Dimanche 28 août 2011 7 28 /08 /Août /2011 00:09

Hormis la création avec nos capitaux réunis de la Compagnie France-Andine avec un objet social aussi large qu’imprécis, l’idée de génie de Francesca fut de sortir de dessous sa mantille une idée de génie : l’Opus Dei. Ce mouvement créé en 1928 par le Escriva de Balaguer dans ses constitutions secrètes rédigées en 1950, l’article 191 précisait : « Que les membres numéraires et surnuméraires sachent bien qu’ils devront toujours observer un silence prudent quant aux noms des autres associés ; et qu’ils ne devront jamais révéler à quiconque qu’ils appartiennent eux-mêmes à l’Opus Dei. » Grâce à cette vieille maison nous allions pouvoir établir des liens avec d’autres mouvances tels Comunione e Liberazione, organisation italienne née dans les années 70 ; les Focolari, mouvement lancé en 1943 à Trente ; le Néocatéchuménat, fondé à Madrid en 1964 ; les Légionnaires du Christ, groupe ultrasecret constitué au Mexique dans les années 40. Tout ce petit monde jouissait d’appuis dans tous les échelons de la hiérarchie de l’Eglise Catholique et tout particulièrement dans les hauts prélats ultra-conservateurs de la Curie Romaine. Une véritable « mafia blanche » en connexion avec les milieux d’affaires où les banques blanchisseuses d’argent sale occupaient une place de choix. L’Opus pratique le secret, utilise des prête-noms et des sociétés écrans, sous prétexte d’« humilité collective » et d’« efficacité apostolique » ! Du pain béni pour nous immiscer dans les rouages des comploteurs transalpins pratiquant la « stratégie de la tension » afin d’empêcher Aldo Mauro et Berlinguer de conclure leur fameux « compromis historique » En France, le prince Poniatowski, l’âme damnée du déplumé de Chamalières, et quelques plus petites pointures politiques, étaient étiquetés membres ou sympathisants de l’« Œuvre de Dieu » mais, sans contestation, dont l’un des personnages les plus importants était le Professeur Jérôme Lejeune le futur fondateur du mouvement anti-avortement « Laissez-les vivre ». La revue catholique de gauche Golias écrira bien plus tard que« la fille et le gendre du professeur Lejeune sont à l’Opus Dei » Clara et Hervé Gaymard.

 

La « pieuse union » réunissait officiellement des laïcs au nom du principe de la sanctification de la vie quotidienne, alors que ce sont les prêtres qui détenaient le vrai pouvoir et occupaient tous les postes de commandement, était devenue, en 1947, le premier « institut séculier » de l’Eglise. Très clairement, sous la houlette de son fondateur, petit-bourgeois, ambitieux, coléreux et vaniteux, dont le charisme personnel subjuguait ses proches, le mouvement fut bien plus qu’un mouvement d’action catholique. Escriva de Balaguer, qui vécut la guerre civile espagnole comme une lutte sans merci entre catholiques et communistes, en qui il voyait l’incarnation du mal, le mouvement a des visées politiques. Tout comme Pie XII, il minimisa l’horreur du nazisme, et même la gravité de l’holocauste, y voyant un rempart « providentiel » contre le communisme. Dans le mouvement des Républicains Indépendants, beaucoup de hiérarques, au premier rang desquels ce cher Raymond Marcellin Ministre de l’Intérieur du Président Pompe, sur la base de ce combat contre la vermine rouge avaient été des pétainistes engagés, non pour la vieille baderne, mais pour la croisade contre les Soviets. Pour le père Escriva de Balaguer le christianisme avait été sauvé du communisme par la prise de pouvoir du général Franco avec l’appui du chancelier Hitler « Hitler contre les juifs, Hitler contre les slaves, c’était Hitler contre le communisme. ». Tout naturellement l’Opus s’engage dans le franquisme et lorsque Franco, pour sortir de la crise économique de 1956, cherche des experts économiques il s’entoure progressivement de ministres appartenant à l’Opus. De même, lorsqu’il songe à rétablir la monarchie, en la personne de Don Juan de Bourbon, pour lui succéder, l’Opus Dei mise sur son fils, Juan Carlos, qui est entre les mains d’un précepteur de l’Œuvre, Anael Lopez Amo. Résultat en 1969, Franco proclame Juan Carlos héritier de la Couronne. Quelques mois plus tard, le triomphe de l’Opus est complet : sur 19 ministres du neuvième gouvernement du général Franco, 12 sont membres de l’Opus Dei. Le tournant politique de l’Œuvre était  engagé.

 

Très vite j’allais découvrir, qu’alors qu’Escriva vitupérait contre une Église en pleine décomposition, ses amis mettaient patiemment et secrètement en place le réseau financier qui allait permettre à l’Œuvre de jongler avec des millions de dollars. La plus importante de ces institutions était la fondation Limmat qui venait d’être créée à Zurich en 1972. Elle était liée à des banques ou fondations en Espagne la Fundacion General Mediterranea, en Allemagne la Fondation Rhin-Danube et l’Institut Lidenthal, en Amérique latine la Fundacion General Latinoamericana au Venezuela. Bref, tout en soulignant auprès de ma douce Francesca que je n’avais pas le profil type d’un laïc ordinaire de l’Opus soumis à des « quasi-vœux » de pauvreté, chasteté et obéissance, je me réjouissais vraiment de plonger dans ce lac d’eau bénite empli de gros poissons.  Au-dessus du berceau de notre Compagnie France-Andine une fée supplémentaire, ma chère Marie-Charlotte de Tanguy du Coët, apportait en prime son réseau vendéen qui me permettrait de passer les barrières de l’Opus avec une plus grande facilité. Mon « nouveau clan de femmes » s’avérait d’une rare efficacité et je me trouvais bien aise de m’appuyer sur une aussi douce engeance. Afin de pouvoir pénétrer en douceur le réseau financier occulte de l’Opus nous créâmes une myriade de fonds d’investissement dans ce que l’on nomme maintenant les paradis fiscaux : San Marin, Lichtenstein, Luxembourg, Monaco, Jersey… et nous leur donnâmes des noms de saints : Jean Chrysostome, François d’Assises, Paul de Tarse, Jacques de Compostelle. La place bancaire parisienne, privée comme publique, nous fit un très bon accueil aussi discret qu’efficace. La multiplication des fonds présentait en outre l’énorme avantage de pouvoir proposer à un paquet d’hommes de paille, le plus souvent des anciens de l’administration fiscale ou de l’équipement, d’occuper des fonctions de mandataires sociaux où leurs carnets d’adresses et leur connaissance des failles du système permettaient de déverrouiller beaucoup de situations complexes

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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