Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 00:09

Alternance d’averses drues et d’éclaircies ensoleillées, du vent, sale temps pour le cycliste, vendredi dernier en fin de journée je me suis ramassé une saucée qui m’a transformé en serpillière. Le seul souci ce sont les lunettes non pourvues d’essuie-glaces. Même alternance le lendemain samedi mais je ne désarme pas : j’enfourche mon bon vieux destrier pour vaquer à mes occupations. En fin de journée, après avoir empli ma besace de nourriture je pointe mon nez à l’éloge du Vin le caviste de la rue Tolbiac. Ne souriez pas je cherchais Tombé du ciel de Rivaton que j’ai trouvé super bon. Le jeune caviste qui venait juste de décrocher le téléphone se méprenait sur ma demande. Compréhensible avec cette météo, nous rigolâmes de la méprise mais en l’absence de mon chouchou il me proposait un petit dernier arrivé : Cheyenne, un prix doux 5,30€ et une étiquette qui me plaît. Emballé c’est pesé, je repars avec le flacon. Achat d’impulsion sur le conseil d’un gars à qui l’on fait confiance c’est confortable.

Chaissac 018

Mais comme vous le savez, vous qui me suivez depuis des années, me supportez aussi, dans les deux sens du terme, le Taulier est en permanence connecté. Cheyenne ça lui inspire les Grandes Plaines de l’Ouest américain et c’est alors qu’il se souvient d’un bouquin, acheté à Ajaccio, qu’il a lu et beaucoup apprécié Tueur de bisons de Frank Mayer chez Anarchasis 14€.

9782914777681.jpg La Conquête de l’Ouest, les westerns, les cow-boys, les Indiens, les saloons, les colts, les winchesters, le chemin de fer, les tuniques bleues, et les bisons. Dans l’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford 1962, un des héros déclare « Ici Monsieur c’est l’Ouest. Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. » Rassurez-vous, je reviendrai à mon Cheyenne vin de pays de la Principauté d’Orange, mais avant cela je souhaite faire un petit accroc à la légende pour vous conter l’extermination du bison. L’industrie et la mort, par le truchement d’un petit artisanat, celui des « coureurs » de bisons. Frank Mayer, raconte sans fard, sans détour, avec une effarante irresponsabilité « ce désastre écologique sans précédent ; pour nombre de personnes (les Indiens des Plaines au premier chef), un cataclysme social, culturel, politique, psychologique même, dont on peine à prendre la mesure. » Mayer est un simple businessman qui fait tourner sa petite entreprise de 4 ou 5 employés. Il fait de l’argent en tuant. « Les chemins de fers se chargeaient su transport vers l’Est des peaux, de la viande et des os. Pour les lobbies financiers comme pour les chasseurs itinérants, tout était affaire de profit immédiat. »


Le colonel Richard Irving Dodge, dans Our Wild Indians, en 1884, note « Là où l’année passée se trouvaient des milliers de buffalos, il y avait maintenant des milliers de carcasses. L’air était empli d’une puanteur nauséabonde, et les Grandes Plaines, qui à peine onze mois plus tôt grouillaient de vie animale, étaient désormais un désert mort, solitaire et putride. »


« Entre 1860 et 1880, les USA avaient vu leur population augmenter de 20 millions de personnes ; c’était le temps de la conquête foudroyante des territoire à l’ouest du Mississipi. Les ruées vers l’or, le cuivre ou l’argent, vers les « terres vierges » se succédaient à un rythme effréné, accompagnées par la traversée de part en part du continent par le chemin de fer, par l’enfermement des Indiens dans les réserves, la fondation d’innombrables villes nouvelles, de développement de l’élevage et de l’agriculture extensifs dans les Grandes Plaines. Des bouleversements brusques et d’une rare violence. Un monde se transformait, suivait les rails de la Civilisation en marche. Et dans cet élan, le bison fut emporté.


On dénombre à peu près 10 à 12 millions de têtes vers 1870*. William T. Hornaday, zoologiste et taxidermiste, directeur du Zoo du Bronx à New-York et proche du Gouvernement, dans son recensement pour son étude The Extermination of the American Bison publiée en 1889, en compte tout juste quelques centaines. » * Ce chiffre est très controversé et difficilement vérifiable : on a parlé de 2à, parfois de 60 millions. Les études le plus complètes, qui se fondent sur des analyses climatiques, écologiques, biologiques et sociales (l’importance des chasses des Indiens des Plaines) conduisent à estimer que le nombre ne pouvaient excéder 15 millions car le troupeau n’aurait pu disposer des espaces de pâturages nécessaires pour survivre. »

Voilà, ce détour m’a semblé en valoir la peine et je ne sais si les créateurs de la chaîne Buffalo Grill, avec leur enseigne débile, ont un seul instant pensé qu’ils mettent en avant l’extermination du bison, la disparition d’une espèce vivante « dont les ossements qui blanchissaient les plaines pour qu’ils soient recyclés en engrais ou en colle. »

Chaissac-017.JPG Revenons à notre Cheyenne, vin de pays du comté d’Orange, dont l’étiquette m’a séduit par son graphisme, ses couleurs et son petit cheval qui se trouve être un cheval sauvage qui galopait jadis dur la terre qui produit maintenant les raisins Syrah, Carignan et Grenache dont ce vin est issu. Comme toujours je suis allé sur le site pour me renseigner  www.hautescances.com et le texte de l’accueil m’a beaucoup plu. Le voici.

