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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 00:09

Je n’aime rien tant que les enchaînements soudains et imprévus, ils vont bien à mon esprit d’escalier. Le 18 mai au matin tombe dans ma boîte à lettres électronique : « Dernière Minute » en provenance de Philippe Ouvrard. Je décachète. La photo et le texte me plaisent, je consulte mon agenda papier acheté chez Gallimard (chic, non) et je note le lieu : Le Flâneur des Deux Rives, l’heure : 18h et l’adresse 60 rue Monsieur-le-Prince à quelques encablures de chez moi.imageOuvrard.jpgJ’avoue qu’un type qui se nomme Châteaureynaud, même dans un seul mot (oui j’ai un peu triché dans le titre mais c’est pour la beauté du geste) et qui plus est vous invite à venir passer un moment avec lui pour « discuter beaucoup, se sustenter un peu, et boire raisonnablement de fins breuvages entre amis, ne pouvait que mériter de la considération.

 

Donc à l’heure dite, avec juste ce qu’il faut de retard pour ne pas paraître provincial, j’enfourche mon fier destrier noir pour fondre sur la rue Monsieur-le-Prince qui se jette dans le boulevard Saint-Michel à hauteur de la rue Soufflot. Le Flâneur des Deux Rives est perché face à l’ex-Olympic-Luxembourg de l’autre Mitterrand, le Fredo qui se prend pour une star. J’attache ma monture solidement. Au dehors des petites grappes picolent en devisant. Bon signe, j’entre par une porte grande ouverte. La turne est pleine comme un œuf, pleine de gens de lettres. Je marche sur des œufs. Au grand étonnement des convives je mets en boîte les photos des belles bouteilles. Ensuite, comme je ne peux entrer dans une librairie sans tripoter le cul des livres, je m’adonne à mon exquis plaisir. J’en achète 3 dont le dernier Châteaureynaud, Georges-Olivier de son prénom : GO, La vie nous regarde passer chez Grasset. L1010180.JPG

La cigarette après l’amour, je ne fume plus depuis une décennie : elles sont loin les Boyards maïs (chronique Transgression absolue : la Boyard papier maïs dosée à 2,95 mg de nico link): je déguste les breuvages proposés : un blanc, un rosé, un rouge et du champagne. Pour ne pas être pompette je crache discrètement et proprement dans un gobelet. Vins honnêtes ! Le pâté me tend les bras je m’en tartine une lichette. J’adopte le champagne servi en flute plastique (ce n’est pas une critique) Ensuite je complète ma collection de clichés et je m’enquiers de savoir où se trouve l’homme du jour Georges-Olivier Châteaureynaud. Pas très difficile à repérer notre homme, barbe blanche, chapeau, chemise à carreaux, est d’une belle taille et arbore un sourire avenant. Vu mon état d’ignorance coupable sur son œuvre je ne fais pas le calamantran et je lui confesse n’avoir jamais ouvert un de ses livres. GO Châteaureynaud n’en prend nul ombrage et m’accorde quelques instants.

photobourgueil photovinmed.jpgphotopate.jpgphotoquincy.jpgphotogonet.jpg

photoGOC.jpg

Ensuite je baguenaudais, papotais avec Dominique Cagnard auteur d’une vache dans ma chambre, carburais au Gonet tout en feuilletant le livre de GO Châteaureynaud sous titré à l’intérieur Monette et Jo, ses géniteurs, la photo de l’invitation, scindée en deux morceaux raboutés. Aborder une œuvre par son dernier opus n’est certainement pas la meilleure approche mais comme l’auteur y parle pour la première fois de lui, de sa mythologie familiale, il se souvient, découvrir l’homme avant son œuvre n’est pas un péché mortel contre la littérature. Comme moi GO Châteaureynaud est un baby-boomer qui avoue « je lisais tout ce qui me tombait sous les yeux ou sous la main », moi aussi. En dehors de ce goût immodéré pour la lecture nos destins sont bien différents : nouvelliste et romancier notre auteur a obtenu, entre autre, le prix Renaudot en 1982 pour la Faculté des Songes et moi je n’ai fait que papillonner.

 

L’entrée dans le livre me fut difficile, les 2 premières pages, curieusement numérotées 11 et 12,  ne m’accrochaient pas, trop écrites. Je reposai le livre, le temps d’un purgatoire s’imposait. Reprenant ma lecture au haut de la page 13 je n’ai plus lâché le livre. Lu d’une seule traite, sans hâte, goûtant l’authenticité, l’humanité, la simplicité, la vérité, l’adoration de Monette sa mère, ce père absent même lorsqu’il est présent, tous ces petits riens qui forment la trame de la vie d’un gamin, la chambre de bonne au huitième étage à Neuilly, son dénuement, ses chiottes à la turque, les odeurs, la pension... le Grand-Père,  Tantine, Leturc le garçon par qui vint l’apprentissage de la lecture...sa mob... ses profs... ses conneries... la maison de Porsguen en Bretagne... les extraits qui suivent touchent tant mes souvenirs de petit vendéen crotté que je vous les propose en amuse-bouche si je puis dire.

