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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 02:09

 

Nous nous séchâmes étendus nus au soleil. Repus je m’endormis sur le dos. Dans mon rêve l’Anse des Soux au petit matin, le sable fin et Marie qui s’éloignait en tirant des brasses fluides. « Reviens ! » mais de mes lèvres glacées aucun son ne sortait. Je m’en voulais. Et elle n’était plus qu’un tout petit point dans l’océan. « Reviens ! » mes mains voulaient prendre appui sur le sable mais tout en moi se dérobait. Je pleurais. Le sel de mes larmes laissait autour de mes lèvres une auréole sèche. Marie-Amélie tendrement me caressait les cheveux. Dans mon demi-sommeil je sentais ses longs doigts apaisants, maternels, aller et venir, et me détendait. Les images s’effaçaient. Je me relevais sur mon céans. Avec un petit mouchoir blanc humide la comtesse débarbouillait l’alentour de mes lèvres. Nous étions seuls au monde au milieu de cette nature majestueuse. Je m’efforçais de sourire. Marie-Amélie me tendait le petit carré de coton brodé à ses initiales « Gardez-le ! Vous m’avez redonné l’envie de la vie. Merci... » Je l’embrassais avec tout ce qu’il me restait de tendresse. Nous reprîmes la route. Les virages, à flanc de montagne, s’enchaînaient : comme un sentiment de s’approcher au plus près du ciel. À la cote de 3200 mètres, nous nous arrêtâmes sur un terre-plein face l’Aconcagua. En buvant ce qu’il nous restait de café, nous trouvions ses 6959 mètres officiels assez « humains »  Marie-Amélie sortait de son sac un superbe LEICAFLEX SL. « La lumière est encore bonne » me dit-elle et, après avoir activé le retardateur, elle déposait le boîtier sur une borne et me prenait par le bras pour que nous prenions la pose avec l’Aconcagua en toile de fond. Elle triplait la photo puis me confiait avec un faux petit air marri « Vous ne m’en voudrez pas j’espère j’ai pris quelques clichés de vous pendant votre sommeil... »

 

La comtesse enchaînait « Au début du siècle le trajet Santiago-Mendoza se faisait en train. » elle pointait son doigt ganté « Regarde – elle me tutoyait pour la première fois – tu peux apercevoir les restes des rails qui passent tout près du ravin. Ce devait être très excitant que d’entrer dans la montagne, de voisiner des précipices vertigineux. Imagine-nous dans un sleeping !  J'arrive toujours trop tard... » Nous remontâmes sur notre engin pour nous attaquer à la dernière étape de notre périple : le passage de la frontière entre le Chili et l’Argentine qui passe au milieu du tunnel du Christ rédempteur long de 3 kilomètres. Cette appellation provient de l’érection d’une statue le Cristo Redentor de los Andes, inaugurée le 13 mars 1904 pour célébrer la résolution pacifique du conflit frontalier mettant aux prises le Chili et l’Argentine. Elle est plantée sur le chemin de La Cumbre, point culminant de la vieille route entre Mendoza et Santiago du Chili. Ce chemin est le Paso de la Iglesia du côté chilien et le Chemin Bermejo côté argentin. Par notre route nous n’avons pas vu la statue située à 9 km au bout d’une petite route fort pentue : avec un dénivelé de plus de 1000 mètres. Nous avions mieux à faire avec une catégorie de fonctionnaires qui, quel que soit le pays, se caractérise par sa forte propension soit à emmerder le monde, soit à laisser filer, le tout sans motif apparent ou avouable. Point commun aux deux postes : le laisser-aller vestimentaire et les plaisanteries grivoises à propos de la comtesse. Du côté chilien nous eûmes droit à un traitement que je qualifierais de mixte : chiant pour être chiant mais sans volonté réelle de nous emmerder. Je crois que le chef de poste faisait durer le plaisir rien que pour mater Marie-Amélie. Elle eut même droit, en dépit des usages habituels, à une fouille au corps par lui dans un petit réduit mal éclairé. Elle le subit avec dignité sans opposer la plus petite parcelle de résistance aux mains qui s’attardaient. Moi je n’eus droit qu’à une batterie de questions vaseuses sur mon séjour au Chili. Les tampons claquèrent. La barrière se leva et nous franchîmes le no man’s land jusqu’au poste argentin.

280px-Cristo_Redentor_de_los_Andes.jpg 

Là, inversion des rôles, ces messieurs ne s’intéressèrent qu’à mon cas. Manifestement le français en provenance du Chili constituait pour eux un mets de choix. Leur amour pour le bon Docteur Allende, ce porc communiste, justifiait mon traitement de faveur. Ce qui ne leur plaisait pas c’est ma sortie via leur pays. Pourquoi ne regagnais-je pas directement la France comme toute la bande de gauchistes qui venaient se goberger dans l’UP d’Allende ? Ma réponse un peu alambiquée et embrouillée sur mon simple transit par l’Argentine pour gagner ensuite le Brésil puis me rendre à Cayenne en Guyane française ne fit qu’augmenter leur suspicion. Pendant ce temps-là Marie-Amélie se voyait offrir du thé par un jeune douanier mal rasé mais fort beau. Le chef et deux de ses acolytes ne lâchaient pas. Je gardais mon calme sans afficher une quelconque impatience. Les questions, toujours les mêmes, revenaient en boucle. Manifestement ces messieurs voulaient s’offrir une vraie récréation qui pouvait très bien mal se terminer pour ma pomme. Que pouvais-je faire ? Les soudoyer ? Trop risqué dans ma position. Trouver une diversion ! Oui mais laquelle ? Je demandai à me rendre aux toilettes. Assis sur le trône, la tête entre les mains, je m’efforçai de rassembler mes idées. Rien ! Le vide ! En passant devant Marie-Amélie je quêtais auprès d’elle une cigarette. L’incrédulité de son regard – elle ne fumait pas – eut pour effet de me faire prononcer une phrase dont je ne sais d’où elle pouvait bien provenir. « Quand je pense que lorsque j’étais gamin je collectionnais les images d’Alfredo Di Stephano... et qu’aujourd’hui... ». Le contenu du reste de ma phrase n’a que peu d’importance, comme le dit l’adage populaire « les mouches avaient changé d’ânes... »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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