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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 07:00

Nauséabond, les relents de ce qui nous venait en lourdes volutes de France au travers de la presse que nous achetions au kiosque près de l’embarcadère du vaporetto empestait des pires remugles de cet éternel bubon d’une droite extrême, bien enkystée, plus du tout honteuse, bien au contraire propre sur elle, vindicative, recouverte des oripeaux de l’honorabilité, vérolant toute une frange de conservateurs inquiets, meilleur attrape petites gens, petits blancs, délaissés, déclassés, rejetés pour les pêcheurs de voix en eau trouble. Gerber, même pas, la chasse d’eau pour cette fiente nauséabonde et arrogante, non les ignorer, les mépriser, laisser cette engeance médiocre à ses petits calculs électoraux. Rétrospectivement nos inscriptions outrancières sur les murs de 68 contre le vieux Général me faisaient honte car lui, avec sa certaine idée de la France, c’était la vieille bourgeoisie vichyssoise, rance, alliée à la nouvelle bourgeoisie affairiste, avide de fric vite gagné dans de juteuses opérations immobilières ou autres affaires véreuses, qui lui avait donné congé. Le mouvement depuis les temps héroïques s’était accéléré pour atteindre la catharsis. Nous étions dans la pure fascination pour le clinquant d’un veau en plaqué or, obscène, Jasmine et moi avions décidé de devenir des expatriés apatrides. Nous paierions nos impôts dans notre vieux pays mais nous ne voulions plus partager son destin. Nous allions élever nos enfants loin de ce peuple, le nôtre, qui semblait vouloir s’en remettre à la pire des pentes.

 

Pour bien nous convaincre de la justesse de notre aversion nous sommes revenus , Jasmine et moi, pour une semaine à Paris. La ville dans sa hautaine suffisance ne nous révélait aucun symptôme de fièvre. Elle charriait son lot de touristes et les restaurants débordaient  de convives dont les cartes bleues semblaient largement approvisionnées. Tout ce petit monde semblait camper dans l’illusion sans vraiment se préoccuper de la réalité des estropiés de la fameuse mondialisation. Les rues n’étaient plus que des kyrielles de boutiques de fringues couteuses, de luxe tapageur, de gens hors du temps ou plus exactement ne vivant que dans l’instant avec une frénésie sordide. Le vieux monde offrait ses beaux restes, comme une pute fatiguée encore affriolante, aux nouveaux arrivants qui les consommaient sans vergogne, avec un mépris non dissimulé, avant de s’offrir de la viande fraîche estampillée made in China. Jasmine remontée comme une pendule me faisait des revues de presse en soulignant au stabilo les horreurs proférées par tout ce petit monde vivant hors le monde. Comment voulez-vous qu’ils nous comprennent, qu’ils ressentent ce que nous ressentons, alors qu’ils ne mettent jamais les pieds là où nous vivons, dans les transports, dans le quotidien des contraventions alimentaires, des tracas d’une administration aveugle, des caddies, des prix, des gosses qu’il faut récupérer à l’école. Des gens simples, non ce sont des non-vivants, des gens qui se transportent dans des voitures aux vitres fumées, pour qui tout est du. Merci de descendre à la prochaine pour que nous puissions vous indiquer la marche à suivre.

 

Que ce vieux peuple en soit arrivé à ce point d’abrutissement me laissait à penser que notre endettement n’était qu’un symptôme de notre asservissement. Moi qui  avait brûlé ma vie pour ne pas avoir le sentiment de la vivre je me retrouvais dans sa dernière pente avec charge d’âmes. Ça me rendait enfin responsable. Je n’étais plus dans un théâtre en représentation, pour rien, je voulais assumer ce qu’avaient fait mes parents : transmettre. Le temps m’était compté mais je ne me soumettais pas à cette arithmétique, j’assumais. Nous les soixante-huitards avons tellement été vilipendés, stigmatisés comme des corrupteurs de nos propres enfants, alors que moi je n’en avais pas eu à l’âge où j’aurais dû en avoir, que je tenais ma revanche face à ces marionnettes incapables de mettre leur propre vie en phase avec leurs discours. L’acculture de ces petits valets serviles me donnait de l’urticaire. Comment pouvait-on confier le destin d’un pays à une telle valetaille dotée d’une sous-culture en placoplâtre, sonnant le vide, emplie de creux, se résumant à une agitation fébrile. Comment pourraient-ils nous protéger des tempêtes ces mauvais capitaines incapables de se guider eux-mêmes ? Leurs postures pourraient être risibles s’ils ne nous amenaient pas au trou. Notre choix était fait, si rien ne changeait, si les médiocres tenaient le haut du pavé, nous partirions vivre avec nos enfants en Sardaigne, dans la Sardaigne indemne des folies des corrupteurs de paysage,  des bâtisseurs de laideur.  

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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