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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 14:00

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Bonjour à toi vieux complice sur ton petit nuage, j’espère que t’as moins froid que moi. Dans quelques jours, sans doute, me rendrai-je, je n’écris pas descendrai comme tout bon parisien, à Angers, là où nous avons rencontrés la première fois la poignée de vignerons, considérés à l’époque par l’establishment du vin, tu sais ceux qui se pavanent sur les estrades en compagnie de ceux qui leur passent les plats avec déférence, comme étant des illuminés, des traine-savates, des gars qui laissaient pousser de l’herbe dans leurs vignes, des drôles de gus qui voulaient en revenir aux fondamentaux des AOC puisqu’ils s’étaient baptisés : vignerons en nos appellations.


Belle appellation ! Au début t’étais pas très chaud, tu te disais que t’avais déjà trop de soucis avec les autres, le gros de la troupe, ceux qui ne voulaient pas bouger leurs gros culs de leurs mauvaises habitudes, les installés, pour faire un peu de provocation : les traditionnels. Bref, je ne vais pas réécrire l’histoire de cette période mais je suis sûr que tu en seras d’accord avec moi pour t’attrister car où sont passés les vrais débats entre vignerons, entre eux et leurs dirigeants professionnels, avec la puissance publique des années 2000 lorsque toi tout nouveau président du Comité national de l’INAO et moi-même, de concert, pas toujours d’accord mais animés de la même volonté de faire bouger les lignes, nous battions les estrades et la campagne ?


Je ne sais, et je n’éprouve, cher René, ni nostalgie ni regrets de ce temps fort, fécond, et surtout pris en mains par les vignerons eux-mêmes, mais les récentes vaguelettes, minuscules remous dans la micro-bassine du Net, provoqués par une prise de position s’apparentant à une charge sans nuances, posture sommes toute dérisoire, à propos des déviances réelles ou supposées de certains vins, montrent que nous ne sommes vraiment pas à la hauteur des enjeux, que nous sommes absolument à côté de la plaque. Toi comme moi n’y pouvons pas grand-chose puisque le haut du pavé est maintenant occupé par une engeance bien plus soucieuse de son fonds de commerce, de ses intérêts, que de ce que nous osions encore nommer l’intérêt supérieur de la viticulture.


Aujourd’hui plus personne ne moufte dans les vignes sauf ceux qui n’y sont pas, une petite poignée qui s’est arrogée le droit dit de prescription. Qu’ils causent, qu’ils écrivent, qu’ils en vivent, quoi de plus normal mais de là à ce qu’ils confisquent le débat du haut de leur petite chaire montre que nous sommes tombés bien bas. Marre de ces postures outrées, mais où étaient-ils ces pharisiens, ces docteurs de la loi, au temps où il fallait faire face aux conservateurs, à tous ceux qui ne savent que mener des combats d’arrière-garde ? Sans vouloir ironiser : au chaud dans l’attente de savoir comment les vents allaient tourner.


Hier au soir lors d’une dégustation un jeune vigneron du Languedoc m’a interpelé : qu’avez-vous fait pour faire bouger les choses depuis votre rapport Mister B ? Ma réponse l’a pris gentiment à rebrousse-poil : rien ! Car, n’en déplaise à ceux qui réécrivent l’Histoire pour la mouler dans leur posture, moi je ne suis rien. Même pas un critique du vin, de ceux qui se chargent, disent-ils, de séparer le bon grain de l’ivraie au risque de devoir quelques années plus tard revenir la queue basse chanter les louanges de vins vilipendés. Bien évidemment c’est le vent qui tourne, pas la girouette.


René je ne vais pas t’importuner plus longtemps car tu as certainement mieux à faire mais, au royaume des lumières, où tu te prélasses, essaie de faire souffler sur les gens d’en bas un zéphyr de bonne intelligence, de ce qui fait qu’il fait bon vivre ensemble. Toi qui a des lettres tu sais bien que le Tartuffe de Molière était sous-titré l’Imposteur et que nos petits docteurs en costume-cravate lorsqu’ils balancent le mot IMPOSTURE à la gueule de ceux qu’ils veulent rabaisser au plus bas que terre, ce terroir qu’ils ont laissé massacrer pendant des années sans moufter, devraient méditer sur le poids d’un mot « L’imposture est le masque de la vérité ; la fausseté, une imposture naturelle ; la dissimulation, une imposture réfléchie ; la fourberie, une imposture qui peut nuire ; la duplicité, une imposture à deux fins. » Vauvenargues, De l’esprit Humain.


Bonne journée René, moi je mets un cache-nez pour aller m’occuper de mes vaches. Ne te marre pas je n’ai pas écrit de mes veaux car là Dieu s’en chargent et tu sais que c’est un sacré boulot…

 

Le petit rapporteur.

 

* Illustration : Jésus et les Pharisiens « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, car vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux par dehors, mais qui au-dedans sont pleins d'ossements de morts et de toute sorte de pourriture. »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans les afterwork du taulier
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commentaires

hurluberluseb 27/01/2013 12:29


Cher Jacques, le seul problème de nos AOC (AOP) d'aujourd'hui me semble t'il, est que l'état voire l'europe nous a bel et bien nargué, en obligeant les "porteurs de mémoire" comme ils nous ont
appellé, à s'auto-contrôler et s'auto-diriger donc à s'auto-censurer. Quoi de plus béte qu'un troupeau qui reluque sur le paturage du voisin où l'herbe semble toujours plus verte... La mémoire
étant toujours plus courte, à force que l'envie monte, les "vignerons" sont las de ces discussions qui tournent toujours en rond et finnissent donc à la "jaille" (troup d'eau saumâtre).


Seb

à quoi s'adonne la madonne ? 25/01/2013 18:23


 


En cette rentrée de janvier, le psychanalyste Roland Gori a décidé d’organiser une offensive contre la servitude volontaire et les impostures qui en découlent. Il se lance dans la bataille
contre ce qu’il appelle le néolibéralisme, responsable selon lui de vouloir nous imposer des normes, un mode d’emploi dans nos manières de vivre, de contrôler nos comportements au point de
gouverner nos conduites. Roland Gori est l’homme qui a pris l’initiative de lancer avec Stefan Chedri en décembre 2008 le mouvement de "L'appel des appels". Il invitait alors les
professionnels du soin, de la justice, de l'enseignement, de la culture, des médias, à s'opposer aux logiques de normalisations et d'évaluation à l’œuvre dans leur métier. En cet hiver 2013, il a
décidé dans son livre « La Fabrique des Imposteurs » d’accélérer le pas ; il nous met en garde contre nos propres renoncements. Pour un peu, il nous ferait tous passer pour des
imposteurs, des personnalités as if, capables de s’adapter à n’importe quel environnement et susceptibles de se plier à toutes les injonctions, dés lors qu’elles seraient prononcées par des
experts, des Agences de Notations, des évaluateurs mal intentionnés, ou des DRH trop zélés.


Son livre se présente donc comme un antidote à toutes les formes de soumission sociale, il s’interroge sur ce qui nous pousse à nous adpater au monde extérieur, en faisant fi de nos rêves, de
notre capacité à accueillir l’imprévu. Il s’en prend à cette bureaucratie intérieure qui nous pousse à nous identifier stricto sensu aux valeurs de notre environnement social.  Il tente
même de préciser les contours des personnalités qui font le choix de l’imposture.


Il nous reste à lui demander comment sortir de cette sidération ? Comment se prémunir individuellement et collectivement de cette maladie de la civilisation ?


 


 


 

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