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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 07:00

La grande lessive dans la Grande Maison et à la PP  n’y surprit personne, surtout pas moi qui la contemplait tout à la fois de très près et avec un très grand recul. Gaudin je le connaissais bien le vieux renard pour l’avoir pratiqué au temps où il était Préfet du Gard, habile et retord, tout à fait le profil pour se glisser dans les plis et les replis de la place Beauvau et prendre la bonne roue au bon moment. Par construction les Préfets ont l’échine souple, pour eux le concept de grands serviteurs de l’Etat est inadapté car, révocable ad nutum, ils servent le pouvoir en place. L’important pour eux est de plaire au Prince, et le dernier en date, plusieurs fois locataire de la maison poulagas, y était plus que sensible puisqu’il ne supportait pas la moindre manifestation au cours de ses soi-disant déplacements sur le terrain. Gaudin, comme les autres sbires, se sont moulés dans le mode de fonctionnement de l’homme qui ne pouvait que doper leur carrière. Nulle idéologie derrière tout ça, simplement le nécessaire opportunisme condition nécessaire pour sortir de l’ombre, ne plus se morfondre en Province, goûter les joies de la proximité du pouvoir. Ce brave pépé Gaudin, le foutre dehors de son joujou de la PP à un an de la retraite, tout le monde se gondole, ça ne fait pleurer personne. Quant à son successeur, lui aussi, je l’ai côtoyé de très près mais dans des lieux et des circonstances que je me garderai bien d’évoquer ici.


Reprendre le fil de mon histoire italienne me pesait, je ne savais plus par quel bout la prendre, sauf peut-être à évoquer mon mariage avec Chloé à mon retour à Rome, un mariage religieux de surcroît, avec Francesca et Lucia comme témoins. Chloé le voulait, sans plus d’explications. Nous vivions une période si troublée, sans grands repères, que je reste persuadé que cet étrange mariage constituait pour Chloé l’ultime tentative pour se raccrocher à une forme de bouée de sauvetage. Elle ne voulait pas donner le sentiment, à la bande de connards pour qui elle se sacrifiait, broyait sa vie, de les abandonner, de quitter leur foutue galère. Francesca et Lucia le comprirent très vite et, comme ni l’une ni l’autre n’avait caressé l’idée de m’épouser, ce que je comprenais parfaitement, elles jouèrent le jeu avec beaucoup d’élégance. N’allez surtout pas croire que je tirai profit de cette situation pour jouer le sultan dans son harem ; je fus chaste sans en faire le serment à mes compagnes. Je m’employai donc à plein temps à tisser au tour de Chloé une trame de plus en plus serrée pour la convaincre de se tirer au plus vite de ce guêpier. Prêt à tout pour réussir dans mon entreprise je me portai volontaire pour tous les coups de main risqués et je me transformai en braqueur de banques. Ce stratagème me permit de gagner du galon et d’approcher au plus près du cœur des BR. Mon plan était d’une grande simplicité : retourner contre eux, le moment venu, leur méthode favorite : l’enlèvement. Chloé serait la cible. Le coup signé de l’extrême-droite. Ne resterait plus alors qu’à éliminer Chloé, la rayer des cadres par une exécution sommaire accompagnée d’un corps balancée à la mer : la bonne vieille méthode de nos militaires pendant la bataille d’Alger. La plus difficile à convaincre, je le savais, eut été Chloé, c’est pour cette bonne raison que je me gardai bien de la prévenir de mes intentions.


Le destin se chargea de foutre mon beau plan par terre et de la pire des façons. Tout, comme trop souvent, s’était joué dans un enchaînement funeste. Nous devions, Chloé et moi dîner. Je revenais d’une mission. Mon train accumula des retards inexpliqués et inexplicables. J’arrivai à Rome avec deux heures de retard. Chloé pendant ce temps-là recevait un appel d’un de ses contacts pour aller récupérer des camarades isolés dans une ferme manifestement repérée par la police. Si j’avais été présent je me serais opposé à ce truc insensé qui puait le traquenard. Mes deux alliées, Francesca et Lucia, n’avaient pu faire barrage car sachant que Chloé et moi dînions « en amoureux » elles s’étaient éclipsées pour faire du shopping. Le mot que Chloé me laissa sur la table de la cuisine témoignait de son goût immodéré pour le romantisme révolutionnaire et pour sa volonté d’expier les fautes de sa mère grande consommatrice d’hiérarques fascistes. J’en aurais pleuré de rage mais j’étais impuissant. La nasse était idéale : une ferme isolée au bout d’un chemin de terre, des bosquets tout autour pour se planquer. La Fiat de Chloé arriva à la tombée de la nuit, les flics la laissèrent bien sûr passer. Les trois occupants de la ferme se précipitèrent pour s’embarquer. L’un d’eux tenait un pistolet à la main. Y eut-il des sommations ? Officiellement oui, mais j’en doute. La fusillade éclata. Chloé chopa une balle en plein front. À la morgue, toujours aussi belle dans son linceul administratif, ce point étrange, sans dégât apparent, simple impact mortifère, m’emplit d’une rage froide et meurtrière.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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