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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 07:00

L’équipage du Falcon EX, le commandant de bord, le copilote et une hôtesse nous attendaient au pied de l’appareil, souriants. Ils nous saluèrent au fur et mesure de notre passage. Gabrielle, tout de cuir rouge vêtue, fut bien sûr la première à gravir l’échelle de coupée intégrée à la porte de l’avion, suivie de très près par ce cher Antoine qui n’en finissait pas de la couvrir d’attentions. L’ex-moine, si tant est que cette histoire de monastère reposa sur une quelconque réalité, se comportait comme un godelureau découvrant les feux de l’amour. Avant qu’elle n’entame son ascension, je le chuchotai à l’oreille d’Adeline, ma jeune coéquipière, qui ne put s’empêcher de pouffer discrètement de rire. Première paille dans le bel acier de sa carapace, elle le comprit, je profitai de mon avantage pour lui saisir, un instant, le gras du bras, que du muscle, elle ne broncha pas. Un guépard cette fille, il y avait du défi dans son regard, elle me testait. Je fronçai les sourcils et, à ma grande surprise, elle éclata d’un grand rire chevalin avant de monter les marches quatre à quatre. « Putain, quel cul ! » pensée commune aux trois mâles qui suivirent sa progression du regard. L’hôtesse, sourire commercial scotché à ses lèvres carminées, fit  celle qui n’avait rien vu. Elle aussi était fort bien gaulée. L’aménagement intérieur de l’avion, sobre, fonctionnel, très à l’image d’Antoine, se divisait en deux espaces, l’un de travail à l’avant avec des tablettes en loupe de noyer et l’autre où les profonds fauteuils de cuir permettaient de s’isoler mais aussi de se transformer en couchette. Le Falcon EX est un triréacteur dernier né de la lignée des Falcon 50 construit par Dassault Aviation. Un petit bijou  dont la vitesse de croisière de 840 km/h et le rayon d’action maximum de 6000 km. Nous nous installâmes à l’avant. L’équipage s’installa. L’hôtesse referma la porte. Les réacteurs feulèrent. L’avion entama son roulage jusqu’en bout de piste. Nous décollâmes à 17h35. Le 50 EX a la particularité de se contenter de très courtes pistes, 1200 mètres, ce qui est bien utile pour se poser dans certains pays exotiques. Antoine nous en fit la remarque en souriant.


Nous atteignîmes notre altitude de croisière très rapidement. L’hôtesse nous proposa des rafraichissements. Gabrielle et moi optâmes pour le Cristal 2004 de Roederer, alors qu’Adeline et Antoine s’en tinrent sagement au jus d’orange. Étrangement Gabrielle restait silencieuse. J’en profitai pour faire l’intéressant en évoquant ma fascination pour les voyages au long court avec une préférence marquée pour les paquebots transatlantique. Je pérorais « j’adore l’ambiance des ports. Sur un petit carnet datant de mon séjour dans l’estuaire j’avais même inscrit une phrase de Giraudoux tiré de Suzanne et le Pacifique « Des voyageurs retour de Damas, qui partaient pour l’Océanie, regardaient avec émoi, symbole de la vie errante, des mouettes qui n’avaient jamais quitté Saint-Nazaire. » Antoine, bon élève, m’écoutait poliment alors que Gabrielle semblait rêvasser. Ma coéquipière s’en tenait à sa position hiérarchique et ne pipait mot. Même si je sentais que je m’enfonçais inexorablement dans un long tunnel sans issue je persistais. J’embrayais même sur la splendeur des sleepings, le Trans-Orient-Express… lorsque la voix flutée de Gabrielle, sortie de nulle part, stoppait net mon envolée « ça tombe super bien mon grand, nous passons la nuit à Venise. Antoine, qui est choux tout plein, nous a réservé deux suites au Danieli. J’adore ! » À mon côté, Adeline, étouffait son pouffement de rire sous une serviette. Un ange passait et Antoine, toujours grand seigneur, pour me sauver la mise, embrayait sur le tacle que « collaborateur » Fillon venait d’administrer à son insupportable « ancien maître ».


L’hôtesse compatissante me resservait du champagne. « Même si ça m’étonne moi aussi, il a été pour une fois à la hauteur ton cocker triste. Tout le monde attendait qu’il se couche, aille ronchonner à la niche. Non, avec panache, il a été au rendez-vous, il ne s'est pas défilé, il a assumé, et sa colère contre l’agité arrogant et son ambition. Il a tapé juste «L’UMP ne peut vivre congelée, au garde à vous, dans l’attente d’un homme providentiel» et a rompu avec Sarkozy. Il a canardé « Chacun a le droit de vouloir servir son pays et chacun aura le droit d'être candidat aux primaires, mais personne ne peut dire : Circulez ! Il n'y a rien à voir, le recours, c'est moi ! » Toi qui adore les gracieusetés et le coup de pied de l’âne, tu es servi. «Nous avons agi dans l’urgence, trop souvent au coup par coup, sans aller toujours au bout des changement nécessaires et attendus » ce n’est pas de langue de bois aseptisée. Comme tous les gus comprimés, l’ombrageux François, s’est lâché en parlant de la multiplication des affaires qui pourrit l’atmosphère. C’est un bon angle car le cas Guéant dans le dossier Tapie va plomber Sarkozy. » J’écoutais Antoine d’un air poli, les guéguerres de l’UMP je m’en tamponnais la coquillette mais il m’était difficile de dire ça comme ça. Pour faire diversion je lui lançais « Te souviens-tu Antoine de Marie-Amélie ? 

-         Celle qui te disait en pleine traversée des Andes « Rassurez-vous, vos cojones ne risquent rien ! Venez, je vous les réchaufferai en sortant ! »

-         Oui c’est bien elle.

-         Pourquoi tu me parles d’elle à cet instant précis ?

-         Tout bêtement parce je crois me souvenir qu’après avoir quitté son cher ambassadeur d’époux elle s’est installée à Venise.

-         Tu tiens à jour le fichier de toutes tes anciennes maîtresses Casanova ?

-         Marie-Amélie n’a jamais été ma maîtresse !

-         Une simple passade…

-         Si tu veux…

-         Gabrielle sache que la comtesse confiait à notre ami, en affichant un air réellement contrit « qu’à son âge ignorer tout des charmes de la fellation, des douceurs du cunnilingus et des rudes transports de la sodomie relevait de la mutilation... »

-         Et alors, j’ai fait œuvre utile.

-         Bien sûr cette sainte femme revendiquait le droit à l’orgasme et tu t’es dévoué.

-         Oui, c’est tout à fait cela.

-         Tu veux que nous l’invitions à dîner ?

-         Excellente idée… Je pourrai ainsi radoter tout mon saoul avec elle…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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