Dimanche 22 juillet 2012 7 22 /07 /Juil /2012 08:00

La pluie est l’alliée du ciné. Mardi dernier, j’y suis allé, après un déjeuner au Sélect avec un vieux gauchiste déplumé et non révisé, ex-pote de DSK, Denis Kessler and Co, qui y a son rond de serviette. Le type m’avait saoulé pendant tout le repas sur le thème « de la gauche caviar qui ne vit que pour trahir les couches populaires, du scandale des Inrocks où Matthieu Pigasse, ce banquier imposteur, ancien collaborateur de DSK, venait d’imposer la mère Pulvar mais qu’il avait tout de même tweeté sur son compte @Cloportaporte : « Les #Inrocks c'était déjà de la merde. Je ne vois pas ce que l'arrivée de @Audrey_PULVAR va y changer. », et qu’il était raccord avec Thomas Legrand de France Inter qui venait de claquer la porte des Inrocks. Il m’avait même questionné sur le pourquoi de la fonte vertigineuse de Roselyne Bachelot, et sans attendre ma réponse, il m’avait éclairé « parce qu’elle est raide dingue amoureuse d’un baryton un peu rond, du moins c’est ce que prétend sa copine la Baronne qui est au courant des potins du marigot ». Je n’avais pu en placer une et je m’étais concentré sur ma sole meunière. En plus, le chablis était squelettique alors j’avais commandé un bock de Pilsner Urquell ce qui avait fortement froissé le bavard qui venait tout juste de me dire tout le bien qu’il pensait de ce nectar d’une minéralité exceptionnelle. Il n’en avait rien laissé paraître car, avant le dessert, selon une tradition bien installée chez lui, il me demandait un service « Toi qui les connais tous tu pourrais… »


En avalant à la hâte mon café, et prétextant un emploi du temps de Ministre, avant de le laisser en plan,  j’avais assuré le cher homme de mon soutien plein et entier dans sa quête d’une réelle accélération de sa carrière universitaire qui végétait, selon lui, du fait de ses engagements politiques trop à gauche. Bien évidemment je ne lui fis pas la mauvaise grâce de lui rappeler son flirt avancé avec Eric Besson au temps de sa splendeur et son forcing pour faire partie de la commission Attali. Dehors il pleuvait des cordes alors je me suis engouffré dans la bouche de métro Vavin sans trop savoir où j’allais. À Odéon j’ai quitté la rame pour ressortir à l’air libre car je suffoquais. Le métro ça pue et c’est plein de gens qui tirent la gueule c’est pour ça que je ne peux y séjourner très longtemps. Au dehors l’averse s’était transformée en crachin. Que faire ? Rien ! Mes pas, via la rue de l’Ecole de Médecine, me portaient jusqu’à la rue des Ecoles et là, je tombais nez à nez avec une copine de Jasmine. « Qu’est-ce-que tu fais là ? » me dit-elle en me claquant deux bises. « Rien ! » Elle se marrait « C’est tout toi ça ! Moi je vais au Champo. Tu m’accompagnes ? » ma réponse enthousiaste la ravissait et l’étonnait. Ma réputation bien établie d’ours mal léché, peu disposé à voir  les copines de Jasmine empiéter sur notre territoire, venait d’en prendre un sérieux coup. Le Champo est le spécialiste des rétrospectives et à un faible pour le cinéma italien. Ça faisait un bail que je n’avais pas mis les pieds dans une salle obscure et  « Pain, Amour et Fantaisie » de Comencini avec Gina Lollobrigida et Vittorio de Sica me redonnait envie de me taper des toiles. Pour moi les films c’est dehors, pas chez soi, même avec les écrans plats, je ne suis pas très friand des films sur DVD, bien sûr je pourrais me payer un home-cinéma mais alors je me croirais obligé d’inviter mes copines ce qui ne serait pas du goût de Jasmine.


À la sortie nous sommes allés prendre un verre dans un café pourri. Dans la conversation un peu languissante, la copine de Jasmine, dont j’avais dramatiquement oublié le prénom, pour lui redonner de la vigueur, mit Rachida Dati sur le tapis. J’eus droit à des renseignements de première main car la donzelle fricotait dans je ne sais plus quelle association caritative où l’ex Garde des Sceaux avait des attaches. Bref, je l’écoutais d’une oreille distraite tout en veillant à maintenir un air inspiré, les sourcils froncés, ponctuant ses tirades d’acquiescements appuyés. Il n’empêche que mes neurones se reconnectaient, chauffaient, accouchaient du temps où je fus, en 1969, membre du cabinet du bel Albin Chalandon, alors Ministre de l’Equipement, lors de l’affaire Aranda, et comme notre Rachida est, si je puis dire, un pur produit de ce cher homme qu’elle a séduit, je ne pouvais m’empêcher de penser que par ces temps de gros temps pour l’UMP que je devrais y remettre les pieds afin de me rappeler le temps de l’UDR. Banco ! Inconsciemment, je donnais un plat de main sur la table et nos verres tressautaient. Surprise, la copine de Jasmine elle aussi sursautait. Gentiment je la rassurais en posant mon grand battoir sur sa petite main : « C’est décidé, j’adhère à l’UMP ! ». À cet instant précis la pauvrette du douter de ma santé mentale mais, pour faire bonne figure, elle esquissait un faible sourire avant de murmurer d’une voix mal assurée « tu plaisantes, bien sûr… » Mon sourire, lui, fut carnassier « à peine jeune fille, sais-tu ce que c’est que l’entrisme ? » Elle secouait la tête avec force. « Très bien, ça vaut mieux. Tu sais la basse police, celle des caniveaux, c’est ma spécialité… Ne fais pas cette tête-là, j’adore faire mon petit numéro. Je suis en position hors-cadre donc loin de tout ça… » Son soupir d’aise souleva sa belle poitrine et je crus, un instant, qu’elle allait m’embrasser.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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