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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 07:00

Contrucci rentrait d’Auray par le train. Il pestait. Parti à 07h21 dans un Intercités pour rejoindre Redon, il avait changé à 8h05 pour monter dans un TER : direction Rennes. Arrivé à 9h03, le pauvre était tombé dans la nuée des supporters du Stade Rennais qui se rendaient à Paris pour assister à la finale de la Coupe de la Ligue au Stade de France. Du bruit, des cris, de la bousculade, de la charcutaille, des écharpes ridicules, tout ce qu’il  détestait. Même en première dans le TGV, il avait dû « supporter les supporters », sic, pire vue la cohue il n’avait pu conclure avec une grande brune aux gros nichons, qui se faisait tellement chier  à côté de son con de mari plongé dans l’Equipe et qui n’avait cessé de lui poster des œillades appuyées. Elle s’était pourtant levée pour se rendre aux toilettes, tortillant son cul levé de pouliche enveloppé dans un pantalon tube, et il l’avait rejoint sans pouvoir se glisser dans l’habitacle. Trop de monde sur la plate-forme, il l’avait attendu sur le pas de la porte. Lorsqu’elle était sortie il ne s’était pas écarté. Ça avait beaucoup plu au grand cheval qui, en minaudant, avait forcé le passage poitrine en avant zozotant un timide « le bar c’est z’où ? » Contrucci l’avait précédé. Elle tanguait et, à plusieurs reprises, se raccrochait à lui. Ses grands ongles faits se plantant dans le gras de son bras. « Putain, la trique ! En plus elle embaumait le N°5 de Chanel. Une bombasse à retardement, genre fragmentation… » Dans le wagon-bar bondé, une fois la commande passée, elle s’était insérée entre deux groupes, et Contrucci avait dû carrément se plaquer tout contre elle. Elle lui avait glissé à l’oreille « Lorraine » toujours avec son zézaiement. En veine de confidences, elle ne lui avait pas laissé le temps de répondre, enchaînant « pour mon mari je vais chez ma mère mais en fait je vais rejoindre mon amant… » Contrucci ça l’avait refroidi mais elle avait ajouté, affichant un sourire plein de dents « vous me plaisez, j’en ai marre des jeunes cons. Envie d’un vrai homme ! » Elle avait prononcé z’homme en soupirant et elle avait ouvert son sac pour se saisir son IPhone qu’elle lui tendait « si ça vous dit de me revoir inscrivez vos coordonnées dans mes contacts. Contrucci s’était exécuté. Lorraine l’avait remercié puis l’avait embrassé à la manière des filles d’aujourd’hui, à la commissure de ses lèvres, fortement, avec insistance. Le Corse était tout chamboulé car cet enchaînement mettait le bordel dans son logiciel, d’ordinaire c’est lui qui  dirigeait la manœuvre. Elle l’avait planté, sans même tremper ses lèvres dans son jus d’abricot et, après quelque pas, s’était retournée, avait levé la paume de sa main droite à hauteur de son menton, doigts tendus, et lui avait soufflé un baiser. Contrucci ne s’en était pas remis. Le reste du voyage fut un réel calvaire, Lorraine, plongé dans Voici, ne l’avait gratifié d’aucun regard. Arrivée à Montparnasse, sur le quai, après avoir laissé son mari en plan, elle avait galopé vers la station de taxi et avait disparu dans le fond d’une Mercédès noire qui n’était pas un taxi.


Contrucci se lamentait « Quand je pense qu’elle en train de se faire sauter par un jeune con, j’en suis malade… Mais qu’est-ce qu’elles ont dans la tête les gonzesses d’aujourd’hui. Elles te lèvent. T’excitent à mort. T’envoient un baiser de midinette avant d’aller, comme si de rien n’était, rejoindre un petit mec à peine sorti des jupes de sa mère. Ça me dépasse… » Pour le consoler je lui servais un double Scotch, son Lagavulin 16 ans d’âge, fleuron des single malts de l'île d'Islay très tourbé et iodé et tentait de le détourner de son obsession ferroviaire en me la jouant connaisseur appréciant sa couleur vieil or à reflets ambrés, vantant le nez ample marqué par des notes animales et d'orge fumée, avec une très légère trace de tourbe onctueuse, soulignant qu’en bouche son côté tourbé révélait des notes marines de poisson fumé sur fond de réglisse. Pour la finale je pataugeais un peu mais Contrucci toujours sur ces rails me balançait, les yeux dans les yeux, après sifflé son Lagavulin « Tu me donnes les moyens de la retrouver pour que je me la fasse ce soir. J’en peux plus camarade j’ai les gonades en fusion… » Estomaqué mais pas étonné, je faisais tournoyer d'une main experte mon fond de scotch. Je prenais mon temps. Contrucci se taisait mais je le sentais très à cran. Il fallait que je fasse tomber la pression.


-         Et tu la retrouves comment ta Lorraine

-         J’ai l’adresse de son puceron sauteur par le fichier des cartes grises

-         Ok et tu fais quoi ?

-         Je l’enlève !

-         T’es sérieux…

-         Sérieux de chez sérieux mais je ne peux pas faire ça en solo. J’ai besoin de deux assistants…

-         T’as mesuré le risque si ça foire ?

-         Oui je prends tout sur moi…

-         Et tes deux porteurs de valise t’en fait quoi ?

-         Je les largue à la première alerte…

-         C’est du bricolage ton plan…

-         T’as mieux en magasin ?

-         Oui, moi !

-         Tu ferais ça pour moi…

-         Intéressé par la seule vision de ta pouliche…

-         Concurrence ?

-         Non simple curiosité…

-         Je prends.

-         Et notre IP 88.169.161.196 comment va-t-il ?

-         Comme une grosse mouche verte il se cogne contre les parois de notre cercueil de verre.

-         Tu m’as rapporté du Rayas

-         Oui, mais vu les tarifs, deux quilles seulement…

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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