Dimanche 15 juillet 2012 7 15 /07 /Juil /2012 07:00

Que d’eau, que d’eau, des seaux, un ciel bubonique, des filles emmitouflées, à la moindre percée du soleil la ruée sur les terrasses, Paris déprimait, Paris dégoulinait, Paris s’enfonçait dans un aquoibonisme ronchon et moi je me préparais à mon changement de millésime en glandant. À dire le vrai je me planquais car, de bonnes âmes, à la Grande Maison, se chargeaient par les canaux habituels, de faire savoir sur la place de Paris que si j’y résidais en ces temps de changement ce n’était pas pour promener ma progéniture au jardin du Luxembourg. C’était pourtant cela que je faisais, à la moindre éclaircie, pendant que Jasmine écumait avec ses copines les allées du pouvoir de notre nouveau président normal. Afin d’éviter d’être joint j’avais gentiment déposé mon téléphone portable dans un tiroir de la cuisine et, au grand désespoir de Jasmine, elle ne pouvait me joindre que sur le téléphone fixe de certains bars où j’avais mes habitudes. Les seuls fils que je renouais c’était avec des copines que je retrouvais dans les dits bars. Ma chère et tendre épouse appréciait à moitié ces retrouvailles mais je désarmais sa jalousie naissante en lui disant que courir la peurtantaine n’était plus de mon âge, que j’aspirais à une vie rangée des voitures. Ce qu’elle ne savait pas, en revanche, c’est que par l’entremise de l’une d’elle je m’étais retrouvé un soir perdu au milieu d’une nuée de donzelles, qui toutes auraient pu être mes filles, et qui, à mon grand étonnement, ne m’avaient pas lâché d’une semelle.

 

Nous étions tous allés dîner, après le pinces-fesses organisé par un champenois un peu coincé du col car il avait aussi quelques châteaux à Bordeaux, dans un resto recommandé par l’une d’elle, chez Septime rue de Charonne. Les fillettes picolaient sec. Admiratif ! La tortore était de bonne facture. Dès que je me taisais elles me relançaient. Faut dire que je m’étais laissé aller à raconter mes histoires. Scotchées les petites louves aux ongles carminés, toutes plus belles les unes que les autres, mitraillant tout ce qui passait sur la table avec leur IPhone, tweetant à qui mieux mieux, buvant mes paroles avec des mines de vierges aspirant aux délices de la chair. Je dois avouer que toute cette fraîcheur luxuriante me fascinait. Dans mon for intérieur je me disais que pendant les Trente Glorieuses la bourgeoisie française et une bonne part du populo avaient bien nourris les parents de ces belles plantes, intelligentes, diplômées, vives, et que le résultat était à la hauteur. Loin des plantes en pot, entre fleurs sauvages et espèces cultivées toutes ces gamines me donnaient des envies de vivre d’une rare intensité. C’était comme un bain de jouvence, bien au-dessus de la ceinture qui m’animait. Je tentais de ne pas trop me laissé griser par cette manière bien à elles de m’émoustiller : à mon arrivée elles m’avaient toutes embrassées sur la bouche avec une gourmandise légère. Bon le pépère gardait son sang-froid mais sans pour autant réfréner son goût immodéré de se raconter.

 

Mes aventures du temps de la RDA leur donnaient des frissons, une forme d’extase comme si une brute de la Stasi leur effleurait les cuisses avec sa main gantée de cuir au fond  d’une de ces limousines dont les régimes de l’Est avaient le secret. Cabotin j’en rajoutais des louches. Je me payais la fiole de l’Angela la fille de l’est. Pour faire bon poids je développais ma théorie sur la dette de nos voisins allemands à notre égard. Ma démonstration en 3 temps leur passait un peu au-dessus de la tête mais elles ne m’en tenaient pas rigueur. J’étais leur Dieu. Donc premier temps : je constatais que c’était le Führer et la Wehrmacht qui avaient amené les soviets du père Joseph jusqu’à Berlin ce qui nous avait valu le rideau de fer et pour une flopée de pays un régime socialiste aux petits oignons. Ensuite, pour protéger nos à-nouveau amis allemands de l’Ouest nous nous sommes saignés au quatre veines pour nous doter de la bombe A et d’une armée plantureuse sur terre, sur mer et dans les airs. Pendant ce temps-là nos potes teutons se relevaient et mettaient tous leurs picaillons dans leurs industries dont les noms fleuraient bon le Grand Reich. Au temps de la guerre froide, des SS20, en RFA des mecs se trimballaient en gueulant : « plutôt rouges que morts ! ». Nos copains communistes français et leurs compagnons de route confirmaient le bilan positif de leurs amis des républiques populaires de l’est. Denier acte : patatras tout se cassait la gueule, le Mur s’ouvrait et laissait fuiter l’Angela. L’unification fut difficile mais elle permit l’érection de la Grande Allemagne un chouïa impériale. Conclusion : présentons la note de notre surarmement à la mère Angela, nous nous sommes beaucoup endetté aussi pour ça. Papy Michel Rocard, qui ne dit pas que des conneries, a mis le doigt où ça fait mal.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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