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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 07:00

Le temps pourri et l’atmosphère insupportable de ce pays m’ont fait boucler mes valises, façon de parler parce que je me suis tiré de Paris, les mains dans les poches, avec seulement un sac plein de bouquins, en prenant le premier train en partance, le 1er mai. La SNCF me proposait une première classe pour le prix d’une seconde, je pris. Le fauteuil était vaste, confortable, ma voisine jeune et sympathique, et l’on m’offrit le petit déjeuner. Le soleil m’accueillit, j’étais ravi. Déambuler dans une ville dont je ne me souvenais plus très bien la géographie m’oxygénait la tête. Même une grosse conne de patronne de café n’arrivait pas à me fâcher lorsqu’elle me demandait de renouveler ma consommation à la terrasse ensoleillée. Rien que pour la faire chier je lui lançais des horreurs et, comme j’avais la gueule d’un étranger, quelques gros bœufs déjà plein de bière prenaient son parti sans aller jusqu’à me chercher des noises. Je m’en foutais. La ville était en fête. Je ne vous dirai pas laquelle car je n’ai pas envie que certains fouille-merdes me suivent à la trace. Sur le coup de midi, après avoir pris un pastis chez Le Marseillais, un couple de copines à qui j’avais bigophoné venait me prendre dans leur tire pour m’emmener déjeuner sur le bord du canal. Le soleil dardait. Le tartare au couteau était excellent, le service nul et le Pouilly Fuissé aux abonnés absents. Peu importait nous papotions de tout et de rien, même que les filles s’inquiétaient de mon devenir. Je plaisantais « même pas une brosse à dents… » J’avais noté dans le train sur un petit carnet « les mêmes visages, les mêmes noms, les mêmes lieux, les mêmes phrases  reviennent […] comme les motifs d’une tapisserie que l’on aurait tissée dans un demi-sommeil » Patrick Modiano à propos de la publication par Gallimard, en un seul volume de dix de ses principaux livres, écrits de 1975 à 2010 et rassemblés sous le titre Romans :  Villa triste, Livret de famille, Rue des boutiques obscures, Remise de peine, Chien de printemps, Dora Bruder, Accident nocturne, Un pedigree, Dans le café de la jeunesse perdue et L'Horizon.


Ce qui avait achevé de me foutre le moral dans les chaussettes ce fut l’épisode Guéant. Qu’un ex-Ministre de l’Intérieur, ex-directeur de cabinet du Ministre de l’homme au karcher, qui avait tenu les clés du château sous l’agité, puisse sortir, pour se justifier des gros trucs levés par les juges, une telle bordée de conneries avait de quoi me faire tomber à la renverse : soit il est con, soit il nous prenait pour des cons, surtout les vieux de la vieille maison. Les bras nous en tombaient de l’entendre parler de cette histoire de primes de cabinet en liquide. Tout le monde sait que c’est le père Jospin qui a mis fin aux mallettes. Avant 2002, le chef de cabinet du Premier Ministre, chaque mois se pointait à la Banque de France pour récupérer du liquide, faisait ensuite la répartition entre les Ministères selon une clé de poids spécifique de chacun d’eux, puis les chefs de cabinet venaient ensuite chercher leur enveloppe kraft pleine de biftons qu’ils distribuaient à leur bon gré aux membres de leur cabinet qui défilaient comme de bons élèves dans leur bureau.  En 2001 je me souviens d’être allé, pour le protéger, chercher avec le « trésorier » de Matignon 12 millions d’euros. Bien évidemment, ces enveloppes de liquide échappaient à l’impôt et à la CSG. Fait comme un débutant le Guéant, un fraudeur ordinaire, un Cahuzac au petit pied, dressé sur ses ergots de haut-fonctionnaire intègre qui ne sait pas comment faire pour blanchir de l’argent. Ahurissant, que le Premier Flic de France, dont on nous disait que c’était un as de la France-Afrique, puisse adopter une telle ligne de défense aussi débile. Le pire c’est qu’il est maintenant un avocat au Barreau de Paris qui aurait dû s’appliquer à lui-même ce que premier baveux stagiaire, commis d’office, conseille à son client qui vient de se faire gauler en flag, fermer sa gueule.  Sa copine Roselyne Bachelot, reconvertie dans le people, n’y est pas allé par 4 chemins face à ses explications embarrassées : « soit c’est un menteur, soit c’est un voleur ». Sympa et affectueux, seule la grosse Morano est montée au créneau, avec sa finesse coutumière, pour prétendre, qu’il s’agissait une fois de plus d’un complot visant non pas Claude Guéant mais bien l’ancien président de la République. « Chaque fois qu’un bon sondage sort sur lui, il y a une perquisition ou une affaire qui apparaît sur un de ses proches » Grotesque et méprisant, mais ce qui est sûr c’est que le petit père Guéant va se sentir bien seul et il lui faudra des nerfs d’acier pour accepter de porter un chapeau peut-être trop grand pour un Préfet. Comme il ne s’est pas fait, au temps de sa gloire, beaucoup d’amis, alors… la curée est proche et le roquet de Meaux restera prudemment dans sa niche.


Après avoir déjeuné avec le premier cercle du Ministre de l’Intérieur où la conversation avait été sinistre, la bouffe limite et les vins lourds, j’étais rentré chez moi et, pour la première fois depuis bien longtemps, j’avais pris une décision d’importance : cesser de m’amuser. Alors, sans hésiter, j’avais renvoyé ma carte de l’UMP au siège de l’UMP rue de Vaugirard avec un petit mot débile pour Copé « la prochaine fois je voterai pour Marine, vous êtes trop cons… » J’avais nettoyé mes fichiers sur mon disque dur puis j’étais allé piocher dans une pile de bouquins pour récupérer ceux dont j’avais besoin. Je les avais enfournés dans un grand sac de toile puis j’étais allé faire la sieste tout habillé. Jasmine étant parti avec les mouflons se dorer au soleil des îles je pouvais gérer mon temps au gré de mes humeurs. Reprendre le fil de mon histoire ne serait pas simple mais j’avais décidé d’y replonger la tête la première sans me soucier de là où je m’étais arrêté au temps où j’infiltrais les BR entre Milan et Turin. J’aurais pu me tirer en Italie chez ma copine Lucia mais le climat y était aussi lourd, délétère avec le retour de la vieille raclure lubrique de Berlusconi et l’éclosion de Beppe Grillo, étrange héritier des débiles des BR et du Benito des origines ; un gauche extrême sans colonne vertébrale, populacière, se nourrissant de la pourriture du système. Quand je m’étais éveillé le crépuscule ajoutait du gris au gris, alors je sortis. Ce que je fis je ne vous le dirai pas car c’est ma part d’ombre comme dirait le couple d’enfer Plenel-Cahuzac. J’aime filer dans Paris. Rejoindre. Me laisser-aller. Le souffle de leur fraîcheur me donne envie d’avancer. J’avancerais donc !

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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