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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 07:00

Lorsque mon jeune complice de bord de zinc Tom, 35 ans, un beau mec bien foutu, intelligent, bourré d’humour, simple et impertinent, à qui tout réussi, m’a dit alors que nous sirotions une Suze au bar des cheminots de Championnet, « sois sympa vieux frère viens dîner avec moi chez la comtesse de L. » je n’aurais pas dû céder. C’était un affreux traquenard qu’il me tendait. Dire après coup « si j’avais su je n’aurais pas venu » relèverait de l’hypocrisie la plus noire car, même si je ne savais pas où me mettre, comme on dit chez le populo, j’avoue que j’ai vécu un grand moment. Samedi soir donc, j’avais passé une belle chemise blanche et sorti un beau pantalon de velours j’ai rejoint Tom au bas d’un bel immeuble haussmannien situé tout près du Parc Montceau. Pour finir de me convaincre de venir Tom m’avait fait un portrait très flatteur de la comtesse, une vraie, très bavarde, plutôt bien roulée. En revanche il s’était bien gardé de me tirer le portrait du comte qui se révéla être un grand dadais prétentieux et ennuyeux alors que la comtesse, elle, avait un grand désir de plaire et elle me séduisit de suite. Belle famille, six enfants, le modèle déposé Frigide Barjot à exhiber dans les manifs anti mariage gay. C’est ce petit salaud de Tom qui, dès le champagne sifflé, brancha la conversation sur le sujet. Comme ça me faisait profondément chier je me contentais de saisir, à chaque fois qu’elle les portait sur moi, les yeux langoureux de la comtesse qui, avec une vaillance de bonne épouse, opinait gentiment aux propos outranciers de son imbécile d’époux. Elle les portait souvent et je les affrontais. Le mariage indissoluble, la fidélité, la quasi-copulation rien que pour enfanter, nous en étions abreuvés, même saoulé. La comtesse me plaça à sa droite et je pus plonger cette fois-ci mon regard dans l’échancrure de son corsage dont l’un des boutons avait, par l’opération du Saint Esprit, sauté. Face à un tel état d’abandon j’envisageais sérieusement de lui faire du genou, et même, profiter du peu d’intérêt que lui portait le père de ses enfants pour pousser mon avantage lorsqu’elle ferait mouvement à la fin de notre dîner.


Ce que je fis à l’heure du café. Je proposai mes services à la comtesse qui venait de donner congé à la bonne. Son large sourire fut une invite et je la suivi jusqu’à l’office. Pendant qu’elle s’affairait je la fis volter. « Vous me plaisez… » Son peu de résistance aurait pu m’inciter à aller de suite plonger vers les richesses de son corsage. Je m’en gardai bien, les saintes femmes sont redoutables et je ne me voyais pas forniquer sur un coin de table pendant que son époux s’époumonait. Avec un air de sainte nitouche, tout en me serrant très fort la main, les joues un peu enflammées, elle me murmurait sur un ton de vierge effarouchée, « vous êtes un redoutable flibustier… j’aurais plaisir à ce que vous veniez au château…» Sa fausse naïveté, sa poitrine palpitante, me désarmèrent plus encore. Sans la quitter des yeux je me contentai de lui rétorquer que certes j’adorais l’abordage mais que les goélettes sans défense ne m’y incitait guère. La comtesse rougissait plus encore. « Vous êtes encore plus redoutable que je ne le supposais. Vous allez me faire du mal… » Je ricanais « et je suis sûr que vous allez adorer ça… » Son soupir soulevait sa belle poitrine « je suis si inexpérimentée mais j’ai besoin d’un tendre ami… » Cette répartie me plongeait dans un abîme d’incompréhension et, un peu goujatement je lui répliquais « vous souhaitez que je vous tienne la main… » Sa réponse, pour quoi faire, alors qu’elle s’affairait avec la théière faillit me faire lui rétorquer « pour la guider là où elle a envie d’aller… » mais je ne souhaitais pas qu’elle en profitât pour me prendre au mot. Notre petit jeu lui plaisait vraiment et j’avais le sentiment que la comtesse, loin  d’avoir envie de se faire sauter, avait très envie d’être aimée, cajolée, comme une petite fille.


Au salon, le maître de maison, continuait de pérorer. Je poser mes fesses sur le canapé et la comtesse, son service fait, vint se nicher à mes côtés en dévoilant cette fois-ci une belle part de ses cuisses. Pour la forme, elle tirait, sans succès le tissu de sa jupe droite. Tom arborait un large sourire qui me fit l’effet du calme qui précède la tempête. Il renvoyait mollement les lourdes balles du comte tout en sirotant du bout des lèvres son thé. La comtesse semblait en état de suspension gazeuse. Moi j’en avais ma claque de subir la logorrhée fielleuse du comte et je tentais de faire comprendre à Tom par petits signes que j’aimerais que nous prenions congé. Le sale petit con faisait comme si de rien n’était. Le genou de la comtesse pesait à rythme régulier sur ma cuisse mais je restais de marbre. Je me levai pour aller aux toilettes. Comme mue par un ressort la comtesse jaillissait du canapé pour me guider dans l’immensité du 300 m 2. Je redoutai le pire mais, hormis que dans le long couloir elle me prit la main, je pus satisfaire à mes besoins naturels sans passer par une autre case. Mon retour fut solitaire. Tom était debout, droit comme un I. Le comte manifestement stoppé dans son élan le contemplait avec une inquiétude perceptible. Je restai en retrait. Tom dégoupilla sa grenade avec calme et sang-froid. Sa déclaration fut brève «  J’étais venu vous demander la main de votre fils, Charles-Edouard, mais je m’en garderai bien car Monsieur le comte vous êtes une grosse merde qui pue. Désolée madame la comtesse, mais je vous plains… » L’insulté était au bord de l’apoplexie, moi totalement abasourdi et la comtesse ailleurs. Tom me pris par le bras pour me tirer jusqu’au vestibule où nos pelures nous attendaient. Nous plongions dans l’escalier alors que la porte claquait dans notre dos.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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