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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 02:09

Au dessert, sur la bombe glacée, je hélais le chef de rang « Vous n’auriez pas un Krug de derrière les fagots par hasard mon bon ? » Comme il n’entravait pas un mot de mon français je vis dans ses yeux, d’abord un peu de panique, puis un éclair à l’énonciation de Krug, sans demander son reste, il se précipitait à grandes enjambées vers ce qui devait tenir lieu de cave à vins. Chloé me morigénait « Mon bon, et puis quoi encore, pourquoi pas mon brave, en plus tout ça pour un caprice d’enfant gâté : le Krug n’est pas sur la carte, tu veux l’humilier ? » Béat, je souriais « Pour une fois tu te trompes belle italienne, je viens de transformer ce brave type en un demi-dieu...

-         Et comment donc tu réalises cette prouesse...

-         En lui donnant l’occasion de prouver son savoir-faire...

-         Tu as trop bu, ce petit jeu est stupide...

-         Que tu dis ! Crois-moi tu vas avoir l’extrême privilège de te régaler, en pleine transition vers le socialisme, avec l’un des champagnes les plus rares...

-         Et si tu me parlais de ton plan génial plutôt que de jouer les grands seigneurs !

-         Mais ma belle mon plan c’est à nouveau de jouer les grands seigneurs comme aux plus beaux jours de notre croisière sur le Mermoz. Pour ferrer les gros poissons, tu le sais bien, rien ne vaut que de frayer en leur compagnie...

 

Chloé fronçait ses sourcils circonflexes, esquissait une moue qui se voulait boudeuse mais qui dessinait déjà une marque d’intérêt. Le retour triomphal du chef de rang, flanqué de deux serveurs, serrant dans ses bras un magnum de Krug brisait définitivement la glace, Chloé partait dans son grand rire cascadant qui rebondissait sur le guindé des messieurs et les permanentes de ces dames. Rappliquait aussi ce qui devait être le big boss, dents blanches, haleine fraîche, poignets mousquetaires et l’échine déjà courbée « Millésime 59, notre unique magnum que j’ai rapporté moi-même lors de mon dernier voyage en France. Je suis allé à Reims voir jouer Raymond Kopa et j’ai rapporté ce magnum en souvenir... » Chloé se récriait « L’ouvrir que pour nous deux serait un crime ! » Je la rembarrais gentiment « Qui te dis que nous allons boire seuls, comme c’est de coutume au casino lorsque l’on gagne : c’est pour le personnel » Je faisais mine de jeter des jetons sur le tapis vert. Le patron applaudissait de ses petites mains un peu boudinées. Pris d’un soudain remord je le questionnais « Vous aviez peut-être prévu de l’ouvrir en d’autres circonstances ? 

-         Non, non j’attendais un jour heureux...

-         Et c’est un jour heureux ?

-         Oui cher monsieur.

-         Puis-je vous demandez pourquoi ?

-         Parce que j’ai l’extrême plaisir d’accueillir sous ce toit un beau couple de français, qui se tiennent bien à table, je veux dire qui mangent et boivent comme des vrais français et qui, si vous me le permettez, ont l’air très amoureux...

 

Chloé en restait pantoise, coite, bluffée par l’enchaînement des évènements : comment un de mes caprices pouvait-il déboucher sur une telle surprise. Le coup-monté se révélant matériellement impossible mon aventurière préférée me gratifiait d’un sourire extatique. Le chef de rang s’afférait, avec des gestes de jeune mère maniant son nouveau-né, pour mettre en glace dans une vasque de verre taillé le magnum. Profitant que le patron faisait dresser une table afin d’accueillir les coupes à champagne Chloé me murmurait « S’il te plaît mon beau légionnaire éclaire ma petite lanterne : comment pouvais-tu être si sûr de toi en commandant ce Krug ? 

-         Parce que dans ma petite tête, où je me fais du cinéma, Cintra ça rime avec Krug...

-         Tu es vraiment barjot.

-         Oui mon ange mais qui ne tente rien n’a rien...

-         Si je comprends bien tu veux que nous nous fassions adopter par la bonne société Santiago...

-         Mieux que cela princesse nous allons comme toujours faire le grand écart entre les frelons du MIR et les rancis à casquettes galonnées...

-         Les militaires ! C’est une caste fermée...

-         Tu vas l’ouvrir ma belle !

-         Je ne suis pas une pute mon beau !

-         Pourquoi des gros mots, tu vas les séduire mon ange...

Le patron, nous voyant chuchoter, poliment se tenait à l’écart, imperturbable. Bien évidemment nous étions le centre d’intérêt de toutes les tables et je sentais que le Tout Santiago allait bruire des échos de cette soirée. Le succès de la phase 1 de mon plan dépassait mes attentes les plus optimistes.

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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