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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 07:00

Et puis, un soir de mai, ce fut la gare de Lyon quasi-déserte, à quai le long train de nuit Paris-Turin-Milan où les confortables single de la Compagnie des Wagons-lits voisinaient avec les affreuses couchettes de seconde de la compagnie italienne, des quasi-ruines inconfortables. Le couloir de mon wagon empestait la chaussette rance et le tabac froid des pauvres en transit. Dans mon compartiment les 5 autres couchettes étaient occupées par un couple et ses trois enfants, ça sentait le lait caillé mêlé au parfum à deux balles de la mère, une brune à la lourde poitrine qui commençait à s’empâter. Francesca, belle comme un cœur, m’accompagnait. Sur le quai les regards des mâles majoritaires la déshabillaient sans vergogne. Elle se suspendait à mon bras, l’air effarouché. Pour tout bagage j’avais un grand sac de marin où j’avais enfourné le strict nécessaire d’un militant internationaliste en cavale. Mes nouveaux camarades vivaient dans l’angoisse de l’infiltration et j’allais devoir leur donner des gages pour lever leurs soupçons. Bien sûr la caution de Chloé et mon passé de fouteur de merde, constituait pour moi des atouts mais elle m’avait prévenu que cela ne suffirait pas à m’introduire dans les arcanes de leurs cellules action, il me fallait gagner leur confiance. Face à la promiscuité de mon compartiment Francesca me murmurait « et si tu faisais le trajet en single jusqu’à Turin, au moins tu dormirais... » Je la serrais tout contre moi. « A la guerre comme à la guerre ma belle, il me faut arriver chez ces dingues aussi frais qu’un merlan qui a connu l’épreuve d’un long transport... » J’ajoutai « Je n’ai pas l’intention de dormir. Il me faut le temps d’endosser ma nouvelle identité... »

 

Je n’aime pas les adieux. Francesca dut, à ma demande expresse, repartir avant que le train ne s’ébranle. Notre étreinte fut longue et quasi-sauvage. L’ombre de Chloé pesait sur nos adieux et je sentais dans la rage de Francesca la marque de la jalousie. Me partager avec une autre, elle le tolérait mais entendait rester la préférée. J’avoue que je les aimais toutes les deux sans l’ombre d’un remord. Le train fit une longue halte en gare de Dijon. J’en profitai pour aller retrouver au bar du wagon-restaurant de la rame CWLT l’un des pontes de la Grande Maison qui avait décidé de s’offrir du bon temps à Venise avec une jeunette. Il frétillait tel un gardon, gominé comme Rudolf Valentino, empestant l’eau de toilette, en col roulé, sa suffisance faisait plaisir à voir. Bon prince je ne lui fis pas remarquer qu’il avait sagement laissé sa conquête dans son T1. Octave Lebon, Contrôleur Général, me tendait sa main aux doigts manucurés : « Comment va notre indépendant ? » me lançait-il arborant un sourire en or massif. Je ne sais pourquoi j’ai toujours nourri une prévention pour les types qui étalaient une dentition couronnée en or jaune pétant. Le bel Octave complétait le tout en or par une lourde gourmette, une chevalière massive et une chaîne où pendait une médaille de la Vierge. Une vraie caricature mais je n’en avais que faire, seule sa position centrale dans la Grande Maison m’intéressait. En bon politique ce cher Octave Lebon cultivait l’ambigüité avec un art consommé ce qui lui avait permis de traverser toutes les coups de torchon qui avaient perturbés la Grande Maison lors de l’arrivée des gaullistes au pouvoir. Je n’étais pas dupe de l’amitié qu’il déclarait me porter, mes relations dans le premier cercle du pouvoir lui apparaissaient comme un gage suffisant pour qu’il puisse affirmer me tenir sous sa protection. Moi ça m’arrangeait et je le flattais en lui faisant partager des informations de première main. « Je pars au front, commandant ! »

 

