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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 07:00

Quatre jours de soleil d’affilée nous sont tombés dessus, d’un seul trait fin qui a déchiré cette saloperie de gangue grise et molle, explosé l’ennui des jours trop courts, instillé le renouveau. Sous les oripeaux fatigués de l’hiver la sève bouillonnante et vive boute, les corolles s’ouvrent, les compas se déploient, je revis. Que faire à la sortie de l’hibernation ?  Plus envie de divaguer, de perdre mon temps avec tous ces petits calibres, ces minables sans envergure, loin de tout, loin de nous, revenir à l’essentiel. J’ai besoin d’appuis pour changer de pied sans pour autant m’esquiver, fuir, et je ne sais encore si je vais les trouver. État de latence, entre-deux incertain, je n’attends rien de très précis mais je suis aux aguets, inquiet. La frivolité dans laquelle je me suis installée m’a amolli. J’ai pris goût à la facilité. Me laisser vivre, me contenter d’être spectateur, de manier une ironie distante et creuse, de me tenir à distance, tout en assurant l’intendance de la maisonnée ça a été ma manière lâche de me planquer. Des excuses j’en ai une pelletée. Ce pays se complaît dans la grogne, l’aquoibonisme, les querelles subalternes, sensible aux discours les plus stupides, les plus réducteurs. Nos dirigeants sont des pleutres, chassant en meute, dépourvus de projet, simple chasseur de voix, incapables d’assumer les choix difficiles obsédés qu’ils sont de leur réélection. Le livre de Le Maire, Jours de Pouvoir, m’a plongé dans l’affliction. Ce garçon intelligent, trop sans doute, entré en politique avec une cuillère en argent entre les dents, s’est comporté comme un brave gentil toutou aux ordres de son maître agité. Inquiet de ses réactions, toujours prêt à ployer le genou, à boire ses longs monologues, incapable de l’interrompre, de le sortir de ses obsessions, de contrer les arguments de sa garde rapprochée, il vient maintenant nous donner la leçon. C’est indécent. C’est se moquer de nous. Nous prendre pour des cons. Sans vouloir ironiser le père Le Maire il aurait dû titrer son livre Jours d’avion, vu que son maître, lui et quelques autres courtisans passaient leur temps dans les Falcon de la République, à aller câliner leurs électeurs.


Je déraille un peu mais, comprenez-moi, lorsque je lis les propos sur la situation politique en Italie de ce belle esprit, qui s’est contenté de recueillir l’héritage de Jean-Louis Debré dans l’Eure, je suis stupéfait. Je pourrais en rire mais je n’ai même plus envie de rire.  Notre belle pousse élevée sur le riche terreau de nos grandes écoles nous dit, droit dans ses bottes « L'Italie a été gouvernée pendant un an par un homme qui n'avait pas été élu par le peuple. Dès la nomination de Mario Monti au poste de président du conseil, fin 2011, j'avais dit : « Attention, c'est prendre un risque politique majeur. » Par leur vote, les Italiens n'ont pas seulement adressé un message à leurs élites nationales, ils ont voulu dire : « Nous, le peuple, nous voulons garder la maîtrise de notre destin. » Et ce message pourrait être envoyé par n'importe quel peuple européen, y compris le peuple français. C’est beau comme une déclaration courageuse mais ça n’en est pas une. Les dirigeants des deux bords me saoulent avec leur perspicacité, leur lucidité retrouvée lorsqu’ils ont quitté les ors du pouvoir. Là tout redevient possible. Leur mutité disparaît. Leur voix porte loin. Ils sont le recours. « Oui, et en même temps, il y a quelque chose de sain dans cette réaction : c'est un appel à plus de démocratie. Les peuples européens sont en détresse. Les jeunes n'ont aucune perspective. Des chômeurs s'immolent devant Pôle emploi. Des associations caritatives ne parviennent plus à fournir ceux qui ne mangent pas à leur faim. Et que fait l'Union européenne ? Elle oppose sa splendide indifférence. Son attitude nourrit le populisme. Pour sauver l'Europe, il faut une autre Europe. »


« Nous avons perdu parce que nous avons manqué d'audace. Si nous étions allés au bout de nos convictions, nous aurions eu le respect de nos électeurs. Nous devons avoir pour obsession de faire réussir la France dans la mondialisation, de redresser les capacités de production et de travail afin que chacun trouve sa place. Cela suppose de changer radicalement de modèle, de bousculer les avantages acquis, y compris sur la scène politique». Ça me saoule cet éternel couplet. J’en ai marre, plein le cul de ces jeunes loups aux dents longues qui vont renverser la table, tout changer, pour bien évidemment se coucher si le chef siffle la fin de la récré.  Là j’ai décidé d’abaisser le rideau de fer de ma boutique. De faire un retour sur moi-même. Fini de batifoler dans les soupentes de l’UMP, à la terrasse des cafés. Je me remets à l’écriture. Lever matinal. Vie monacale. À nouveau souffrir. Cesser de virevolter, d’aligner des phrases faciles. J’envisage de partir. De quitter ce pays. De m’exiler. De m’embarquer sur un cargo mixte. Simples velléités post-hivernales ou réel désir de rupture, comme toujours chez moi les contours restent flous mais j’ai la certitude que le hasard va m’ouvrir à nouveau une large fenêtre. Là il ne sera plus temps de tergiverser. Y aller ! Et j’irai. Tous mes virages à 180° je les ai pris ainsi, brutalement, seul, déterminé et serein. J’aime me faire peur. Voisiner le précipice, inconscient, hors tout calcul. Je me dis aussi que ce sera sans doute mon dernier virage. Après, il n’y aura plus d’après, plus de perspectives, l’espace va se rétrécir. Plus personne ne pourra avoir de prise sur moi…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

jmPaul 10/03/2013 21:48


Allez Jacques, soyez plus léger ...Un petit voyage , en Italie par exemple.

JACQUES BERTHOMEAU 10/03/2013 22:01



Je signale à mon honorable lecteur que le narrateur de cette histoire ne raconte pas mon histoire... ce n'est pas une autobiographie



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