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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 02:10

Alfred Willi Rudolf, dit Rudi Dutschke tombé, sur la Kurfürstendamm de Berlin, sous les balles d’un ouvrier déséquilibré d’extrême-droite, perfusé de haine par la rhétorique fasciste du baron de la presse Axel Springer via son torchon ignoble Bild Zeitung était un martyr de la cause placé à la même hauteur qu’un Martin Luther King abattu le même mois. L’icône du Mai 68 berlinois était né de l’autre côté du mur, dans un bourg au sud-ouest de Berlin. Malgré son discours rebelle, plaidoyer contre le service militaire et la réunification de l’Allemagne, qu’il tint dans la salle des fêtes de son lycée, à Luckenwalde, les sourcilleuses autorités de la RDA  lui délivrèrent quand même son baccalauréat en 1958. C’était un fils de postier qui remerciera, dans sa Présentation de mon cheminement, son directeur de lycée de la bonne éducation qu’il avait reçu et qui tiendra à ses débuts, et pour un bref laps de temps, la rubrique sportive dans un journal populiste appartenant au groupe honni d’Axel Springer. Quand Sacha nous fit réécouter ses discours politiques Chloé, qui parlait et entendait parfaitement l’allemand, me dit, hors des oreilles de notre chef, être très impressionnée par son extraordinaire capacité à proférer dans un haut débit un charabia pâteux et jargonneux. Restait, pour compléter le panthéon révolutionnaire, la grande prêtresse, l’immaculée conception de la révolution, l’ex-éditorialiste de la revue de son mec Klaus Rainer Roehl : Konkret qui s’était radicalisée jusqu’à devenir membre de la Rote Armée Fraktion (F.A.R) et qui participera en mai 70 à la libération d’Andréas Baader.

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Le Centre de la Paix de Sacha, comme son appellation l’indiquait, ne draguait pas dans les eaux troubles et tumultueuses de l’activisme révolutionnaire poseur de bombes. Nous débattions beaucoup, surtout des combats de nos camarades étudiants dans la Grèce des colonels, l’Iran du Shah et de sa sinistre Savak, et bien sûr dans l’Amérique de l’odieuse guerre du Vietnam qui, à Berlin, du fait de la présence visible de l’armée américaine, était un sujet plus que sensible. Nous prenions des douches en commun. Nous baisoullions dans des géométries variables. Nous tractions vaillamment aux coins des rues bourgeoises pour fourguer nos journaux indigestes. Ce n’était pas de tout repos car la petite et moyenne bourgeoisie de Berlin-Ouest en avait vraiment marre de voir ces étudiants privilégiés casser des vitrines, prôner la copulation en public, provoquer des embouteillages monstres et, le comble, baver en permanence sur ses sauveurs américains. Nous avions droit à des insultes, à une vieille dame de la génération d’Auschwitz nous criant d’aller jeter nos PQ là où ils seraient utiles,  c'est-à-dire à l’Est de l’autre côté du mur, à des chauffeurs de taxis montant sur les trottoirs pour nous mettre en fuite. Le comble pour ces partisans de la Grande Coalition présidée par un chancelier, Kurt Georg Kiesinger, membre du parti  nazi, qui avait travaillé sous les ordres de Goebbels, c’était de voir, moins de 25 ans après Hitler, leurs paisibles rues envahies par des bataillons de policiers antiémeutes, casqués et armés de matraques  face à des hordes de gauchistes sales et chevelus, au langage provocant « tapez, tapez sur les flics, qu’ils soient plats comme des sandwiches » qui les lapidaient.

 

En dépit de ma bonne humeur affichée cette ville grise, découpée en tranches inégales, scindée en deux blocs par un mur ladre et couronné de barbelés, perdue dans une RDA sinistre et glacée, me déprimait. Tout ce qui s’y passait m’apparaissait irréel, ses colères qui m’étaient inconnues, son atmosphère lugubre s’ajoutant à l’humour macabre de mes camarades, toutes ces quêtes de grandes vérités m’enkystaient sans grand espoir de débouchés excitants dans ce troupeau d’égarés. Pour rajouter à mon spleen Chloé menait son travail d’infiltration dans les eaux troubles des FAR et me délaissait. J’espérais beaucoup dans l’irruption du printemps pour sortir la tête de mon pot au noir malheureusement la météo ne fut pas au rendez-vous. Des rafales de neige fondue balayaient notre sinistre horizon. La plupart du temps je gisais frustré dans le réduit qui me servait de chambre sans que mes petits camarades se préoccupent de mon enfermement. Dans le creux d’un dimanche sinistre j’entendais dans mon demi-sommeil une voix qui me sommait de m’éveiller. Je tendais la main droite qui, au lieu de trouver le vide, rencontrait la fermeté glacée d’une fesse. Avant que ce qui me semblait un rêve ne se dissipa j’ouvrais les yeux et je découvrais en surplomb une Karen entièrement nue. Ses longs cheveux retombaient en cascade sur ses épaules étroites. Bêtement je lui demandais « Qu’est-ce qui se passe ? Une descente de police ? » et je l’entendais me répondre, alors que je contemplais le lacis frisottant de sa chatte, « Pourquoi ? Tu as envie de faire l’amour avec les flics ? » Toujours aussi neuneu je l’assurais que non. Sans se soucier de mon état d’hébétude elle m’interrogeait « Tu attends peut-être une autre fille ? » Là encore je la rassurais avec conviction « Mais non je n’ai pas d’autre fille » Elle se glissait alors sous les draps froissés en me prévenant « On va prendre notre temps. Tu es mon premier homme. Vous les français vous devez savoir faire cela avec les doigts » Je rectifiai « tu veux dire avec doigté sans doute... » Elle se calait tout contre moi. « Tu ne diras à personne que nous avons fait l’amour car tous les hommes ici voudront passer sur moi... » En lui caressant la pointe dure de ses tétons je l’assurai de mon silence. « Tu seras mon amant secret et triomphant... » gazouilla-t-elle  alors que ses doigts glacés enserraient mon sexe brûlant avant d’empoigner avec douceur mes gonades enflammées.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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