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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 03:12


Bob me tendait une note :

 

N. AN-5 AG-2/1014

Le Ministre d’État chargé de la Défense Nationale

Le 11 février 1971

 

Note à l’attention du Président de la République

 

« Peu de temps après votre élection, vous avez dit de la politique européenne : « Pour la France, c’est avant tout d’être bien avec Washington et Moscou. »

S’il est un domaine où cette réflexion s’applique entièrement, c’est bien celui de la Défense. Il convient d’autant plus d’en être convaincu que la tentation de « coopération européenne » risque de nous attirer dans une situation où nous perdrions le bénéfice de notre indépendance, sans contrepartie sérieuse. J’ajoute que l’organisation de notre défense et notre capacité de puissance militaire ne nous permettent pas des engagements inconsidérés.

Je reprends ces deux points.

  1. Le premier est celui de la coopération européenne en matière militaire.

Nous sommes l’objet d’actions de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne qui sont présentement séparées, mais qui peuvent un jour être jumelées. Les deux pays se servent, pour nous tenter, de thèmes d’ordre général. Du côté allemand, on estime avoir besoin d’un soutien pour compenser le désengagement américain... Du côté anglais, on se fait et on se fera de plus en plus le champion d’une défense européenne dont il sera dit qu’elle est la première étape pour acquérir, à l’égard des États-Unis, une situation militaire crédible.

Ces thèmes d’ordre général servent de prélude à des invites précises : participation du comité nucléaire de l’O.T.A.N. ; à l’organisme dit « Eurogroup » ; demande de participer à des discussions de planification pour les forces conventionnelles et d’emploi pour les forces nucléaires.

Il convient de considérer ces thèmes d’ordre général, autant que ces invites précises, comme des pièges. Il s’agit en fin de compte de nous enlever notre indépendance et de modifier nos conceptions stratégiques. Sans doute ne peut-on pas toujours répondre par des négatives, et ce n’est pas altérer substantiellement nos conceptions que d’admettre dans des conversations d’état-major une discussion dur certains plans communs d’action, à condition d’affirmer toujours qu’il s’agit là, à nos yeux, d’hypothèses parmi d’autres.

Aller plus loin serait un risque considérable ou, plus exactement, une certitude de voir altérer nos relations tant avec les Etats-Unis qu’avec l’Union Soviétique...

 

  1. Un second point doit être mis en lumière : l’organisation de notre capacité militaire... Notre puissance militaire est orientée vers l’augmentation progressive de notre capacité propre de défense, sans doute en nous permettant, le cas échéant, de faire bonne figure dans une stratégie interalliée, mais en fait notre capacité à participer dans n’importe quelles conditions, dans n’importe quel endroit, à une longue ou dure action militaire, à caractère continental est limitée, et ne peut pas l’être, compte tenu de l’ensemble des données, notamment financières qui commandent notre politique.

Cette réflexion est capitale pour notre diplomatie : nos engagements doivent être limités à notre capacité d’intervention, qu’il s’agisse de l’Europe ou de l’outre-mer.

 

Michel Debré

 

Chloé lisait au-dessus de mon épaule. Nos amis américains nous observaient avec une fausse décontraction fortement teintée de condescendance. Lecture faite, je décidais, à nouveau, de cogner fort et, pour corser mon propos, de truffer mon attaque d’un vocabulaire inaudible par la quasi-majorité des cow-boys présents. Mon entame se fit mielleuse « Merci, mon cher Bob, vous êtes trop bon de porter à mes yeux de second couteau une telle littérature. Vos services n’ont pas perdu la main. Ils continuent d’arroser au plus haut niveau et la récolte est fructueuse... » Chloé me massait le cou. Je montais en régime : « Après m’avoir offert comme mise en bouche deux beaux spécimens du Département d’État ; à propos de mise en bouche, entre nous, cher Bob, votre Eva m’a tout l’air d’une vraie goulue. Y’a pas à dire c’est un plus avec les puritains de la Côte Est pour qui un petit pompier en loucedé ce n’est pas péché. Je constate que vous ne me démentez pas... » Bob restait impassible sûr qu’il était que ses coéquipiers n’entravaient rien de mes propos. Chloé allumait une cigarette. « Donc, avec le PQ du père Debré payé à prix d’or vous me faite le coup classique du mépris. En clair, primo tu me mets sous le nez que vos affidés : les rosbifs et les teutons de Bonn font tout pour nous enfiler, ça s’est un scoop ! Même les bourrins de la DST l’ont compris, c’est dire ; deuxio, tu me montre qu’en dépit de nos rodomontades nous sommes tout juste capables d’avoir assez de carburant pour que nos chars aillent jusqu’à Varsovie, après faut qu’on vous demande de l’aide. Bref, tu me balance que nous ne sommes que des va de la gueule ! Entre nous je vais te dire : tout ça pour ça ! Tu me déçois beaucoup Bob. Il va me falloir du plus costaud si tu veux que je te donne un coup de main pour ton opération Rouge Gorge. »

 

Comme dans un vaudeville Eva Harriman pointait, au beau milieu de ma péroraison,  son joli petit bout de nez poudré. Je me fis grossier « alors ma poule : on écoute aux portes ! » Elle ne bronchait pas. Avec une froideur inhabituelle Chloé prenait la parole « Et si nous passions vraiment aux choses sérieuses. Virez-moi la volaille et puis causons entre gens du même monde ! » Nous ne restâmes plus que quatre, Chloé et moi sur le canapé, Bob debout derrière le fauteuil où venait de prendre place Eva qui croisait ses belles jambes sans aucun souci pour la vision qu’elle m’offrait. Elle attaquait dans un français pointu « La clé de la question européenne est l’Allemagne. Elle est au cœur de l’Europe et, en dépit de ses liens culturels et économiques avec l’Occident, elle risque toujours d’être attirée vers l’Est qui détient des millions d’allemands en otage. Notre intérêt bien compris c’est d’arrimer chacune des deux Allemagnes à leur bloc respectif. La construction européenne piège la RFA en l’obligeant à tenir compte de la France. Pour la RDA le lien est plus fort mais l’attrait de l’Ouest pour ses habitants reste un problème préoccupant. Chez nous, avec l’amendement Mansfield au Sénat, pour un désengagement américain en Europe, l’important est d’agiter la menace que fait planer sur l’espace européen l’arsenal militaire soviétique. Les russes savent pertinemment que sans le bouclier nucléaire américain l’Europe est en danger. Ils jouent la France contre la RFA. Sur cet échiquier les mouvements gauchistes sont les seules pièces qui peuvent perturber les règles du jeu. Nous avons donc décidé, avec l’Opération Rouge Gorge, de noyauter leurs principaux chefs en donnant des gages à tous. Vous êtes nos virus... »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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