en des lieux qu’elle seule peut visiter. Tu es loin de tout, dans un ailleurs qui est inaccessible à ceux qui ne sont pas des glaneurs de rêves.


Me voilà encerclé par les bras de Patti Smith, je m’abandonne, je crayonne, je glane et ma gerbe, enserrée par le fil de mes propres rêves, dresse un portrait qui lui doit tout.


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Ce sont ses mots, ses phrases réassemblés au gré de mon vagabondage, qui deviennent miennes.


« Rédigé en 1991, pendant une dépression, Glaneurs de rêves est la célébration, vibrante et merveilleuse, d’une acuité poétique née au cours de ses jeunes années. »


Patti Smith invoque un âge […] où les limites du réel, encore mouvantes, engendrent des visions irréelles. De ces « vérités sauvages et nébuleuses », elle tire un mystérieux flux poétique au sein duquel des lieux et des figures inquiétantes se déploient … » Emily Barnett les Inrocks


À tous ceux qui ne savent ni ne veulent se laisser entraîner dans l’entrelac de rêves partagés je conseille de passer leur chemin.


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Ma seule ambition est de vous donner envie de lire le n° 45 7,5x10 cm publié par Hanuman Books Woolgathering 1992, en français Glaneurs de rêves chez Gallimard 10€   


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photo Edward Mapplethorpe

 

« Parfois, je me laissais tomber dans le lit de verdure et je contemplais le ciel.


On aurait dit que la carte de toute la création était tracée là-haut et, distraite du rire des autres enfants, je basculais dans une immobilité que j’aspirais à maîtriser. Là, il était possible d’entendre une graine se former, d’entendre l’âme se replier comme une nappe blanche. »


 « … l’esprit d’un enfant est pareil à un baiser sur le front – ouvert et désintéressé. Il virevolte comme virevolte la ballerine au sommet d’un gâteau d’anniversaire avec ses étages de glaçage toxique et sucré… »


« … De l’esprit on ne peut jamais être certain.


Car il virevolte comme virevoltent le chien sauvage, l’amarante, la jante d’une roue… »


« … Comme il est large, le monde. Comme il est haut… »


« … Et là on serait attiré, telles la phalène et la luciole… »


«… Les glaneurs (de rêves) accomplissent leur tâche. Sans salaire, sans contrat, avec une grâce singulière et collective… »


« … ma tâche n’avait rien d’exceptionnel : arracher une pensée fugace, telle une touffe de laine, au peigne du vent… »


« … Des bribes d’esprit humain passées, on ne sait comment, entre les mailles du filet. Prises dans un tablier. Cueillies par une main gantée… »


« … Détendu, sous le ciel, il (le cow-boy) médite sur tout et rien […] le ciel lui-même avec ses masses qui se gonflent si près qu’on pourrait attraper un nuage au lasso pour y poser sa tête ou s’en remplir le ventre. Saucer les haricots et la sauce brune avec un morceau de viande de nuage, et s’allonger pour une petite sieste. Quelle vie ! »


« … Il a accepté la majesté de son sort avec un cœur sans questions et son cadeau repose encore enveloppé devant lui : la liberté, cette satanée liberté… »


« Planté là, il cligne  des yeux dans le soleil ; et tout est si beau, putain, que ça lui serre la gorge. Il examine le terrain, la paume de sa main et ce fléau doré pendant un petit instant de vérité et voilà ce qu’il a trouvé. »


« … mon imperméable vert qui jurait avec le décor de la pièce. C’était une guenille absurde que j’adorais, en taffetas vert pomme caoutchouté, que j’avais dénichée dans un tas de fripes quelconque. Assise dans la lumière changeante au centre de la pièce, j’ai recopié le Notre-Père en araméen, espérant que quelque chose se révélerait dans l’opération. »


« … Tous les hommes sont frères. Si seulement c’était vrai. Et le marin pourrait dormir en paix dans le cratère du désert et le musulman dans les bras d’un vaisseau chrétien… »


« … Au loin, sur l’eau, on voyait des bateaux, des dizaines de petits bateaux en bois avec des voiles impeccables. La flotte d’un énorme enfant, appuyé sur un nuage pour les poser, un par un, délicat comme une aile… »


« … J’avais une migraine terrible. Elle cognait sans cesse dans mon crâne, me précipitant dans ce royaume insensé où la guillotine semble la plus alléchante des issues… »


« L’eau bouillait. J’ai rincé une poignée de menthe et versé. Pour laver tous les maux, les faire aussi insignifiants que des notes de bas de page… »


« … Un gamin vendait des journaux à la criée : DE  LA NEIGE DANS LE DÉSERT… »


« … Soudain, la fatigue m’a prise. Le jukebox passait un mélange de jazz d’ascenseur et de rock garage des sixties. Riot on Sunset Strip était projeté sur le mur du fond et Mimsey Farmer, défoncée, se débattait dans sa minirobe à fleurs tandis qu’une bande de hippies surexcités s’apprêtait à la faire passer à la casserole… »


« … Un gamin vendait des journaux à la criée : EXCLUSIF INONDATION DANS LE DÉSERT… »


« … Rien ne collait, mais tout collait… »


« … J’ai commandé un Pernod avec de l’eau… »


« … J’ai tiré sur les lacets de mes chaussures absentes et j’ai foncé droit dans l’amour… »


« … Mon souffle formait le langage mais aucun son, tandis que le ciel clair se zébrait des traces estompées de prières et de poèmes qui semblaient échappés du moteur de l’avion d’Apollinaire… »


« … Après mes prières, quand tout était calme […] Je continuais ma communion en les guettant – les glaneurs de rêves – grattant les choses disparues pour les retrouver de nouveau, même la lueur la plus anxieuse… »


« … Ces moments étaient à part, uniques. Les silhouettes n’étaient pas si insaisissables, pas si furtives. Non, elles se tenaient côte à côte face à moi, et se préparaient, vêtues des manteaux et coiffes de leur espèce ; tissés d’un fil tremblant. Baignées dans la pâle clarté, elles ressemblaient moins à des êtres humains qu’à des rangées de trembles frissonnants dont les feuilles frémissent au moindre souffle. Elles traçaient, de concert, le mystère de leur ouvrage, conspirant dans leurs mouvements pour nettoyer et magnifier l’existence dans une chanson humaine. On aurait dit qu’elles ne prenaient pas, mais donnaient, et pendant un instant le monde entier semblait béni… »


« … Un serpent dans l’herbe avec des ailes… »

 

Photo de couverture : Patti Smith CM1, 1955, New Jersey

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

preau@champagne-mailly.com 08/02/2015 18:46


Bonjour Cher Jacques (si je puis me permetre),


Laissez-moi vous remercier pour transmettre ainsi vous élans amoureux qui rechauffent les coeurs et viennent si utilement compléter les émotions et les plaisirs que donnent le partage d'une belle
bouteille.


Je travaille en ce moment précis sur l'habillage d'une nouvelle cuvée qui sera dévoilée lors du prochain Vinexpo et ma bande son n'est guère différente de la vôtre.


Dans notre petit monde, le partage est essentiel et nous devons puiser à toute les sources pour donner un sens à nos actes.


Bien cordialement,


Jean-François Préau

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