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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 00:09

 Mon retour en arrière dans le lit de Francesca me redonnait une pêche d’enfer, je me sentais revivre. Ma douce maîtresse, dès le lendemain, sans crier gare, quittait le domicile conjugal pour aller se réfugier officiellement au couvent de San Vicente Ferrer. Dans les faits, même si je tentais de l’en dissuader, avec mon aide, elle s’installait sous un faux nom dans un hôtel de passe des faubourgs de Santiago. Les femmes d’apparence fragile savent manœuvrer les pires individus en se plaçant dans des conditions extrêmes : Francesca, face à mes protestations, m’avait rétorqué avec un sourire désarmant « ainsi tu ne pourras pas m’abandonner à un aussi triste  sort... » Soufflé d’un tel aplomb j’avais balbutié « mais tu ne vas pas... ». Sa réponse me laissait pantois « pas encore mais si tu ne me tire pas de là, je m’y mets... » Pour bien border l’affaire j’avais mis la mère maquerelle face à un marché clair : si elle protégeait mon amie elle palpait un paquet de beaux dollars, si elle caftait aux autorités je la buttais. Sitôt son accord facilement donné, afin de lui ajouter une couche supplémentaire de trouille dissuasive, je lui fis la description de la longue liste des préliminaires que j’utiliserais avant de lui loger un pruneau dans la nuque. Imelda, la tenancière, vira au vert sous le rouge de son fard ce qui lui donna un teint orangé du plus bel effet. Ma vie redevenait un peu tumultueuse et, tout comme Francesca, j’attendais non sans impatience notre dîner chez l’ambassadeur. Le matin de notre réception je fis expédier à madame, par porteur, une superbe composition de fleurs que Francesca avait commandée chez le plus grand fleuriste de Santiago. Nous avions décidé, d’un commun accord, de nous conformer à l’étiquette telle que décrite dans le guide du protocole et des usages de Jacques Gandouin préfacé par le duc de Brissac que Francesca avait dégoté au Centre Culturel français.

 

Charles-Enguerrand de Tanguy du Coët, pur produit d’une grande famille MRP ce mélange étrange de catholicisme social et d’opportunisme mou, par ailleurs fors social dans toutes les facettes du terme, nous accueillit flanqué de la mère de ses six enfants, un grand manche à balai souriant et résigné, chignon banane, solitaire de famille à l'annulaire, robe blanc d’ivoire à manches ballons et chaussures plates. Francesca pendue à mon bras, tout de blanc vêtue, tirait le meilleur partie de sa juvénile beauté et Marie-Amélie comtesse de Tanguy du Coët la prenait de suite sous sa bienveillante protection. L’ambassadeur, pour bien marquer que notre belle et grande diplomatie française alliait avec maîtrise la subtile langue de bois du Quai à une grande connaissance de la vision planétaire de notre grand Président Pompe, en m’offrant une coupe de champagne Mercier – je pensais à ce pauvre Luc le belge qui devait naviguer sur un cargo mixte dans sa boîte en plomb – m’entreprenait sur la dernière conférence de presse (1) du madré de Montboudif remonté comme une pendule. Charles-Enguerrand me tendait malicieusement un exemplaire du Monde, posé comme par hasard sur un guéridon, où Pierre Viansson-Ponté écrivait « Il fonce tête baissée, le sourcil en bataille, l’œil allumé, le ton caustique, féroce et déterminé. L’opposition, la majorité, la presse, l’ancien Premier Ministre, les parlementaires, chacun reçoit son paquet. Adieu les prudences et les platitudes apaisantes d’un président épanoui et sécurisant. Il ronronnait et voici qu’à nouveau il griffe et il fait mal. » En parcourant l’article je souriais à Monsieur l’Ambassadeur car « les odeurs d’égouts » que dénonçait le vieux matou remontaient de l’affaire Aranda et à la grande surprise de Charles-Enguerrand j’embrayais sur l’Archange Gabriel que j’avais bien connu, lui confiais-je, au cabinet d’Albin Chalandon (2)  h-20-1618008-1247467129.jpg

En dépit d’un flegme en béton, fruit du creux sidéral de la pensée propre de tout bon diplomate du Quai, ma confidence prenait l’Ambassadeur de court. Je lui aurais annoncé que sa chère Marie-Amélie se faisait prendre en levrette, par le chauffeur Mapuche de l’ambassade, tous les après-midi dans l’office que ça l’aurait moins surpris. Pour se donner une contenance il hélait le serveur pour nous abreuver de mousseux de la Montagne de Reims. Cultivant mon avantage avec une économie de mots je lui narrais mon passage à l’hôtel de Roquelaure au temps du bel Albin Ministre de l’Equipement de l’inventeur de la Nouvelle Société, le sémillant et bondissant Chaban licencié sans préavis par le président Pompe. D’un seul coup d’un seul j’étais passé du statut de jeune con cocufiant un Général de la nomenklatura militaire chilienne marchant au pas de l’oie à celui de jeune squale aux ratiches aiguisées ayant barboté dans les marigots profonds et poissonneux de la haute politique française. Très bon pour le carnet d’adresses, excellent pour l’avancement, ce cher Charles-Enguerrand devait se demander si les vins qu’il avait prévu pour le dîner se situeraient à la hauteur de mon importance stratégique. Cultiver l’estime d’un proche de Chalandon, en dépit de la disgrâce passagère de celui-ci, pouvait se révéler être un investissement peu couteux à fort retour. Au fur et à mesure que j’étalais ma connaissance des écuries d’Augias je sentais l’Ambassadeur fondre comme du beurre dans une poêle. Je pressentais que nous n’allions plus carburer au Mercier et c’était pour moi comme la seconde mort de ce pauvre Luc le Belge.

 

(1) voir conférence de Presse de Pompidou du 21 septembre link 

(2) pour savoir plus sur Gabriel Aranda lire les épisodes link / link / link / link / link / link / link / et la suite si vous le souhaitez Chap.7 Les ailes de l’archange étaient en peau de lapin du dimanche du 20:09/2009 au dimanche 17/10/2010  

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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