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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 02:09

Juillet : les hordes nordistes déferlaient sur notre île crachées comme du vomi sur tous les quais des ports par les ferries de la SNCM et ceux de sa rivale honnie Corsica Ferries. Le marché d’Ajaccio allait se transformer en un vaste bordel pour couples bedonnants en short, huilés comme des phoques, blondasses peroxydées demi-nues flanquées de beaufs en marcel, pouffiasses et traine-lattes, l’horreur absolue. Moi je n’en n’avais rien à péter vu que je me contentais de vivre ma vie de coq en pâte loin des tâches ménagères. En dehors de mes travaux d’écriture matinaux ma seule activité consistait dans le gardiennage et l’élevage de Matthias mon fils unique. Jasmine, sa mère, ma seule épouse légitime, elle, vaquait, débordait d’une énergie de fourmi qui ne cessait de ma ravir. De temps j’allais à la pêche avec deux vieux, Toussaint et Ange, plus exactement je les accompagnais. Partir au petit matin après avoir avalé un bol de café bouillant m’avivait la tête. Avec eux à l’ordre du jour : silence ! Pendant qu’ils pêchaient moi je bouquinais en fumant des biddies. L’odeur de l’eucalyptus plaisait à mes compères. Quand le soleil commençait à monter derrière les crêtes, avant qu’il ne se mette à nous rôtir, nous déjeunions. Au menu, charcuterie et fromage maison arrosés d’un rosé du Clos d’Alzeto. Nous sortions nos couteaux, mon Laguiole leur plaisait et je dois dire que, le premier matin où je les avais accompagnés en mer, lorsque j’avais sorti ce couteau de ma poche, ils m’avaient de suite adopté. Nous mastiquions toujours en silence puis, après le premier gorgeon, Toussaint me soumettait à la question. Mon « travail » d’écrivain les intriguait. « Tu parles de quoi dans ton bouquin dit ? » Il faut dire que je les avais appâtés en répondant la première fois « d’espionnage ! » Je leur livrais des petits bouts de mon histoire et ils se sentaient dépositaires de mes secrets : nous étions frères.

 

En rentrant d’une pêche où nous avions relevé des casiers emplis de forts belles langoustes Jasmine m’accueillait avec son petit air que je ne lui connaissais que lorsqu’elle voulait arriver à ses fins : en clair me sortir de mon petit rythme pépère. Elle s’esbaudissait devant mes bêtes. Je lui déclarais, rien que pour la voir se récrier, que nous allions les faire griller après les avoir fendues vives en deux. Mes lazzis habituels sur la souffrance de ces pauvres crustacés lui tiraient une réelle affliction. Pourtant, ce matin-là, elle fit celle qui n’avait pas entendu se contentant de m’indiquer que nous mangerions ce soir. Cette indifférence conjuguée à sa hâte de procéder au sacrifice de mes langoustes confirmait mes soupçons : il y avait anguille sous roche. Matthias babillait. Je le pris à témoin « Ta maman nous fait des cachotteries mon garçon. Regarde, elle a son joli bout de nez qui bouge. » Ça lui plaisait car le petit adorait lorsque je taquinais sa chère maman. Il en profitait pour tambouriner avec sa cuillère sur la tablette de sa magnifique chaise suédoise acheté chez Bébé Confort. Jasmine me demandait sans rire d’aller à la douche car j’empestais la poiscaille. J’obtempérais en déclarant à Matthias « Ouille, ouille, la maman doit avoir un gros poisson à me faire avaler. T’as vu mon garçon, elle est sérieuse comme un Pape et pourtant comme tu le sais elle ne porte pas de culotte... » Jasmine soupirait mais ne relevait pas le gant. J’en déduisais que j’allais devoir affronter un projet qu’elle pressentait difficile à me vendre. Bon garçon je décidais de lui dire oui à tout. La douche bouillante me fouettait.

 

La Jasmine démarra comme un diesel. J’eus même droit à un couplet sur le besoin pour un couple de se retrouver. Loin d’ironiser, j’approuvais. Surprise par cet accord inattendu elle embrayait sur l’envie qu’elle éprouvait de rompre avec le train-train quotidien. De nouveau j’approuvais en ajoutant, avec une sincérité qu’elle perçut, « qu’elle devait en effet se préoccuper bien plus d’elle. » Là Jasmine se précipita dans mes bras « Alors tu veux bien ? »

- Bien sûr que je veux bien tout ce tu veux !

- Comme m’emmener à Venise !

- Venise...

- Oui mon amour Venise, j’ai commandé les billets ce matin.

- Ça va être plein de touristes ma belle...

- Pas avec toi mon amour nous serons seuls au monde...

- D’accord, mais pas de gondole !

- Je ne fous des gondoles et des gondoliers mon amour. C’est toi que je veux.

- Et le garçon ?

- J’ai tout prévu.

- Si tu as tout prévu je te fais confiance.

- On part demain !

- Si tu dis qu’on part demain, on part demain et bien sûr nous mangeons les langoustes ce soir...

 

Note en bas de page : pour ceux qui n’ont pas eu la chance de suivre cette grande fresque historique depuis son origine je rappelle que le narrateur prend de temps en temps la parole pour narrer sa vie d’écrivain : lire par exemple  http://www.berthomeau.com/article-chap-8-de-la-fraction-armee-rouge-a-l-union-populaire-en-passant-par-les-brigades-rouges-ce-fut-un-garcon-et-nous-l-appelames-matthias-en-souvenir-de-matthias-sandorf--42209756.html

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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