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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 02:00

C’est sous des trombes d’eau et un plafond de nuages de deux cents mètres, que le Concorde du Président Pompe atterrit, avec son inégalable bruit de crécelle, le 12 décembre sur l’aéroport de Santa Maria aux Açores. C’est le falot Marcello Caetano, le successeur de Salazar, qui accueille le Président de la République française. Pendant que Nixon réside sur la base américaine de Lajes, à l’est de l’île, nous sommes logés dans une élégante villa, surplombant un paysage de prairies et de collines luxuriantes, située à vingt-cinq kilomètres de Terceira la capitale de l’île. Ma position de VO me permettait d’aller et de venir dans la bâtisse à mon gré. Bien sûr, je n’approchais le cercle du Président que lors de ses déplacements mais, comme je me tamponnais du fond des conversations, ça ne me posait aucun problème. En revanche, lorsque le lendemain matin ce cher Henry Kissinger se pointait à la villa, à 8h 45, pour un petit-déjeuner de travail préparatoire du sommet entre les deux présidents, dans la volée de gros bras s’expulsant des lourdes limousines je remarquai de suite que le coordonnateur me réservait un traitement de faveur en m’adressant un petit signe de connivence. Mes protecteurs de Langley manifestement souhaitaient vouloir oublier mes frasques pour s’attacher mes éminents services. Pensez-donc une taupe  dans le sérail de Pompidou, on ne crache pas dessus.

 

L’ambitieux Kissinger, qui deviendra Secrétaire d’Etat en titre l’année suivante, souhaite recoller les morceaux avec les européens car il estime que l’intransigeance de Connally risque de déboucher sur une crise mettant en péril les relations politiques patiemment édifiées depuis 1945. Il écrira dans ses Mémoires « La stratégie qui avait mes préférences consistait à laisser Pompidou assumer une position de chef de file des Européens en discutant avec nous les termes d’un règlement. Nous pourrions toujours brandir contre lui la menace de le réduire à l’isolement s’il se montrait totalement intransigeant. Je ne croyais pas la chose probable. Je pensais que tout le monde était désireux de conclure si une proposition américaine en fournissait l’occasion. » Le roublard note « que dans mes moments de mégalomanie la plus intense, je n’avais pas imaginé que l’on se souviendrait de moi pour une contribution à la réforme du système monétaire international » face à un Pompidou « expert financier de premier ordre, voire un banquier professionnel ». Bref, il fit l’âne pour avoir du foin en se retranchant derrière son incompétence lorsque ça l’arrangeait. Pour ma part, étant présent dans le salon, j’avais noté sur un petit carnet l’entame de Pompidou, que j’avis mémorisé, face à un Kissinger patelin « J’ai parlé hier soir avec M.Connally et je me suis trouvé devant quelqu’un dont la position, quant à la défense du dollar, après la dévaluation, rappelle des chrétiens au moment de la confession. Il exprime la ferme intention de ne plus jamais pécher. Je crois à cette intention. Encore faut-il qu’il en ait les moyens et qu’il soit disposé à les engager. »

 

Ça n’était pas tombé dans les oreilles d’un sourd. J’allais, lorsque mes honorables correspondants jugeraient bon de reprendre contact avec moi leur resservir l’image en l’accommodant à ma situation. Ce qu’ils firent très vite, le lendemain de mon retour des Açores, en m’invitant à passer à l’ambassade, ce que je refusai en leur précisant que je les recevrais chez moi en présence de mon épouse Francesca. Ils obtempérèrent. Je m’attendais au grand retour de la sulfureuse Eva Harriman mais j’eus droit à l’échelon supérieur en la personne de Terry Booz-Allen, directeur de la zone Europe, venu tout spécialement de Londres, flanqué de l’attaché militaire de l’Ambassade le colonel Franck Mac Cracken. Je jouais  dans la cour des grands et ces messieurs me le firent comprendre en me traitant avec bien plus que des égards, une certaine forme de respect amusé. Francesca les accueillit et leur avait offert le thé avant que je fasse mon entrée dans notre grand salon. Tous deux étaient des WASP de la plus belle espèce, Harvard, West Point, français impeccable, respect des convenances mais sans pour autant masquer leur complexe de supériorité. Bien évidemment ils n’étaient pas dupes de la réelle identité de Francesca mais, pour l’heure, ils jouèrent le jeu sans difficultés apparentes.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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