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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 02:09

En dépit de ma bonne volonté je ne pouvais assumer cette position obscène, ce gros type à mes genoux, cette bouche lippue me pompant, ces mains douces qui me pelotaient le cul avant d’empoigner mes gonades, c’était trop pour mon corps fatigué, je lâchais prise, fermais les yeux, débandais et me laissais aller à un évanouissement libérateur. Lorsque je remontai à la surface j’étais allongé sur un lit étroit en fer, les mains entravées et les pieds attachés par des sangles aux montants du lit, dans une pièce badigeonnée à la chaux, mal éclairée par une ampoule pendouillant au bout d’un fil, dépourvue de tout mobilier si ce n’était une chaise dont les pieds étaient scellés au sol. Ce détail s’ajoutant à ma position ne me laissait rien présager de bon. Après la tapette goulue j’allais sans aucun doute me faire prendre en mains par d’autres pervers. Mon estomac criait famine. Pour la première fois depuis ma mise au trou j’espérais que Chloé allait s’inquiéter de mon absence. Jusqu’ici, me connaissant, elle avait du croire que je filais le parfait amour avec ma dulcinée Francesca. En pensant à cette dernière, je me disais que tout ce cinéma ne cadrait pas du tout avec une quelconque vengeance d’un mari jaloux. Connaissant les mœurs en vigueur chez certains militaires chiliens, si le Général avait voulu laver son honneur, soit au mieux il m’aurait fait passer à tabac par ses séides, soit au pire liquidé sans autre forme de procès par des hommes de mains. Là ça sentait le scénario tordu de mes commanditaires officiels de la CIA. Mon indépendance devait leur donner de l’urticaire alors un traitement de choc ne pouvait selon eux que me remettre dans le droit chemin.

 

Le problème avec les américains c’est que contrairement à nous qui torturons salement sans mandat eux pratiquent cet exercice proprement en respectant des procédures avalisées par la hiérarchie elle-même couverte par le pouvoir politique. Au bout du compte le résultat est le même mais eux ont bonne conscience alors que nous nous trimballons le poids de la nôtre. Bref, j’eus droit à plusieurs séances  d’électricité administrées par 3 gaillards cagoulés. Ces cons avaient tracé à la craie sur une ardoise ce qu’ils pensaient être une question en bon français « votre travail pour qui ? » Même si j’étais un peu secoué par le traitement je sentais bien que mes tortionnaires en gardaient sous la manette. Ils faisaient joujou avec moi comme des chats avec une pelote de laine. Même si ça peut vous surprendre, non que j’eus envie qu’ils augmentassent la sauce, ça me déplaisait. J’en avais marre, et même plus que marre de jouer à ce jeu de cons. Il fallait que je trouve un moyen de rompre cet enchaînement de conneries. Deux voies s’offraient à moi : soit l’agression physique comme mordre l’un de mes pseudo-tortionnaires lors de la pause des électrodes ; soit leur en donner pour leur argent. La première ne débouchant sur rien de prévisible j’optai pour la seconde tout en me demandant ce que je pourrais bien leur vendre qui puisse vraiment les intéresser. Je n’avais rien en magasin sauf peut-être une grosse ficelle qu’ils attraperaient comme une vraie ouverture. Qu’est-ce que je risquais ? Je n’en savais fichtre rien alors entre deux séances je cherchais un nom qui puisse faire tilt dans leurs grosses cervelles de ricains.

 

Je séchais lamentablement lorsque la porte qui faisait face à ma chaise s’ouvrait. Je ne pus m’empêcher de lâcher un gros « merde alors ! » qui arrachait à la superbe bouche d’Eva Harriman, flanquée de cette vieille râclure d’Ernest J Gayne, un rictus de dégoût. À peine entrée elle se mettait à tempêter contre mes trois cagoulés en les traitant de noms d’oiseaux que je ne pouvais pas tous identifier eu égard à ma méconnaissance des jurons américains. Gayne venait défaire mes liens. Je lui fis remarquer qu’à mon avis la belle Eva surjouait. Sa réponse me surprenait et bizarrement me convainquait « Tu te trompes petit c’est la seule qui croit que tu es réglo... » L’affaire fut vite bouclée. Dix minutes plus tard je quittais dans la limousine d’Eva une caserne dont je n’ai jamais su le nom. Pendant tout le trajet ma libératrice présumée ne desserrait pas les dents se contentant de tirer sur sa jupe de tailleur qui s’ingéniait pour mon plus grand plaisir à remonter très haut sur ses cuisses. Gayne avait pris place devant aux côtés du chauffeur. Dans la mesure où je ne maîtrisais aucune des données de la situation je jouais profil bas et me taisait ce qui ne m’empêchait pas de réfléchir. En tentant de décrypter les propos qu’avait tenu Eva à mes cagoulés j’en arrivais à supposer que ceux-ci étaient des conseillers militaires américains grenouillant avec la haute hiérarchie militaire chilienne. Oui mais dans ce cas pourquoi s’intéressaient-ils à moi ? Je n’étais rien qu’un petit agent sans grand intérêt pour eux. La belle Harriman rompait enfin son silence en ouvrant son étui à cigarettes « Vous n’avez rien vu, rien entendu, et tout ce qui vient de vous arriver n’est jamais arrivé... Compris ! » J’acquiesçais en me saisissant d’une Pall Mall qu’elle m’allumait avec un Zippo en argent.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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