Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 08:00

Tout ici était en place pour une escalade de la violence qui ne pouvait que conduire à la violence armée car celle-ci se nourrissait des effets d’entrainement au sein de l’extrême-gauche italienne, d’une forme pure et dure de la concurrence : la valeur révolutionnaire s’éprouvait à l’aune des capacités guerrières des militants qui, par leur valeur physique, le mépris de sa vie, de soi, de la vie des autres, permettaient d’occuper la place centrale au détriment des concurrents. Cette compétition guerrière masquait le trop-plein d’idéologie et le vide absolu de l’évaluation des rapports de force, en se tenant dans le champ clos de la nébuleuse qui se voulait et se vivait révolutionnaire sur le mode Tupamaros. Les années 72-73 virent une forme de synchronisation du tournant militariste via la mise en place de services d’ordre musclés qui seront les viviers des clandestins. Ainsi pour PotOp : Potere Operario et Lotta Continua (LC) formant le terreau dans lequel les BR établiront leur suprématie sous la forme d’un oligopole de la violence nourri par la clandestinité. Celle-ci s’agrège, se centralise, se compartimente, afin de se rendre moins vulnérable à la lutte anti-terroriste, devient le refuge de tous les activistes en rupture et par le fait s’isole du réel, développe de pur réflexe de survie, de la violence pour la violence forme d’un fonds de commerce sans autre débouché que lui-même.


Les textes de la Direction stratégique des BR, sérieux comme des culottes de peau mes petits camarades révolutionnaires, ne déclarent rien moins qu’il faut transformer « le processus de guerre civile rampante… en une offensive générale… » pour la destruction de « l’ennemi » et faire barrage à l’hégémonie de la bourgeoisie impérialiste en passe d’anéantir la révolution en marche. Il ne manquait plus que le train spécial de Trotski et la levée des masses de Mao : l’alternative était claire mais rustre comme le dira Lauro Azzolini  « soit nous faisions cette guerre sérieusement, ou alors il valait mieux y renoncer… » En plus c’était faire la guerre à l’Etat donc tout miser sur la guerre civile, un affrontement généralisé. Pour bien s’emplir la tête de la dureté des BR il faut lire le témoignage d’Enrico Fezzi, professeur génois, membre des BR. Il raconte l’exécution filmée de Roberto Peci, frère du premier repenti de l’histoire du terrorisme. C’était le 30 août 1981, la gauche venait tout juste de revenir au pouvoir, ça semble loin mais moi, même si je n’avais participé ni de près, ni de loin à ces dérives, je garde tout au fond de moi le souvenir de ces visages de jeunes gens et de jeunes filles qui me ressemblaient et qui emportés par leur folle dérive se mueront en meurtriers de sang-froid. Mais, sans les excuser ni prendre en compte leurs justifications, même s’ils ont du sang sur les mêmes ils ne sont pas plus condamnables que tous les intellectuels qui les ont poussé au crime pour mieux se laver les mains à l’heure des comptes.


« À travers les images de l’exécution, le groupe s’éveillait à lui-même et entérinait le lien de la Terreur destiné à cimenter son unité. Il donnait un corps à l’idée que la lutte armée était en train de l’emporter parce que le pays était désormais au bord de la guerre civile : parce que l’antagonisme social avait déjà pénétré tous les pores de la vie et que rien n’en pouvait empêcher l’effondrement révolutionnaire. Le meurtre de Roberto Peci se nourrissait directement de cette folie. Les photographies prises durant l’exécution se veulent la mémoire de l’avenir, elles prétendent rejoindre les images les plus terribles des guerres civiles de toutes les époques et de tous les pays, celles de la guerre d’Espagne, celles de la Résistance. » Le PCI, face à cette escalade de la violence, ne commencera vraiment à réagir que plus tard. Il condamne mais estime toujours que le danger principal est constitué par la « subversion fasciste ». Ce n’est qu’en 1979, après l’affaire Moro, qu’il va s’opposer frontalement aux BR en menant une bataille politique pour défendre les institutions et la démocratie italienne. Il n’empêche que les BR continueront de bénéficier d’appui auprès des sympathisants du PCI. Paradoxalement, le PCI ne bénéficiera pas de cette attitude déterminée et courageuse contre le terrorisme gauchiste car sa défense de l’Etat remettra en selle de la Démocratie Chrétienne sans que le PCI n’apparaisse pour autant comme une alternative.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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