 

« Porsguen était une odeur, un océan d’odeurs plutôt, dans lequel nous nous immergions dès la première seconde, en descendant de la voiture. Dès l’abord, en arrivant devant la ferme, il était impossible d’ignorer l’odeur du tas de fumier qui occupait le centre de la cour. C’était un tas de fumier de chromo, ou d’illustration d’abécédaire. Un coq y prenait la pose. Du poulailler tout proche, sans doute jamais nettoyé depuis la mort du paterfamilias et le renoncement de la mère agonisant lentement dans son lit-clos, s’exhalaient des relents de fiente (...) A ce concert l’homme ajoutait sa note aigre. Si l’on pénétrait chez les fermiers, des frères âgés qui vivaient sans femmes, et sans eau courante eux non plus, on était pris à la gorge par des remugles de vieux linge sale et de baratte oubliée. »

 

« A Porsguen Vraz, le père était mort, bientôt suivi par l’un des fils, Job, et le temps s’était figé. J’ai entrevu Job, je n’ai connu la mère Lareur que grabataire. Elle habitait son lit-clos. Les deux fils qui lui restaient, Jakez et Fanch, tous deux bretonnants, tous deux célibataires, sombraient lentement dans le vin d’Algérie, Fanch surtout, Jakez, l’aîné, émacié, édenté comme son frère, mais beaucoup plus malin, tenait mieux ou buvait moins. »

 

La vie nous regarde passer  Monette et Jo de Georges-Olivier Châteaureynaud un très bon cru, à lire absolument. C’est chez Grasset 18€.

L1010179.JPG

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Cad à strophes 28/05/2011 19:33



Vous avez raison, Daniel, je suis d'une méchanceté crasse mais je n'avais pas relu avant de poster. En relisant effectivement je me dis que je n'aurais pas du, d'autant plus que je voulais
surtout être drôle. C'est donc totalement raté.


On ne devrait jamais faire les choses à chaud



daniel cherel 28/05/2011 16:32



Ce très bon cru à lire absolument pour reprendre les propos de Jacques, me rappelle les annonces d'in agent immobilier de Biarritz ainsi rédigées :"crasseux mais à voir absolument". Restons
sérieux : si  les 17 lignes extraites d'un roman de 240 pages évoquent plutôt un certain misérabilisme d'ouvrages populaires de la fin du  XIXème début 20ème, on est bien forcé de lire
tout le livre pour se faire une opinion. Comme Sylvie (que je trouve sévère, ) je vais acheter le livre de cet auteur, dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à aujourd'hui. Après l'avoir lu
jepourrai dire, ce qui n'engagera que moi, que le conseil de Jacques était ou non judicieux.   



JACQUES BERTHOMEAU 28/05/2011 20:01



Désolé Daniel mais ce que décrit l'auteur c'et la Bretagne des années 50 telle qu'elle était et telle qu'était aussi ma Vendée profonde dont je visitais avec mon père les fermes où je me
refusais à ingurgiter quoi que ce soit. Voir la fermière gratter ses gorets puis préparer le café sans se laver les mains me soulevait le coeur. Des odeurs y'en avait. Jamais je n'ai mangé
d'autre beurre que celui que barattait la tante Valentine car j'avais vu dans quelles conditions on le faisait dans beaucoup de ferme. Cependant ce passage du livre qui me parlait n'est pas
vraiment le thème du livre de GOC



Cad à strophes 28/05/2011 03:03



Ouais, ça sent le vécu. (d’ailleurs Jacques le dit lui-même donc on peut lui
faire confiance ?  : « Lu d’une seule traite, sans hâte, goûtant l’authenticité, l’humanité, la
simplicité, la vérité, l’adoration de Monette sa mère, ce père absent même lorsqu’il est présent, tous ces petits riens qui forment la trame de la vie d’un gamin, la chambre de bonne au huitième
étage à Neuilly, son dénuement, ses chiottes à la turque, les odeurs, la pension... »)


Dieu que c’est beau ! Même, je dirais que ça pourrait être beau comme un
matin de printemps quand après une longue nuit d’amour on t’apporte le café au lit, avec les croissants et les p’tits pains au chocolat, juste sortis du four. ça sent bon comme l’idiote madeleine
de Proust. Sauf que là ça sent plutôt le café repassé, voire même carrément réchauffé. Je n'ai rien contre les blacks, mais les nègres me font profondément chier. Je ne veux pas, non plus,
risquer un procès (sauf s'il n'est que d'intention et en plus : c'est moi qui ai commencé) mais tout de même ! Faut-il à loisir prendre les gens pour des
cons ?


Enfin pour me faire pardonner je dirai que je n’ai pas lu la fabuleuse
histoire que veut me vendre Berthomeau. ça ne me plait a priori pas, mais par honnêteté intellectuelle et aussi parce que je suis brave et vaillante je vais acheter ce que j’espère être un
opuscule plus qu’un roman fleuve et même je vous promets que je lirai tout : même les numéros des pages.


 


Ce que je retiens de votre article, Jacques, c’est le début de votre
causerie  (j’adore le début des belles histoires et j’espère toujours qu’elles ne finiront pas mal): vous attachez votre destrier noir au premier arbre venu (j’ai les photos) . ça peut
paraître con mais c'est ce que j’ai relevé de plus intéressant. J’espère surtout que la bête en question n’est pas fâchée d’avoir été lâchement abandonnée, j’espère aussi qu’elle ne craint ni le
gel ni la pluie ni les rayons trop ardents du soleil…Donnez-nous vite de ses nouvelles !



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