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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 07:00

Il neigeait. Les accros de la bagnole s’accrochaient à leur bagnole comme des morpions et revenait le refrain des naufragés de la route. C’est lassant à la fin. Oui, tout à coup, d’un seul coup, une armada de petits hommes orange chevauchant saleuses et déneigeuses devraient se déployer sur tout le territoire jusqu’au plus profond  des routes départementales pour ouvrir la voie à leurs sacro-saintes bagnoles. Les mêmes qui gueulent contre le coût exorbitant des services publics, pas grave il suffit de claquer des doigts pour qu’apparaisse une génération spontanée de fonctionnaires et plein de camions qui se rendormiront pour le restant de l’année. Du côté des poids-lourds, comme d’ordinaire, gros bordel, il suffit qu’un seul se mette en travers et c’est l’accumulation dans l’entonnoir autoroutier. Chœur des râleurs : faut anticiper ! D’accord les gars, mais qui va payer la facture ? Bref, tous les y’a ka et les faut qu’on se retrouvent dans la même galère et ça plaît beaucoup aux petits cons des informations. Reste les parigots têtes de veau qui braillent parce que leurs trottoirs sont des patinoires : mais que fait cette putain de municipalité ! Y z’ont oublié, l’ont-il d’ailleurs su un jour, qu’à Paris, les riverains doivent déneiger devant leur porte : c'est la règle. Bon, il ne faut pas faire n’importe quoi comme utiliser de sel si des arbres sont plantés sur le trottoir! La règle est pas toute jeune, c’est un arrêté de 1937, modifié en 1981 « En temps de neiges et de glaces, les propriétaires ou leurs préposés, les locataires, les occupants, à quelque titre que ce soit, les affectataires de bâtiments, d'immeubles d'habitations, de boutiques ou de magasins, et généralement de tous les locaux ou terrains ayant immédiatement accès sur la voie publique, sont tenus de balayer la neige après grattage au besoin et de casser les glaces sur toute la longueur du trottoir bordant la propriété » et ce, sur une largeur de 4 m. Bon, autrefois c’était les concierges qui se tapaient le boulot. Bref, plus personne dans ce foutu pays veut se retrousser les manches, c’est plus simple de rouscailler contre les agents de la Ville de Paris qui doivent tout de même se taper le traitement des 2400km de trottoirs  et, bien sûr, de la plupart des voies de circulation. J’oubliais, en plus faut payer le sel.


Moi j’avais endossé ma canadienne, chaussé mes Uggs, mis mon bonnet et m’en étais allé faire les courses à pied. J’avais une envie de pot-au-feu et de moules de bouchot. Pour ses dernières je craignais le pire vu l’état de la circulation des camions du côté de l’arc nord-ouest. Je pointais mon nez emmitouflé rue Daguerre et là, sous mes yeux émerveillés, l’étal du poissonnier n’exhibait que des merveilles. La profusion ! Tous les poissons étaient couchés côte à côte, impeccables, pas une ouïe qui dépassait ; les crabes et les langoustines, comme des chars dans le désert semblaient attendre l’ennemi. Et puis, ô chance, un beau tas de moules de bouchot me tendait les bras sauf qu’il régnait dans la poissonnerie une étrange atmosphère, lourde, silencieuse, figée. Je restais planté, face à cette immobilité, la tête sous les flocons qui voletaient lorsque surgissait une espèce de mégère mal coiffée, serrant entre ses moufles un gobelet en plastique empli de café fumant « Aujourd’hui ici on ne vend rien, on tourne un film ! » La voix de poissonnière lui allait bien au teint. Interdit, stupéfait, déjà en manque de moules alors que toutes ces moules entassées me narguaient, j’envisageais de l’étrangler. Je pestais. Je bougonnais. J’invoquais le refus de vente tout en m’éloignant pour quérir les bas-morceaux de mon pot-au-feu. Chemin faisant je me disais, qu’avec la chance que j’avais, peut-être que mon boucher n’aurait plus de queue. Ne vous méprenez pas mesdames il s’agit bien sûr de l’ingrédient indispensable à tout pot-au-feu qui se respecte : la queue de bœuf. J’entrais dans l’échoppe, m’ébrouais et mes yeux découvraient vite deux beaux paquets ficelés de queue de bœuf. J’étais rasséréné. L’optimisme me ressaisissait. Le garçon qui me servait n’y allait avec le dos de la cuillère côté poids mais, vu le prix des morceaux, ce n’était pas bien grave. Pour faire bon poids il me flanquait 5 os à moelle. Je raquais et je retournais dans le blizzard. Bien obligé de repasser devant la poissonnerie où j’allais encore me faire du mal, amplifier mon manque de moules. Ça s’agitait comme toujours sur un film. Y’a des gens qui couraient dans tous les sens. Manque pas de personnel la production, l’acteur principal lui grognait en lâchant « qu’il se gelait les couilles » Vénère je me jurais de ne plus jamais aller voir ses films mais comme je suis incapable de mettre un nom sur sa tronche de con c’est sans doute un vœu pieu. Je me rassurais en me disant que ce devaiit-être une série pour la télévision. Je ne regarde plus la télévision.


Je me suis remis à écrire. C’est dur. Je suis mou. En épluchant les légumes de mon pot-au-feu, carottes et navets, je n’avais qu’une seule idée en tête aller me recoucher. Faut dire que je m’étais levé à cinq heures. J’avais fait mon café, pressé mon jus d’orange et beurré mes tartines. Le silence, et tout ce blanc en bas dans la cour, les taches jaunes des lampadaires, j’aimais ce moment où je constatais que j’étais toujours en vie. Mon rituel est important car il me raccroche à une geste qui me persuade que je me dois d’écrire. L’évidence de ce devoir ne m’étreint guère, certes j’aime écrire mais m’astreindre chaque jour à ce devient un labeur me pèse. Même si je suis une vieille carne j’ai des désirs de cheval fou. Désirs étrangement attisés par une jeunesse qui s’accroche à mes basques. Au début ça m’a surpris. Et puis, ça m’a plus. Enfin ça m’a fait un peu peur. Mon café est bouillant, je le lapais par fines gorgées. Sur mon écran je consultais les nouvelles du jour. Le temps était venu de fermer les écoutilles pour écrire. Ce matin la productivité avait été nulle, j’avais la tête ailleurs. Mes légumes cuisaient à part. J’écumais mon pot-au-feu. Ça sentait le chaud, le bouillon. Mon téléphone sonnait. C’était le big boss de la Grande Maison. J’étais requis pour traiter le dossier Beppe Grillo. Il les inquiétait. J’étais celui, selon lui, qui pouvait le mieux décrypter son logiciel. Ma réponse le faisait tousser « il n’a pas de logiciel… il n’est que l’une des faces des deux populismes italiens… l’autre étant celle de l’indestructible Berlusconi » Pourtant j’acceptais de me rendre à la cellule mis en place. « En effet, à la différence des Indignados espagnols ou portugais, le sacre de Beppe Grillo peut traduire la métamorphose de l'indignation stérile en une protestation politique concrète. Cette victoire incommode, mais prévisible quelques semaines avant le scrutin, témoigne de l'existence d'une nouvelle forme de « populisme de la rage » qui peut se diffuser en Europe si on admet que la Péninsule est une sorte de laboratoire politique. » Je partageais l’opinion de Jacques de Saint Victor, l’historien. Mon pot-au-feu bouillottait, allaient-ils encore m’entraîner dans leurs coups tordus ? Ce n’était plus de mon âge mais je me connaissais… fataliste…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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