 

« Nous n’étions pas destinés à devenir vignerons et pourtant voilà maintenant neuf longues années que nous avons décidé, Jean-Marie et moi, de prendre le témoin qui nous était tendu. Longues ces années, oui, car nous avons été écrasés de travail, heureusement, les vignes nous ont rendu au centuple les efforts fournis.


La création de ce site me pousse à chercher les réponses à une question essentielle : pourquoi tout cela, pourquoi ce virage à 180° ?


Ma mère, fille et petite-fille de paysans courageux et volontaires avait, par son mariage avec mon médecin de père, orienté ma destinée vers la médecine. J’ai donc suivi le chemin tracé avec enthousiasme, puis est venu le moment où il a fallu décider de l’avenir de la propriété qui m’était généreusement transmise. Deux décisions étaient possibles : fallait-il vendre ou reprendre ?


Ces vignes que j’avais jusque-là presque ignorées me renvoyaient de plein fouet le souvenir de toutes les générations qui s’étaient succédées pour me transmettre ce patrimoine. Il me fut alors impossible d’abandonner la tâche que je me devais d’accomplir.


Mais là n’est pas toute la réponse, autre chose m’a poussé à reprendre la propriété, le désir de donner à Jean-Marie l’occasion de s’accomplir dans un travail manuel et créatif qui serait un complément à la dimension uniquement intellectuelle de son métier. Mais nous avons rapidement compris, qu’à terme, il lui serait impossible de mener les deux tâches de pair, aussi, en Juillet 2000, a-t-il quitté la Psychiatrie avec un pincement au cœur.


Si vous passez par Cairanne, vous pourrez le rencontrer au milieu de ses vignes ou dans sa cave, il ne vous parlera pas de lui mais de ses vignes et de ses vins, de ses vins qui lui ressemblent et, en particulier, de son "Col du Débat".


Nous avons deux enfants, pour l’instant la vie les porte ailleurs qu’à Cairanne, qu’en sera-t-il dans quelques années ? Je souhaite que leur choix soit personnel et qu’ils ne ressentiront aucune obligation à continuer ce que nous avons commencé. Il est tellement important d’aller au bout de ses passions. »


Anne-Marie Astart, le 8 Janvier 2001.   

 

Le vin, ce petit vin du comté d’Orange est une petite merveille de fruit, croquant, le genre qui se boit tout seul, rieur, capable de vous réconcilier avec le ciel en ce jour de votation bien venteux. À inscrire sur vos tablettes sans hésitation.

 

DOMAINE LES HAUTES CANCES

Quartier les Travers

84290 CAIRANNE

Caveau (tél / fax / rép) :    +33.(0)4.90.30.76.14

Tél. cave :      +33.( 0)4.32.85.02.91

E-mail :         contact@hautescances.com

Coordonnées GPS du caveau :     Latitude : N 44°13'41"

Longitude : E 4°56'01"

 

« Les Cheyennes sont une nation amérindienne des Grandes Plaines, proches alliés des Arapahos et généralement alliés des Lakotas (Sioux). Ils sont l'une des plus célèbres et importantes tribus des Plaines. Dans leur langue maternelle, ils se nomment « Tsitsistas ». La nation Cheyenne est composée de l'union de deux tribus, les Tsitsistas et les Sotaae'o. Elle incluait dix bandes, dont les territoires s'étendaient sur l'ensemble des Grandes Plaines, du sud du Colorado aux Black Hills dans le Dakota du Sud. Au début du XIXe siècle, la tribu s'est séparée en deux groupes : celui du sud restant près du fleuve Platte et celui du nord vivant près des Black Hills à proximité des tribus Lakotas. 

Les Cheyennes du Montana et de l'Oklahoma parlaient tous deux la langue cheyenne, avec seulement quelques éléments de vocabulaire différenciant les deux groupes. La langue cheyenne est une langue tonale faisant partie du grand groupe des langues algonquiennes. » Wikipédia             

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Commentaires

Air connu et combien vrai !

Bientôt, il y aura beaucoup trop de « vin rouge médecin » et plus assez de médecins pour soigner ceux qui le boivent sans modération !

Et alors, les fils de vignerons-médecins – qui ne sont pas forcément des fils-à-papa – ne voudront plus rester à la vigne : ils deviendront ingénieurs (quelle horreur !), avocats (encore pire) ou même pharmaciens (parce que papa ne l’était pas). Ou bien ils deviendront chômeurs (ah oui, ça je veux bien).

« Sic transit gloria mundi, sancte vinitor, memento mori ! »

Commentaire n°1 posté par Luc Charlier le 26/04/2012 à 09h43

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