Lebon nous commandait deux Cognac tout en me tendant son étui à cigares. Il adorait que je lui donne du commandant. Il se rengorgeait. Ma présence dans ce wagon le comblait d’aise. Il croyait m’avoir convoqué alors que c’était moi qui avais monté le coup avec la complicité de sa nouvelle dulcinée. Les hommes, même ceux dont c’est le métier, ne se méfient jamais des jolies et jeunes femmes qui leur tombent soudain dans les bras. Victorine, que j’avais croisée dans un dîner en ville, payait ses études grâce aux largesses de vieux barbons du style d’Octave. C’est Francesca qui l’avait repérée et, lorsque je lui en fis la proposition, elle fut de suite partante pour ferrer Monsieur le Contrôleur Général. Celui-ci se révéla un pigeon idéal. Victorine le menait par le bout du nez. Le retour sur investissement me disait-elle est excellent car Octave se révélait un bien piètre amant mais l’entretenait sur un bon pied. L’escapade à Venise venait de nous. Lebon s’étalait, bedaine avantageuse, tirant par petites bouffées sur son Puros pour ne pas l’échauffer. « Mon jeune ami je sais que vous n’êtes pas maçon mais vous d’autres cordes à votre arc. En Italie, la pression monte sous le couvercle de la marmite politique, Moro et Berlinguer veulent desserrer l’étreinte en matérialisant leur « compromis historique ». Pour nos frères de la Loge P2 et le Haut Commandement, un communiste reste un communiste même s’il a pris ses distances avec Moscou. Le bordel que fiche les groupuscules d’extrême-gauche sert nos amis qui souhaitent rétablir l’ordre dans le merdier qu’est devenu leur pays. Alors vous comprenez que votre entrisme nous intéresse car, contrairement à ce qui se passe en France, où les jeunes branleurs de la Gauche Prolétarienne se laissent facilement infiltrer, ici ce sont les mecs des usines qui tiennent les intellos. Nous comptons beaucoup sur vous.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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Luc Charlier 25/12/2011 23:14


Où est Graziella, euh non, Barbarella, ou plutôt ... Ramayada ? Je m’embrouille : trop de booze, trop de gnôle dans
cette taule. C’est Francesca que je veux. « J’veux de l’amour », chante avec désespoir Raymond van het Groenewoud, « maintenant, tout de suite, nu, heute, Godverdomme
.... ».


Dix jours de belgitude, dont deux à Waterloo, un dans le « Pajottenland », berceau de la Kermesse Flamande de
Pieter Bruegel, et quatre au moins dans mon Westhoek à moi.


Une heure cinquante minutes pour aller d’Ohain (en chemin, j’ai eu un petit creux et ai dû m’arrêter pour le caler) à la Place de
Brouckère où le pavé regorgeait d’omnibus : les gens ne s’empiffrent plus, ils achètent des gadgets électroniques et se garent n’importe où pour atteindre les points vente. Il s’agit
sûrement des Riches Heures du duc de Blackberry ! Belgique, ton germanisme fout le camp sous les coups de bouttoir de Di Rupo, le bouffon des Saxe-Cobourg. J’ai bien essayé
de fonder un nouveau parti, concurrent de celui du futur « maire » (Burgemeester chez nous) d’Anvers : le NW-A (Noordzee Wijn-Alliantie, l’Alliance pour le Vin de
la Mer du Nord) mais j’avais du vent dans les voiles alors qu’il aurait fallu marcher à voile et à vapeur, manifestement.


Ah, la nostalgie camarade !


J’ai attendu une heure sur la voie rapide qui longe Limoges qu’on déblaie la carcasse d’une Renault qui l’obstruait. Peut-être qu’il
faudrait surtout ... limoger le responsable de l’équipe d’intervention rapide. Et il n’y avait même pas de sang pour les amateurs de trash !


Par contre, au « Grunge Tasting », la douce Eva – Robineau, pas Braun - et ses acolytes nous avaient pourvus de
« trashoirs » en guise de crachoirs, c’est sympa. J’ai adoré l’organisation sauf qu’on ne m’a rien donné à bouffer. Notez que, comme j’avais oublié le stylo d’insuline dans ma besace,
c’est aussi bien ainsi. Je lance également un appel à l’Australienne (pas sûr mais vraisemblable d’après l’accent) aux gros seins et à la bouche sensuelle qui n’a pas fini de tout déguster:
stoppe ta fugue et imite Jean-Sébastien. Ben oui, quoi : « Baby, comme Bach ! ».

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