Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 07:00

Abasourdi par la révélation de mon ami, son je viens de vivre dix années dans un monastère… délivré d’un ton neutre, comme s’il revenait de faire le tour du pâté de maison après avoir acheté un paquet de cigarettes, je restais coi.  Gabrielle, elle, au grand dam de son pâle chevalier-servant, reprenait vite la main avec une ironie légère Je suis sûre que la robe de bure vous allait à ravir… susurrait-elle avant de s’installer, avec aisance et grâce, au centre de la conversation qui se résuma alors en un strict dialogue entre elle et mon défroqué. J’en étais bien aise admirant l’art et la manière de Gabrielle fait de rouerie et de séduction. Mon grand dadais d’ami, imperturbable, comme si ça vie en dépendait, répondait à la batterie de ses questions, d’apparence anodines, comme s’il se trouvait dans le cabinet d’un juge d’instruction. Le bar grillé à l’unilatéral accompagné de panais et de jeunes navets du jardin d’Alain ne souffrait nullement de l’intensité de leur tête à tête, le ballet de leurs fourchettes ponctuait chaque échange. En bon couard qu’il était, le bellâtre se taisait en se vengeant sur le Blanc Fumé de Dagueneau 2010 qu’il éclusait, verre après verre, d’un trait. Ce qui devait arriver arriva, cinglante Gabrielle lui balançait, en le toisant droit dans les yeux, « Te gênes pas mon grand ! Ce n’est pas de la limonade de ta maman alors tu te calmes… » S’ensuivit une description sans concession du haut nectar de Dagueneau. Nous fûmes éclairés sur les appâts de ce Pouilly-Fumé, vocabulaire précis, le grand jeu, subjugué, sous le charme, mon pauvre ami buvait les paroles de Gabrielle. La fusion se révélait totale et il ne me fallait pas être un grand clerc pour comprendre que ma mission prioritaire autour de cette table consistait à mettre tout en œuvre pour exfiltrer la tronche de courge. Je m’y employai sans tarder. Avec la complicité d’un collègue de la Grande Maison, alerté par mes soins via un sms, je jouai sur sa vanité en lui offrant une porte honorable de sortie. L’appel mit la grande courge dans tous ces états. Il balbutia le Ministre de l’Intérieur veut me voir de suite… se leva tout branlant, l’empoignant par le bras j’allai le déposer dans le taxi que j’avais commandé.


M’éclipser à mon tour me tentait mais je n’eus même pas le temps de mettre mon projet à exécution car, à peine avais-je de nouveau  posé mon cul sur la chaise face aux deux tourtereaux, mon très cher ami m’annonçait, comme si ça allait de soi, que son Falcon EX nous attendait au Bourget. Tel une carpe manquant d’air je balbutiais ton Falcon EX… Gabrielle ajoutait à ma totale déréliction nous partons pour Kiev en fin d’après-midi. L’envie de crier pouce, de tout rembobiner, de retrouver la maîtrise du scénario, mais Gabrielle m’achevait sur le ton de l’évidence d’un Antoine est le conseil d’Andreï Gavrilov l’oligarque… À cet instant précis, en ma pauvre tête en friche, je m’inquiétais de ma santé mentale Antoine, quel Antoine ? Face à moi, mon très cher ami se contentait de jouer avec sa bague d’officier sertie d’un gros rubis en me contemplant d’un petit air de commisération attristé qui me soufflait avec toi j’ai été à bonne école. Combien de passeport à ton actif. À mon tour de jouer dans ta cour, aujourd’hui je suis Antoine et va falloir t’y faire… Résigné, vaincu, mais aussi émoustillé par la tournure prise par les événements, je rengainais toutes mes objections : visas, Jasmine, les enfants... mes écrits. Je m’enfilais trois cafés pour me remonter. Gabrielle s’inquiétait de sa garde-robe. Son Antoine la rassurait, elle pouvait garnir la soute du Falcon FX à son gré. Reprenant mes esprits, en un rapide retour en arrière je me remémorais les circonstances de la « disparition » de ce foutu Antoine. Les pièces du puzzle, doucement, se remettaient en place, et au fur et à mesure je comprenais que tout ce qui était arrivé était cousu de fil blanc. Le pur et dur, que je vais m’efforcer d’appeler Antoine, nous avait tous roulés dans la farine afin de virer de bord, de changer de vie. Ma seule interrogation à ce stade était mais pourquoi diable sort-il aujourd’hui de son anonymat ?


Prétextant mon besoin urgent d’avertir ma petite famille de mon départ impromptu pour Kiev je filai en taxi tout droit vers la Grande Maison où j’avais convoqué en urgence ma fine équipe. Il me fallait amasser en un temps record un maximum de matériaux, et sur Antoine, et sur son commanditaire Gavrilov. Par précaution, afin d’assurer mes arrières,  je rédigeai une note blanche à l’attention du Ministre sur la base de tout ce que nous venions de rassembler. C’était du lourd, de la dynamite, de la haute voltige internationale, ça me rajeunissait. Restait Gabrielle, l’embarquer dans un tel maelström n’était pas dépourvu de risques mais je ne disposais pas d’assez de temps pour la convaincre de renoncer à ce voyage au pays des mafias. D’ailleurs, quand bien même je l’aurais eu ce temps je ne voyais pas très bien quel baratin j’aurais pu lui vendre pour la persuader. En revanche, sans même solliciter l’accord d’Antoine, je décidai de demander au service action de m’accorder un soutien pour ce qui devenait une mission. En une petite heure, avec l’accord express du cabinet du Ministre, l’affaire fut réglée, au téléphone YC, l’éminence grise de MV, m’annonçait que j’allais toucher un jeune lieutenant frais émoulu d’un stage de commando et qu’il fallait me rendre immédiatement à son bureau. Ce que je fis. Dans l’antichambre, debout, dos tournée, contemplant la cour par la fenêtre, se tenait une grande asperge blonde, cheveux courts, bien foutue, moulée dans un jean délavé. Je me posais sur un fauteuil sans qu’elle ne prenne la peine de se retourner. L’huissier me fit signe que je pouvais entrer. Yves me tendait la main Comment la trouve-tu ? Face à mon air étonné il souriait la belle plante que tu as croisée dans l’antichambre. Je bougonnais pas mal de dos mais ne me dit pas que tu m’as affecté cette nana ! Il haussait les épaules c’est tout ce que j’ai de disponible en magasin mais je t’en prie  ne ronchonne pas Adeline est une perle…

Partager cet article

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
commenter cet article

commentaires

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents